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SÉLECTION JAZZ AVRIL 2020 / LE PRINTEMPS FUNK

SÉLECTION JAZZ AVRIL 2020 / LE PRINTEMPS FUNK

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Parade au climat anxiogène ambiant, la sélection jazz d’avril prône un groove bigrement efficace. C’est le cas de la bande originale d’un documentaire consacré à Miles Davis, de la splendide réédition de l’Ensemble Al-Salaam, d’une session live signée Charles Lloyd ou bien encore des riffs délivrés par le Black Market Brass. Flamboyante, cette dernière sortie confirme le dynamisme des brass bands et leurs nombreuses variantes.


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Miles Davis / Birth of The Cool (Columbia-Sony)
Prolongement de « Miles », l’autobiographie supervisée par Quincy Troupe, le documentaire « Birth of The Cool » retrace la destinée complexe et souvent visionnaire de Miles Davis. Réalisé par Stanley Nelson, le film et ses nombreux témoignages abordent avec précision la carrière du Dark Magus. Aujourd’hui célébré comme la pierre angulaire du jazz moderne, « Kind of Blue » est largement commenté. Le virage électrique n’est pas oublié avec « In a Silent Way » ou « Bitches Brew ». Et la renaissance funky est symbolisée par le (trop) clinquant « Tutu ». Compilation idéale pour qui aimerait découvrir les fulgurances maison, la bande originale ici présente offre quatorze plages souvent décisives. « Donna Lee » rappelle les travaux fondateurs avec Bird. « The Pan Piper » illustre la collaboration avec Gil Evans. Et les fans découvriront l’inédit de service, autrement dit « Hail to The Real Chief », un titre réenregistré avec une dizaine de side men dont John Scofield à la guitare et Vince Wilburn Jr. à la batterie. Notez que le Dvd sort ces jours-ci chez Eagle Rock. Les abonnés au streaming découvriront, quant à eux, ce précieux focus sur Netflix.



The Ensemble Al-Salaam / The Sojourner (Strata-East/P-Vine)
Réédité par le label japonais P-Vine, cet album de l’ensemble Al-Salaam est révélateur d’un répertoire engagé, en quête d’une certaine spiritualité. Emmenée par Pharoah Sanders, Sun Ra et par le catalogue BYG, cette scène hérite naturellement du mouvement Black Power et de ses différents modes d’expression. Sorti en 1974 via la classieuse enseigne Strata-East (Cecil McBee, Gil Scott-Heron…), « The Sojourner » mêle sans complexe percussions africaines, rythmique d’airain et chœurs célestes. Une dimension artistique caractérisée par « Music is Nothing But a Prayer » et sa ligne de basse reptilienne, via « Traces of Trane » et son hommage au compositeur de « Giant Steps », ou grâce à « Peace » et au chant de Beatrice Parker. Révélatrice d’une époque bénie où le marketing et l’image n’avaient pas encore pris le pas sur la création musicale, cette galette ultra-rare renvoie volontiers à l’esprit jazz et à son caractère révolutionnaire. Une esthétique et un discours confirmés par la plage titulaire et ses accents free irrévérencieux… L’album est évidemment disponible au format vinyle. Un bien-fondé par les temps qui courent. Le tout est illustré par la belle pochette d’époque et son dessin vintage. Chaudement conseillé.
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Charles Lloyd / 8 : Kindred Spirits… (Blue Note/Universal)
Particulièrement actif dans la deuxième partie des années 60, Charles Lloyd fêtait ses quatre-vingt ans au printemps 2018 sur la scène du Lobero Theatre de Santa Barbara. Edité il y a quelques semaines par Blue Note, ce concert nous permet d’explorer l’œuvre du natif de Memphis. Epaulé par Julian Lage à la guitare, le vénérable jazzman amorce le set par un « Dream Weaver » de plus de vingt minutes. Prolonge l’ensemble par un « Requiem » à la mélancolie tenace. Alors que Booker T., le claviériste des M.G.’s, lui rend hommage via le lumineux « A song For Charles ». Egalement présent pour un « Green Onions » d’anthologie, le célèbre organiste balance un shuffle irradiant, sur lequel vient improviser Charles Lloyd. Cette reprise rappelle la place occupée par le saxophoniste, à la charnière du jazz, du blues et de la soul. Une ouverture d’esprit confirmée par la relecture du « You Are so Beautiful » de Billy Preston, quarante-six ans après le recyclage de Joe Cocker. Pour l’histoire, l’enregistrement est disponible en version double vinyle. Le Cd simple ou Deluxe est complété par un Dvd relatant le set.



Black Market Brass / Undying Thirst (Colemine Records/Differ-Ant)
Qu’elles renouent avec la tradition des deuxièmes lignes de Nola (The Hot 8 Brass Band) ou héritent des formations funky 70’s (The Headshakers), les sections de cuivres ont le vent en poupe. Signé chez Colemine Records, le deuxième Lp des Américains de Black Market Brass conforte la chose. Largement influencé par l’afrobeat et le groove du golfe de Guinée, l’ensemble concocte une salve d’instrumentaux pétaradants. Les puissants « Into The Thick » et « Undying Thirst » assènent ainsi des riffs qui font écho aux syncopes huilées de War ou des Neville Brothers, première période. Le véhément « War Room » marche dans les pas du Fela Anikulapo Kuti d’Africa 70. Et le cosmique « Cheat And Start a Fight » et son accompagnement imposent une plage épique ponctuée de claviers transcendantaux. Cohérent et remarquablement produit, le gang de Minneapolis balaie d’un revers de main les tentatives laborieuses entendues çà et là. Et s’inscrit dans le sillage des formations éditées par les cousins de Daptone ou Big Crown. Pour l’histoire, ce disque vinyle est notamment pressé via une chatoyante version translucide jaune fluo. Avis aux collectionneurs.


Texte par Vincent Caffiaux / Photo Black Market Brass par Tim McGuire