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REPORT / FESTIVAL HADRA 2013

REPORT / FESTIVAL HADRA 2013

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Étymologiquement, une « Hadra » désigne, en arabe, une transe collective telle qu’elle est pratiquée lors des cérémonies de confréries religieuses. Star Wax revient sur le Hadra Trance Festival qui se tenait du 22 au 25 août 2013 dans les montagnes de l’Isère, sur les hauteurs de Lans-en-Vercors, petite commune située à quarante deux kilomètres de Grenoble et perchée à 1400 mètres d’altitude.

Dans un monde désenchanté contrôlé par l’argent – qui contamine toutes relations et pervertit les êtres humains les plus matérialistes et avides de pouvoir -, si nous avions pratiqué ce genre de rituel qu’est une Hadra, nous aurions sûrement fait le vœu de nous plonger dans une expérience ressemblant à ce festival. Imaginez-vous au cœur des éléments dans un environnement naturellement féerique, l’air pur de la montagne, les odeurs de l’été, un cadre hors du commun au pied des pistes de ski du plateau du Vercors sous un ciel transcendantal : c’est ici que l’Association Hadra organise en son nom la septième édition de l’un des événements les plus importants de musique Trance d’Europe.

Le Hadra Trance Festival : c’est une organisation éprouvée qui s’appuie sur près de cinq cent bénévoles, des artisans, des techniciens du spectacle survoltés, cent vingt artistes et plus de onze mille festivaliers par jour, pendant quatre jours et trois nuits de programmation sur deux scènes. C’est une expérience authentique qui regroupe rencontres, découvertes et plaisir de communier. Pour les récidivistes, l’édition précédente fut une épreuve de force quant aux conditions climatiques. Orages, grêle et boue généreuse n’avaient cependant pas découragé ces initiés. Cette année, c’est le soleil qui a gracieusement sublimé la fête en grande partie, et révélé ce décor sensationnel où prennent place deux scènes séparées par une « zone autonome temporaire » : une allée de stands de vêtements et d’accessoires en tous genres (l’équipement Fundamental du parfait Teufer), des restaurants nomades et des ateliers de prévention qui s’affranchissent de la prohibition du monde moderne, ainsi que de véritables villages de tentes posées tout autour du site, sans contraintes, si ce n’est de sentir l’essence du partage à la sauce Peyot ! Une célébration autours de valeurs plus authentiques en faveur d’un autre monde, plus pacifiste, écologiste, locavore et végétarien, s’adressant aussi aux amateurs de sensations fortes.

Toute bonne musique de danse provoque-t-elle une transe ? Depuis l’antiquité, les hommes cherchent avec certaines formes de musique à rentrer dans un état hypnotique. Alors si pour certains la Trance n’évoque que des sons déshumanisés et violents comparables à une forme de torture façon Guantánamo, les autres sauront trouver leurs repères au sein d’une culture vieille comme le monde.

La Trance : une recherche de lignes mélodiques répétitives et planantes obtenues harmoniquement par l’utilisation de filtres à fréquences de coupures variables sur une rythmique soutenue. Cela menant à la méditation, l’abandon et l’extase par le biais d’un voyage intérieur. État dans lequel nous aimons ressentir des émotions fortes avec ou sans l’aide de drogues, licites ou pas d’ailleurs.

La scène principale (Main Floor) est dédiée à la Trance Psychédélique et aux nuances du genre, dont la Trance Goa, née en Inde à la fin des Eighties et mère naturelle de tous les types de musiques Trance d’aujourd’hui ; la Trance Progressive avec un beat et une bassline proche de la House – 128/134 Bpm – où les ambiances varient dans une mouvance assez deep et où les différents éléments sont amenés de manière douce et progressive (d’où son nom) ; la Full-on ou Morning Trance, courant psychédélique plus dynamique et donc plus entraînant – aux alentours de 140 Bpm – qui met d’avantage l’accent sur la mélodie ; la Psy-Trance aux sons plus sombres et minimalistes avec moins de mélodies, de laquelle émergent des nappes alternant les passages de rythmique et les grooves tapageurs ; la Trance Dark-Psychédélique enfin, plus rapide – 145/180 bpm – est composée de sons plus métalliques et très obscurs. Les Djs se succèdent dans des styles assez similaires et éprouvants pour un néophyte avec cependant de quoi ravir les warriors du dancefloor. L’ouverture du festival par Merkaba (Australie) s’est révélé être un grand rituel spirituel en faveur de la paix et les sonorités empruntées aux tribus aborigènes mêlé à des incantations mystiques ont propagé de bonnes vibrations. L’une des têtes d’affiche très attendue, l’allemand Protonica a rassemblé une large foule sous un soleil de plomb le vendredi après-midi, et plus tard l’apparition nocturne de l’anglais Chris Rich (Uk) a électrisé l’auditoire.

Notons aussi la présence de deux formations musical se produisant en live : « Cosmosophy » et « Secret Vibes », leurs sonorités tant électro-acoustiques qu’ethniques enchanterons un public conquit d’avance. Tout a été mis en œuvre sur cette scène monumentale pour le plaisir des festivaliers : une qualité artistique dans sa diversité, un son bien équilibré et surpuissant avec un potentiel de 170 kW !! Côté Dancefloor, une structure massive en forme d’araignée – régie son au centre – recouverte de lycra coloré fait prendre vie à une rosace à l’aspect tribal. Le public surplombe agréablement la scène située en légère pente et toise ainsi les sorciers qui nous dévoilent leurs potions sonores.

La scène alternative est très riche et s’avoue être un mélange efficace de styles et de genres. Ambient, World, Ragga et Dub Techno se côtoient dans une ambiance plus traditionnelle pour des moments de régénérescence nécessaires, à l’image des mystérieux sons de flûte de Guillaume Barraud avec sa formation Flute&Luth. Sleeping Forrest, sur le même ton, rajoute une influence digitale en live, une sieste sonore pour les biens lotis sur les chaises longues, les yeux mi-clos. Surprise pour ceux qui ont découvert Soom-T en live accompagnée de Renegade Master. Cette jeune chanteuse anglaise bien précoce – avec son premier album « Y Network » – a su offrir son énergie que le public a spontanément repris d’une seule voix « Ganja ! Ganja ! ».

Pas moins de douze nationalités et trente-huit artistes ont performé dans ce lieu plus intimiste aux allures d’une salle de concert transportée en pleine nature, avec une qualité de diffusion et des projections de lumières – motifs sur acétates combinés à de fines roues à huile, Projection 3D – et ont évolué en complète harmonie. Joli challenge lorsque l’on sait que derrière ces techniques se cachaient plusieurs entités de différentes origines, comme 1000Errors & Vizual Invaders ou Something Groovy. L’évènement s’inscrit indubitablement dans le tissu artistique, social et économique à une échelle tant locale qu’internationale. La mention Greener Festival Award pour son implication écologique récompense les efforts faits sur le site pour le plaisir et le confort de tous. Il ne manquait plus que les oiseaux. A la vitesse où évolue ce festival créé en 2005, nous pouvons nous demander quelles surprises nous réserve celui-ci dans la sphère de ses 10 ans ? De ses 15 ans ? Et au-delà? Sûrement plein d’innovations techniques et d’influences diverses à venir. Le climat pourrait-il lui aussi se mettre en transe ? Lans-en-Vercors ressemblera-t-elle à une plage méditerranéenne où nous danserions les pieds dans l’eau ? A suivre, mais le verdict quant à lui est sans appel : la machine Hadra tourne à plein régime avec pour seule limite celle de l’imagination.

D’ici là, gardons un œil sur l’activisme de ce réseau de production musicale – à la tête de leur propre label – qui mêle organisation de concerts, management artistique et mise en place d’ateliers de formation. Tout au long de l’année, l’Hadra se distingue par ses multiples savoir-faire et donne vie à ce courant musical qui reste malheureusement encore aujourd’hui trop confidentiel et qui vit en marge d’une reconnaissance qu’elle mérite pour être demeurée aussi active que multiculturelle.

Nos sincères remerciements pour ces quelques jours inoubliables, ainsi qu’un grand respect à cette
irréprochable organisation du Hadra festival.

Texte par Stéphane Delaterre & Cho-7 / Photos Frederique Jouvin