Starwax magazine

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archivesmai-2016

SAMPLER SANS PLEURS

SAMPLER SANS PLEURS

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John Lomax (1867 – 1948) a passé plus de la moitié de sa vie à sillonner les plantations et les pénitenciers de plusieurs états ségrégationnistes du sud des Etats-Unis. Dans le même désir de défense des cultures noires américaines, son fils, Alan Lomax, poursuivra le travail de son père. À eux deux ils compilèrent ainsi des milliers d’enregistrements de blues pour la Library of Congress, la bibliothèque nationale américaine. Ces derniers sont devenus des monuments de l’histoire de la musique, aussi protégés que convoités. Source d’inspiration pour ceux qui ont suivi, le rythm and blues ou le rock les ont honorés par l’innovation laissant ainsi ces trésors musicaux se refléter dans leurs créations. D’autres ont samplé, tout simplement. Nous avons essayé de donner quelques exemples de morceaux connus et moins connus ayant échantillonné la musique de ces vagabonds. Parce qu’il ne faut pas les oublier.


Ils étaient seuls. Seuls avec les autres, avec leurs outils, leur colère, leur solitude, labourant jour après jour la seule chose qui n’était pas leur, la terre. Leur terre étrangère, comme un leurre. Celle qui ne leur offrait que la sueur et la terreur. L’aliénation s’étalait sous leurs pieds et ils la frappaient, en vain. La solitude était grave et poussait vers le grave. Alors ils chantèrent et tapèrent pour faire passer le temps des atrocités. Ils sont devenus des bluesmans, à leur insu. Leurs cris ramassaient le coton, s’esclaffaient toujours un peu plus sans peur ni crainte, battant en cœur le vent de haine qui les étouffait. Ils humanisaient les oiseaux, seuls spectateurs respectueux de ces complaintes savantes, rendant les idiots sans cœur ni tête plus bêtes que bêtes, devant la misère de leurs airs. Ils ont marqué, leur épopée devenant l’essence de tout ce qui a suivi. Ils ont marqués, pourtant, on les a oubliés.

En écoutant les archives des enregistrements des Lomax père et fils, je découvrais des airs qui m’étaient familiers. Je ne savais quoi choisir entre l’amertume, la colère, la mélancolie et la beauté. La beauté de ces airs qui renversaient ma tête et la peur que leurs initiateurs soient oubliés. Je savais déjà que Bessie Jones était celle qui avait ravi le morceau de Moby, « Honey ». Puis je tombais sur un des morceaux de l’album d’archives d’Alan Lomax, « Negro Prison Blues and Songs » qui me rappelait « No sugar In My Coffee » du groupe de Los Angeles Caught A Ghost. En fait c’était le même. Etonnée, je continuais mon cheminement sur Youtube à la recherche de nouvelles pépites. Enregistrée par Alan Lomax, « Rosie » est arrivée à moi et résonnait comme un « Hey Mama ». Les premières notes avaient été samplées par David Guetta pour son tube de l’été en featuring avec Nicki Minaj, « Hey Mama ». Je n’y voyais pas de traces explicites, juste un tube édulcoré qui se retrouvait sur le Cd  » Hit Machine  » de l’été 2016, mais qui pouvait finalement devenir un hommage pour celui qui chercherait les originaux. Si c’est ce qu’il faut, merci David.

Je finissais mes recherches avec « Berta » pour lequel je n’avais heureusement ou malheureusement pas trouvé de morceaux l’échantillonnant, tout dépend de la façon dont on aborde le sample. Si il doit être de la même qualité que le morceau ou peu importe, du moment que les droits d’auteur sont respectés. « Berta » échelonnait mes émotions, solennel dans ses premières minutes puis parachevé dans la colère, les raclements de gorge poussant le cri des chiens et des corbeaux. Je finissais, chargée de peine et décidais d’être un peu triste, pour les accompagner. Je finissais, même si après tout, c’est trop beau pour qu’on vous oublie. Wake up, dead man.

Ci-dessous le titre original « Black Woman » de Negro Prison Blues and Songs
suivi de la version samplée par Caught a Ghost.




Ci-dessous le titre original « Sometimes » de Bessie Jones suivi de la version samplée par Moby.



Ci-dessous le titre original « Rosie » de Negro Prison Blues and Songs
suivi de la version samplée par David Guetta.



Par Mona Gautier