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SÉLECTION JAZZ ETE 2020 /  RETOUR AUX SOURCES

SÉLECTION JAZZ ETE 2020 / RETOUR AUX SOURCES

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Signée chez Brownswood, la chanteuse Zara McFarlane explore ses racines jamaïcaines au travers d’un quatrième Lp touchant. De son côté, Blue Note dynamise son catalogue via une réédition vinyle du trompettiste Lee Morgan. Le Nigérian Etuk Ubong délivre, pour sa part, une nouvelle session direct-to-disc où il revisite le tempo frénétique de l’afrobeat. Et le claviériste britannique Greg Foat sort « Pacifique », un album aux accents délibérément lyriques.


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Zara McFarlane / Songs Of An Unknow Tongue (Brownswood Recordings)
Particulièrement fertile, le terreau jazz britannique assimile différents registres caribéens ou africains. Figure de cette nouvelle frontière musicale, Zara McFarlane revient avec « Songs Of An Unknow Tongue », un album où l’interprète londonienne poursuit l’exploration de ses racines jamaïcaines. Fruit d’un voyage effectué inna de yard, cette production aborde des thèmes d’actualité comme les traumatismes liés à l’esclavage ou la notion d’identité culturelle, via les cultes syncrétiques kumina et nyabinghi. Epaulée par les producteurs Kwake Bass et Wu-Lu, Zara McFarlane sublime cette quête initiatique au travers d’une production électro-jazz millimétrée. Un rendu perceptible avec le capiteux « Everything Is Connected », via le politique « Black Treasure » ou grâce au terrible « Roots Of Freedom » et sa ligne de basse sismique. Complété par le batteur Moses Boyd et le percussionniste Camilo Tirado, ce quatrième enregistrement est disponible au format vinyle, avec pochette pour le moins évocatrice. Posé sur la ligne de crête de supposées Blue Mountains, le profil de Zara McFarlane rappelle ici le visuel de « Man In The Hills », une autre borne mystique signée, en son temps, par le légendaire Burning Spear. Chaudement conseillé.



Lee Morgan / The Cooker Lp (Blue Note Records)
Enregistré après les premiers travaux avec Dizzy Gillespie et avant un cycle avec les Jazz Messengers, cet album de 1958 confirme le talent de Lee Morgan. Agé de 19 ans, le trompettiste d’Alphabet City recrute ici de récentes connaissances comme le contrebassiste Paul Chambers et le batteur Philly Joe Jones, mais aussi le pianiste Bobby Timmons ou le saxophoniste Pepper Adams, et délivre « The Cooker ». Parangon du son Blue Note des 50’s, ce Lp vaut pour ses reprises et notamment pour le fondateur « A Night In Tunisia », ou pour la relecture up-tempo de « Just One Of Those Things » de Cole Porter. Pourtant le génie de l’apôtre hard bop transparait déjà via deux compositions originales et plus précisément avec le funky « New-Ma », une plage qui ouvrira la voie aux succès futurs comme « The Sidewinder » ou « The Rumproller ». À noter que cet album est réédité par le label à la note bleue dans le cadre de ses impeccables Tone Poet Series. Les fans de Lee Morgan se rabattront également sur Netflix, qui diffuse actuellement « I Called Him Morgan » de Kasper Collin. Le documentariste suédois revient sur la fin de Lee Morgan, tué dans un club new-yorkais en 1972 par sa conjointe, avec témoignage de la principale concernée.



Etuk Ubong / Africa Today (Night Dreamer)
Lancé il y a cinquante ans par Fela Kuti et Tony Allen, l’afrobeat se décline depuis en de multiples variantes. Dernier exemple en date, le trompettiste Etuk Ubong sort aujourd’hui un remarquable album, alimenté par les rencontres. Titre significatif, « Ekpo Mmommom » met au diapason avec ses riffs abrasifs. L’entêtant « Africa Today » fait la part belle aux harmonies. Et le puissant « African Struggle » revêt une dimension panafricaine évidente. Si « Mass Corruption » renvoie aux diatribes du Black President, la dernière partie de l’enregistrement prend une franche tournure mystique. Marqués par le highlife et le jazz, soit deux composantes essentielles de l’afrobeat, « Purpose Of Creation » ou « Spiritual Change » valorisent la formation maison. Et « Etuk’s Ritual » (un titre disponible uniquement en Cd) dévoile le concept d’earth music, une cosmogonie qui n’est pas sans rappeler l’ensorcelante brakka du chanteur congolais So Kalmery ou la juju de King Sunny Adé. À l’instar des récentes sessions de Seu Jorge & Rogê ou de Gary Bartz & Maisha, ce disque a été scellé aux studios néerlandais Artone grâce à un pressage direct-to-disc. Un gage sonore pour ce qui apparait comme l’une des grandes réussites du semestre passé.



Greg Foat / Symphonie Pacifique (Strut)
« Symphonie Pacifique » traduit bien la scène jazz du jour. Développé en différents mouvements, ce nouveau disque de Greg Foat convoque pas moins d’une quinzaine de musiciens dont le décidemment très demandé Moses Boyd et la harpiste Heather Wrighton. S’il est délicat de décrire de façon sélective ce manifeste humaniste, certains titres sortent toutefois du lot. C’est le cas du groovy « Nikinakinu » et sa rythmique héritière du Herbie Hancock 70’s, du jubilatoire « Man vs. Machine » et sa battle enjouée ou du rêveur « Pointe-Vénus », un thème situé aux confins de la bossa nova. Alternative aux premiers disques pour Jazzman, « Symphonie Pacifique » évite également l’ornière de la library music, un genre intéressant mais indissociable du support visuel pour lequel il a été créé. Et lorsque le claviériste britannique rend hommage à Duncan Lamont, une pointure du genre, c’est pour mieux l’intégrer à son paysage sonore. Edité par le label londonien Strut, ce projet est disponible au format double Lp. Un support idéal, d’autant que l’artwork s’inspire des travaux d’Henry Valensi, peintre de la première partie du XXe siècle et fer de lance de l’avant-garde musicaliste.


Par Vincent Caffiaux