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FESTIVAL REPORT / NUITS TECHNO ET MEDECINE

FESTIVAL REPORT / NUITS TECHNO ET MEDECINE

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Quels points communs ? Deux techniques au préfixe destiné ! Chacun sait ce qu’est un électroencéphalogramme. Selon un site très sérieux dédié à notre santé, c’est « un tracé obtenu en enregistrant les variations de l’électricité produite par le cerveau. » Cette vieille technique consiste à mesurer l’activité électrique du cerveau grâce à des électrodes placées sur le crâne. Il s’agit donc de la transcription de l’enregistrement sous forme d’un tracé. Quant à l’électrocardiogramme, c’est un examen qui enregistre l’activité du cœur, son rythme et ses anomalies. Ne vous inquiétez pas, il s’agit bien d’un topo sur un événement phare dédié à la techno, à l’électro et à la house. Il s’agit de la suite aux éditions de 2016, 2017 et 2018 de MADE Festival, réunion pour aficionados de musiques électroniques, qui a lieu à Rennes en Bretagne.


MADE Festival se déroule sur quatre jours et fait la part belle à quelques figures internationales, tout comme des talents en devenir. Diurne et nocturne, à l’intérieur ou sous le soleil dans un parc, chacun y trouve l’ambiance selon ses désirs. Grand succès, tant les milliers de danseurs se sont joyeusement manifestés et réjouis à l’appel de la programmation. À la bonne heure !

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Revenons à la médecine !
Il y a dans ces techniques médicales une analogie intéressante avec les ressentis, les perceptions et les sensations que l’on pourrait mesurer à l’écoute d’un live et d’un DJ set : rythme cardiaque, attention, focalisation, concentration, déclenchement de mouvements, gestes, automatismes, obnubilation, lâcher prise. Ou leurs opposés, si l’ennuie rôde.

Bien qu’aucun médecin ne m’ai administré d’anesthésiant, je dois dire que certaines prestations ont déclenché comme une sorte de coma artificiel ! Si l’on avait alors branché les électrodes sur mon cerveau, les spécialistes auraient constaté sur le tracé un trait, le néant, pas de réaction : le fameux encéphalogramme plat.

La nuit au Parc Exposition accueillait pourtant Rodriguez Jr., Pan-Pot, Anastasia Kristensen, Sascha Funke, Folamour, Paulette Sauvage, entre autres. Je ne parlerai que des trois premiers parce que, comme souvent en festival, il faut faire des choix, d’autant plus qu’il y avait deux scènes.

Si Rodriguez Jr. a apporté une certaine rondeur dans son live, ses tracks techno, sans trop de surprise, semblaient longs et lassants. Toutefois, ce fut de bon augure pour découvrir la scénographie : quelle puissance acoustique ! Une réelle différence pour cette édition 2019.

Les suivants que j’ai entendus, aux noms de Pan-Pot et Anastasia Kristensen, ont dévoilé un set sans relief, fade, insipide à mon goût. À vouloir étonner à une heure où le public est en surchauffe, la prestation lourde et sans émotion de Anastasia Kristensen fut décevante. Dommage.

Fort heureusement, les stimuli sonores ont été largement et ô combien sollicités par la composition de Roman Flügel, présent lors de la première nuit du festival, cette fois-ci dans un club rennais. Elle laisse dans son sillage des sentiments qui se mêlent et des réactions en chaîne. Les mécanismes de la perception sont ultra sollicités. Nul doute : Roman Flügel (photo ci-dessous) ne pouvait porter prénom aussi juste, tant son set fut lyrique, délicat, rêveur, inventif, aventureux.

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Le Dj et compositeur allemand a mené de main de maître un Dj set fabuleux. Au cordeau, dans une recherche constante de ce qu’offre la techno music. L’embarquement fut immédiat : électro légèrement syncopée, superposition de gimmicks entêtants, enrichissement des sonorités au groove imparable, soudaine voix féminine allemande -style cabaret des bas-fonds- détonations sonores diluées avec parcimonie le long des presque deux heures de prestation.

Roman Flügel distille aussi des moments de respiration pour offrir aux danseurs une écoute plus posée. Ce qui fait de ce vécu une ode à la musique techno dans sa diversité et ses possibles : de l’inspiration, de l’éclat, de la délicatesse, du brut, du groove.

Et tel prénom porté avec un tel nom ne pouvait qu’être précurseur. Flügel a plusieurs significations : coulisses, ailes, mille livres.
Nul doute que cet artiste doit faire de son studio et des coulisses l’antre nécessaire à une prestation remarquablement préparée.
Nul doute que mille livres se traduisent par son enthousiasme et son exaltation, tout aussi visible sur le public… emporté, envolé.

Danke schöne.

Autre bon moment : Doe Grise, à suivre pour ses efficaces et irrésistibles sélections techno indus.

Merci à MADE Festival. Le public en redemande. Le public doit désormais s’impatienter pour la cinquième version. Merci Rémy et Thomas, et à tous (bénévoles, sécurité).

Texte par Ambidextre