Starwax magazine

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INTERVIEW / <br/>SARAH JANE MORRIS

INTERVIEW /
SARAH JANE MORRIS

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Bloody Rain, le nouvel album de Sarah-Jane Morris, détonne. Forte de nombreux invités, cette production prône l’humanisme. A cette occasion la chanteuse britannique évoque l’influence marquante de l’Afrique, son travail avec Pee Wee Ellis des JB’s, et l’engagement politique qui caractérise son répertoire.

Pourquoi ce titre, Bloody Rain ?
C’est la première chanson écrite pour cet album et le titre s’imposait. L’image évoque la pluie qui lave du sang de la destruction, de la dévastation.

Cet album compte un nombre conséquent d’invités.
Comment s’est déroulée la rencontre avec Pee Wee Ellis ?

Je l’ai connu par l’intermédiaire de mon compositeur Tony Remy qui est aussi le guitariste de sa formation. Pee Wee est devenu un ami. Je l’ai naturellement invité lors d’une session londonienne. La reprise du « Coal Train » (de Hugh Masekela NDR) par le Soweto Gospel Choir est également une séquence forte. Tout comme la participation de Keziah Jones pour la reprise de « I Shall Be Released. » (version live en vidéo ci-dessous) Ou l’intervention de l’interprète soul originaire du Zimbabwe Eska, qui chante en dialecte shona sur « Bloody Rain. » A l’instar du joueur de kora Seckou Keita, tous les musiciens qui ont pris part à cet enregistrement l’ont fait dans une ambiance positive.


Pourquoi cette tonalité africaine ?
Elle fait partie intégrante de mon parcours. Mon premier groupe s’appelait The Republic et mêlait des influences africaines, latines et caribéennes. Notre premier single dénonçait la guerre des Malouines. Fufu And Lightsoup, ma deuxième formation, était ghanéenne. Dans le courant des années quatre vingt, j’ai également chanté pour la libération de Fela Kuti. Je me suis placé dans le giron de l’opération Artists Against Apartheid aux côtés de mon petit ami d’alors, Dali Tambo, qui est le propre fils d’Oliver Tambo. A l’époque je chantais l’hymne de l’African National Congress (ANC) face à l’ambassade d’Afrique du Sud, munie d’un mégaphone… Et puis j’ai régulièrement joué sur la scène londonienne du 100 Club lors de concerts donnés par des musiciens africains. Ces différentes influences musicales ont interféré sur mes compositions. Dominique Miller et Tony Remy, les deux arrangeurs de mon dernier album, ont connu le même parcours. Ce qui explique cette osmose entre le son et les arrangements. Les paroles sont autant d’histoires relatives à des accidents ou épisodes douloureux qui se sont déroulés à travers le monde. En fait Bloody Rain est un album qui évoque l’humanisme dont est doté chaque être face à la cruauté ambiante.

Vous dénoncez l’intolérance avec des titres comme « Coal Train » (vidéo ci-dessous) et « David Kato ». Vous considérez-vous telle une artiste engagée ?
Mes compositions s’inspirent d’observations à caractère social. J’écris sur mon environnement et transforme le tout en histoires prêtes à voyager.



Avez-vous des anecdotes concernant l’enregistrement ?

Mes fans m’ont aidé à récolter l’argent nécessaire pour réaliser cet album, inviter les différents musiciens. L’enregistrement s’est effectué par l’entremise d’un Crowdfunding (NDR financement participatif via le Net) nommé Pledge Music. Chaque donateur a donc pris part à cette aventure. Quelle générosité. J’aime beaucoup ce procédé !

Propos recueillis par Vincent Caffiaux