Starwax magazine

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OKO DJ INTERVIEW

OKO DJ INTERVIEW

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Capable de jouer des disques obscurs comme des hits disco endiablés, Oko Dj enchaîne les dates dans les clubs intimistes ou lors d’événements de grande envergure en Europe. Elle est également responsable de la nouvelle antenne parisienne de LYL Radio. Afin d’en savoir d’avantage sur les débuts prometteurs de la demoiselle, nous l’avons rencontrée dans un squat d’artistes du 19ème arrondissement de Paris.

Comment as-tu découvert le Djing ?
Lorsque j’ai déménagé à Lyon pour mes études, j’ai rencontré les gens de Groovedge et on est devenus super potes. Je sortais alors du conservatoire de piano. N’ayant pas de platines, j’ai pris l’habitude d’y aller régulièrement pour mixer des disques entre amis. Tout le monde jouait de la musique en prenant les disques dans les bacs. C’est comme ça que je me suis rendu compte que j’adorais choisir de la musique en fonction de l’ambiance. Ça s’est fait un peu par hasard en fait.

Tu as été classée parmi les huit Djs féminines les plus influentes de l’année 2017 par Vice. En quoi cette reconnaissance permet d’apporter une nouvelle dynamique ?
Ça a toujours existé. Mais aujourd’hui on a levé le voile sur toute une partie des artistes qui étaient dans l’ombre. Il y a eu des femmes très influentes dans tous les domaines musicaux. Malgré le fait qu’il y ait plein de femmes dans ce milieu, elles ont toujours été moins invitées. Et ce n’est pas normal qu’aujourd’hui dans les festivals il n’y ait qu’une meuf pour cinquante musiciens. Pareil pour les radios. Cette prise de conscience globale est pour moi une bonne chose. J’espère que bientôt on ne parlera plus de meufs qui mixent mais juste d’artistes.

Que penses-tu de la scène scratch et de son évolution vers le mix digital ? Ne s’impose-t-il pas au détriment du support vinyle ?
Je connais peu la scène scratch donc je ne peux pas vraiment me prononcer mais concernant le mix digital et son évolution, personnellement j’ai mis longtemps à m’y mettre car je suis plus à l’aise avec des vinyles. J’aime le côté physique, le fait de mettre le disque sur la platine. J’ai besoin de ce rapport à l’objet et puis visuellement ça m’aide aussi. Je ne connais pas forcément le nom du morceau ou de l’artiste mais je me souviens de la pochette. Je préfère également le toucher. Mais je joue aussi sur CDJ ou je digitalise des cassettes car tout n’existe pas en vinyle, par exemple des démos ou des titres sortis uniquement en Cd. Ce serait trop triste pour moi de me limiter au vinyle. C’est devenu aussi complexe de jouer en mode digital. Il y a de vrais virtuoses de la CDJ.

Quels sont les meilleurs disquaires européens ?
Il y a un disquaire de fou à Edimbourg, avec des disques qui montent jusqu’au plafond, où j’ai acheté sept enregistrements, quasiment à l’aveugle. Et j’ai fait de très bonnes découvertes ! Il y a aussi un disquaire caché à Berlin, où il faut connaître le patron et obtenir un rendez-vous pour trente minutes d’écoute. On peut y trouver toutes sortes de choses dans les domaines de l’expérimental, du post-punk, du noise et d’autres trucs bien obscurs : c’est chez Pedro Plate. À Paris, j’aime beaucoup l’International Records, DDD et Le Souffle Continu. À Lyon, je vais Chez Emile (distributeur du catalogue BFDM) ou Groovedge. Et je retiens une autre enseigne qui vient d’ouvrir à Bordeaux : Oto Disques.

Comment définirais-tu ton style musical et tes influences ?
J’explore énormément de styles musicaux et de façon assez poussée. J’adore le trap, la scène métal, hardcore et noise. Mais aussi des choses plus classiques qu’un Dj peut jouer comme le disco, l’italo-disco, les musiques actuelles faites pour danser. Mais je reconnais que c’est assez rare de mélanger autant de styles différents ! J’aime toutes les musiques. Je choisis juste des morceaux que j’aime. Il y a quand même un fil rouge qui serait la musique un peu sombre car je ne ferais jamais un set uniquement disco, très happy. Mais ça ne me dérange pas de faire une prestation exclusivement EBM. J’ai écouté énormément de punk et de métal quand j’étais plus jeune et ça se ressent encore dans mes sélections aujourd’hui. Sinon mon premier disque acheté, c’est un album de Lauryn Hill. Il y a toujours eu un truc un peu street présent.

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Tu animes Pu$$y Nightmare sur LYL Radio. Peux-tu nous en dire plus…
LYL est une web radio qui existe depuis trois ans sur Lyon et on m’a proposé d’ouvrir une antenne parisienne. Je suis en charge de la programmation, de la gestion du studio, de la communication et de l’organisation des événements sur la capitale. Il y a un seul flux mais on passe d’une ville à l’autre, on travaille de concert. Il y désormais des émissions internationales grâce à des contributeurs sur à peu près tous les continents je crois. C’est pointu, travaillé mais aussi très large dans les styles explorés. Il y a des disquaires, des patrons de labels, ça complète bien le collectif. Mon émission mensuelle s’appelle Pu$$y Nightmare. Il y a uniquement des invitées féminines. Je fais la première heure et l’invitée fait la deuxième. Il y a parfois des thématiques mais ça reste très éclectique. J’ai invité des meufs de Norvège, de Belgique, de France et des Pays-Bas, au fil de mes rencontres à l’étranger. C’est un peu ma façon de rétablir l’équilibre, même si je n’en parle pas vraiment. Le but est surtout de faire une émission qualitative.

Quid du concept Bruits de la Passion ?
Bruits de la Passion, c’est un collectif parisien dont je fais partie, avec Antonin et Aymard (le duo Gita Sensation, Ndlr), mais également avec Quentin et Sammy. Ca fait deux ou trois ans qu’on fait des soirées à Paris, des fêtes qui nous ressemblent, la plupart du temps hors club, car on manque souvent de liberté dans la programmation. Les tarifs ne sont pas chers, on fait les cocktails nous mêmes. Le public provient de tous les horizons. Il y a plein de meufs, l’espace est safe. Il y a des punks, des gens hyper pointus, des néophytes, des gens plus âgés. C’est pour moi un bon révélateur, un climat très ouvert. On a aussi une émission sur LYL qui s’appelle Synchronisme ou Barbarie. On propose aussi un festival, la Zone Disco Autonome, dans le sud de la France. On cherche un lieu pour la troisième édition cet été.

Est-ce-que tu t’intéresses à la production ?
J’ai déjà contribué à des projets sortis chez les Portugais de Eye for an Eye et avec l’Italien Madteo, sur un label US. Je commence maintenant à travailler en solo à un stade embryonnaire. J’attends d’être satisfaite du rendu avant de sortir quelque chose. Je suis convaincu que les choses doivent se faire de façon naturelle et facile, avec des amis proches. Donc si ça doit se faire, ça se fera. Je fais aussi partie du label lyonnais BFDM en tant que Dj. Judaah est un des premiers à avoir tendu la main lorsque je débutais. Le label BFDM sera donc le premier à qui je ferai écouter mes futures productions.

Par Rodolphe B.

Ecoutez les mixes d’Oko Dj et retrouvez ses prochaines dates ici.