Starwax magazine

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SÉLECTION JAZZ AOÛT / DES RIFFS DU LEVANT AU GROOVE DOWN UNDER

SÉLECTION JAZZ AOÛT / DES RIFFS DU LEVANT AU GROOVE DOWN UNDER

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La sélection jazz estivale de Star Wax emprunte les chemins de traverse en compagnie du pianiste britannique Ashley Henry, via l’étonnante compilation australienne « Sunny Side Up » ou avec le groupe israélien Hoodna Orchestra. Parfait contrepoint à cette actualité variée, la réédition du « Treasures » de Lloyd McNeill rappelle l’incidence du spiritual jazz sur la scène contemporaine.


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Ashley Henry / Beautiful Vinyl Hunter (Sony Music)
Depuis quelques mois, Londres est l’épicentre d’un jazz ouvert sur le monde. Pianiste émérite, Ashley Henry incarne cette nouvelle vague musicale. Clavier scénique de Christine and the Queens, ce dernier s’est d’abord distingué avec la reprise instrumentale de « The World is Yours », un extrait de « Illmatic », le classique du rappeur Nas. Premier 33 tours du jeune compositeur (voir photo ci-dessous), « Beautiful Vinyl Hunter » dynamise la formule. L’up-tempo « Realisations » est ponctué de soli nerveux. « Sunrise » séduit grâce à son thème aérien. Et le « Cranes (in the Sky) » de Solange est revisité pour les pistes de danse. Les invités sont nombreux. Parmi eux figurent le trompettiste Theo Croker, le batteur Makaya McCraven ou bien encore la chanteuse soul Judi Jackson. Si « THE MIGHTY » tourne à vide, la plupart des titres tiennent leurs promesses. C’est le cas de « Battle », relayé par le touche-à-tout Moses Boyd. Ou de « COLORS » et son spoken word habité.

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V.A. / Sunny Side up (Brownswood Recordings)
Méconnu sous nos latitudes, le jazz australien est aujourd’hui sous les feux de l’actualité grâce à la compilation « Sunny Side Up ». Édité par Brownswood, le label de Gilles Peterson, cet album révèle un réservoir musical varié, largement empreint de sonorités soul ou électro. Condensé intéressant de Melbourne, la grande ville du sud du pays, ce disque fait la part belle aux chanteuses Audrey Powne et Allysha Joy, pour deux titres formels mais efficaces. Membre du collectif local Mandarin Dreams, Dufresne balance un « Pick Up/Galaxy » qu’on jurerait droit sorti du répertoire jazz-funk d’un Stanley Clarke circa 70’s. Et « Powers 2 (The People) » de Zeitgeist Freedom Energy Exchange surprend avec sa rythmique moelleuse en diable. Dirigée par l’omniprésent Silentjay (il a notamment partagé la scène avec Flying Lotus), cette anthologie est forcément inégale. Elle laisse toutefois transparaitre un filon créatif comme l’indique Horatio Luna et son prometteur « The Wake-Up ».




Hoodna Orchestra / Ofel (Agogo Records)
Créé à Tel Aviv en 2012, l’Hoodna Orchestra est emblématique de la très créative scène israélienne du jour. Dans le sillage de Kutiman, Gili Yalo ou de l’excellente Ester Rada, cette formation impressionnante (on dénombre tout de même une douzaine de musiciens dont six souffleurs) sort aujourd’hui « Ofel », titre qu’on traduira de l’hébreu par les ténèbres. Croisement puissant de funk et d’afrobeat, ce nouvel album sublime le projet Ethiobeat (un spectacle collaboratif monté en parallèle par Hoodna) en adaptant de façon convaincante mélodies érythréennes et riffs éthio-jazz. Des influences évidentes via le morceau-titre et son rythme trépidant. Et avec « Beit Lechem », plage qui mouche au passage Ty Segall et les tenants du garage-psyché. Surprise : la dimension onirique du jazz des hauts plateaux est-africains se trouve renforcée par les volutes sonores de « Power Ballad » ou les méandres harmoniques de « Rexico ». Et la reprise improbable du puissant « Breathe » de Prodigy sonne avec justesse, confirmant le caractère universel du registre.

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Lloyd McNeill / Treasures (Soul Jazz Records)
Tour à tour universitaire et peintre (il fréquenta notamment la famille Picasso), Lloyd McNeill est également un musicien prolifique. Proche de Nina Simone et d’Eric Dolphy, le flûtiste offre, dès la fin des années 60, une autoproduction singulière teintée de politique et de spiritualité. Réédité quarante-trois ans après sa parution via les Britanniques de Soul Jazz, « Treasures » est le point d’orgue de cette période. Entouré par Dom Salvador au piano, Cecil McBee à la basse, le crucial Ray Armando aux percussions et Brian Brake ou Portinho à la batterie, le créateur américain met l’accent sur les rythmes afro-latins. Souvenir d’un séjour chez Fela, « Griot » puise ainsi aux racines du genre. « Salvation Army » est marqué par le Brésil et ses rythmes syncrétiques. Et « As a Matter of Fact » insuffle un shuffle contagieux, digne des meilleures bandes-son de la blaxploitation. Lyrique voire incandescent, cet album est réhabilité avec son artwork d’époque, soit un collage d’inspiration afro-cubiste signé par l’auteur. Le tirage est limité à 1000 exemplaires.



Par Vincent Caffiaux / Photo par Hoodna Orchestra par Vera Bello