Starwax magazine

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MIXFADER, LE SKRATCH 2.0

MIXFADER, LE SKRATCH 2.0

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Aujourd’hui je vais profiter de notre passage au mois d’aout dans les locaux de DJiT, nouvellement rebaptisée MWM (acronyme de Music World Media), en compagnie de membres de Parlons Scratch, pour vous parler de cette start-up ainsi que de deux produits : l’application Mixfader Dj et son crossfader connecté. Et ensuite on finira en beauté. Dino annonce la couleur à l’interphone : « C’est la mafia du scratch ! ». La visite peut commencer.

Le portablism explose depuis quelques années. Pour les non-initiés, on parle ici de scratch sur mini-platine, et surtout, dehors, dans la rue, à la plage, à la montagne, sur le dos d’un dromadaire. Vous avez bien lu. Et pourtant les constructeurs sont à la traîne, ils restent frileux alors qu’il semble évident que la portabilité du matériel de scratch est au cœur des envies des praticiens depuis des années. La preuve étant la sortie et le succès de la célèbre QFO il y a déjà plus de dix ans !
Et ne vous y trompez pas, Numark n’a prit aucun risque avec sa PT01 Scratch fabriquée à Taïwan, qui à part un trou dans la coque de l’ancienne PT01 pour y placer un incompréhensible switch (avec Birdy Nam Nam et C2C dans la team Numark, ils ne savent toujours pas qu’on utilise un crossfader ?). Ils n’ont clairement fait aucun changement donc aucun investissement et quasi aucunes recherches. Il se passe alors quelque chose d’extraordinaire : ce sont les utilisateurs eux-même qui se chargent des modifications et améliorations de leurs machines. Les scratcheurs (et quelques marques très spécialisées) conçoivent, fabriquent, et vendent des produits clairement au point, basés sur les cotes des jouets qu’on nous vend.

702-Camel-Cut-Mo-Fo-02 Le Dj de Camel Kutz, infos ici.

702-mixafder-02-02 De gauche à droite : Le Mixfader puis une PT01 Scratch modifiée (plateau, start-stop, crossfader et bras).

Mais toutes les marques ne sont pas à la ramasse ! Il reste des gens pour innover, écouter et prendre des risques. Music World Media en fait partie. L’idée d’une application Dj trottait, en 2009, dans les têtes de Nicolas Dupré et de Jean-Baptiste Hironde, amateurs de musique, de mix et de scratch. Edjing Mix sort en 2012, et sera élue « meilleure application de l’année » par Apple et Google. Et une autre de leur appli DJ, Edjing pro, a même été associée à la sortie de l’iPhone7. La start-up est soutenue, les applications se multiplient et se diversifient (d’où un changement de nom cet été 2017 qui ambitionne de conquérir un terrain plus large que le DJing).
En 2015, le Mixfader 100% made in France, fabriqué à Bayonne, fait son apparition et marque le début de l’air hardware de la marque. Destiné à la base à l’application Edjing Pro, il sera très vite approprié par les portablists du monde entier, et DJiT suivra instantanément le mouvement.
En 2016 il propose des packs d’instrus en achats-intégrés dans l’application scratch, et en 2017 aura lieu la première Mixfader World Battle qui a tellement bien fonctionnée que l’édition 2018 est déjà sur les rails.

Chez Music World Media, on a bien compris qu’aujourd’hui les choses vont vite, très vite, et que si l’on veut continuer à offrir des produits qui correspondent aux attentes des utilisateurs, c’est vers eux qu’il faut se tourner, et communiquer directement avec eux de façon régulière. Il est donc naturel pour MWM d’accueillir dans leurs locaux les gens qui pratiquent, et pas seulement les grands noms, mais tous les passionnés actifs du milieu. Nous voici donc sur place.

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Visite guidé : 45 employés sont répartis sur deux étages. On compte une trentaine de développeurs (iOS et Androïd), des ingés son, un grand open space est dédié au marketing, à la vente, aux tests et aux mises à jours, ainsi qu’à la com’ média.

Un autre open space, vide, attend les futurs employés. Car la start-up est en pleine expansion ! Juste un chiffre comme ça : 100 000 000 download dans 182 pays en cinq ans… Pas mal pour des « fromages qui puent » (si tu n’as pas cette référence, tu sors… Enfin après avoir lu l’article bien sûr).

Un studio photo et vidéo, petit en taille mais bien équipé, leurs permet de réaliser des teasers de manière autonome. Avec un fond blanc et une grue pour des plans bien stylés, ils peuvent y travailler sans limite de temps.

On trouve aussi un atelier dans lequel travaillent trois ingénieurs en électronique. C’est mon endroit préféré car le concept est juste parfait. Ici on peut concevoir des prototypes en un temps record et à moindre coup. Ils ont une imprimante 3D pour les coques, et une machine de pose de composants CMS, manuelle (pour souder sur les minuscules plaques de PCB qu’on trouve à l’intérieur des machines). En gros, entre une idée et son prototype, il suffit de quelques jours, contre des mois et un coût dérisoire lorsque l’on passe par un prestataire, en ne sachant même pas si ça va vraiment marcher ! Ici ce serait plutôt : « Le prototype ne marche pas bien ? Pas de problème, on modifie ça et demain on en teste un autre ». J’adore. Pour vous donner un exemple, le matériel exclusif que l’on a testé ce jour-là a été construit en nombre suffisant juste avant notre venue.

Pour finir, les locaux comprennent aussi une grande salle de repos, avec cuisine, canapés, jeux de société (non je n’ai pas passé l’aprem à parler dans un micro karaoké !) sets de platines à dispo pour démos et tests, et, très important, un baby foot. Si vous entrez dans cette société, vous serez testés au baby foot. Même Dj Excess a prit une leçon lors de sa dernière visite début septembre.

Cédric Vergé AKA Dj Ranek, membre de l’équipe business development et marketing et travaillant particulièrement sur la partie Dj et hardware nous a fait la visite des locaux. Maintenant il s’apprête enfin à nous montrer et à nous faire tester le Mixfader et la surprise…

Alors si vous ne voyez pas bien encore de quoi on parle, voici le principe.
Grâce à la sortie USB qu’ont certaines platines, on peut faire entrer un signal audio dans un téléphone ou une tablette. Ce signal est convertit en numérique par le téléphone pour pouvoir être traité. Soit la source est une musique ou un son qui, une fois convertis en numérique peuvent passer dans des effets et être découpés dans l’appli (grâce au fameux Mixfader connecté en Bluetooth), soit c’est un timecode de Serato, Traktor ou Mixvibes qui peut donc servir à manipuler un son contenu dans l’appareil. Et c’est ça qui pour moi rend le Mixfader et son appli révolutionnaires. On peut scratcher des sons personnalisés, sans ordi, dehors, au calme, en toute légèreté. On a ci-dessous un exemple parfait issu de la battle citée plus haut, puis Dj Fly nous offre une ballade musicale dans les belles rues de Lyon.


Au final, le son sort par la sortie casque du téléphone, mixée ou non avec une seconde voie qui serait par exemple un beat issu d’un des packs d’instrus de Dj Claim (j’dis ça…) Les volumes des deux tranches se gèrent dans l’application. On a aussi accès à des pitchs, points cue et pads virtuels très pratiques.
Le fader n’étant finalement qu’un contrôleur numérique, on peut calibrer la courbe du cut et plein d’autres paramètres directement dans l’application. Et pour les bricoleurs 2.0 le code source SDK Mixfader est dispo sur le site et vous permettra d’utiliser le fader pour d’autres choses, ou pour aller encore plus loin dans la personnalisation de votre courbe.

Bref, maintenant, à nous de tester.
Résultat : ça marche.

Ça marche, mais pas aussi bien que les DVS que l’on connaît. On constate une légère latence, et le time code peut brièvement décrocher par moment. Mais ! Car il y a un mais, chaque problème a son explication et, surtout, sa solution.

D’abord, l’explication. L’appli n’a pas de latence. La latence vient de la convertion A/D faite par le téléphone. D’ailleurs iOS gère bien mieux cette conversion qu’Android. La gestion de l’audio est le point noir du système Android (avoué par Google himself). Mais cette lacune est variable selon les constructeurs de téléphone, MWM nous conseille donc les marques LG, Nexus, et Google qui sont presque au même niveau qu’iOS. En cas de doute, on peut entrer la marque de son téléphone sur le site et vérifier sa compatibilité avec l’appli ici. Mais iOS ou non, un téléphone ne convertira jamais aussi bien qu’un… convertisseur !

Pour le timecode, voilà l’histoire. Serato et les autres gravent sur vinyle des sinusoïdes plutôt simples à la base, mais qu’ils développent en même temps que les boîtiers dédiés à les décoder. Donc l’interprétation du signal par la carte son et le logiciel est au top. Pour MWM, c’est plus difficile, car ses concurrents ne vont pas donner leurs recettes ! Du coup ils analysent les timecodes des autres, et développent leurs propres algorithmes pour les interpréter. Ils partent donc de zéro, sans aucune info, et pour être compatibles avec trois marques… Normal que ça prenne du temps. Et ça va même plus loin ! Par exemple l’algorithme de la première édition du timecode de Traktor est au point, alors que celui du Traktor mk2 qui est plus difficile à décrypter, marche moins bien. Et en plus du plus, les faces A et B des trois marques ne sont jamais les mêmes, ce qui triple le travail !

Maintenant, les solutions. À la question : « Mais pourquoi ne pas développer votre propre timecode ? », Cédric me répond : « En fait ça fait deux mois qu’on en parle mais simplement, si on sort un timecode dédié à l’appli, il faudra qu’il soit bien plus performant que tous ceux que l’on connaît pour le moment ». J’adore quand on me parle comme ça.
Et à la question : « Pourquoi ne pas créer votre propre interface pour convertir et gérer l’audio à la place du tel et annuler la latence ? », il me répond : « Passons à la suite». Car ils y ont déjà pensé bien sûr ! Et c’est la surprise qu’on est venu tester aujourd’hui. Un tout petit boîtier provisoirement baptisé Pro Link.

Si on ne vous montre pas de photos, c’est parce que le produit ne sortira pas en l’état. On a eu simplement des prototypes sortis tout chaud de l’atelier cité plus haut, pour tester la viabilité de la technologie.
Et là, oui ! Là ça marche pour de vrai ! Plus de latence. L’audio est converti par ces petits boîtiers ultra-performants. Avec des petits bonus comme la calibration continue du cross, ou une correction de cut qui analyse nos séquences, et en cas de scratchs répétés au même rythme pendant un certain temps, se permet de faire un cut à notre place, si on l’a raté. Mais tout ça ne sont que des idées, des recherches, des tests, ça ne sortira pas sous cette forme-là, il y aura peut être d’autres choses, ou des choses mises de côté… En tout cas ça fait rêver car ce système ne prend pas de place du tout, et peut donc être intégré dans une mixette, un dock, une platine, ce qu’ils comptent définitivement faire à la suite du Mixfader. Qui sait ce qu’ils nous réservent ? Les idées et les discussions commencent à fuser, et avec des passionnés comme nous ça peut aller loin. Mais ça ne leur fait pas peur, au contraire, ils nous écoutent avec attention.

La platine portable idéale, l’imaginer c’est top. Mais en parler avec des gens qui se regardent entre-eux l’air de dire : « Et si on le faisait ? » et qui peuvent même estimer un prix pour nous demander si on l’achèterait, c’est assez magique. Music World Media, ou comment avoir les idées avant les autres, les pousser jusqu’au bout et ne jamais s’arrêter de les faire évoluer. La start-up certifiée bien fat par Star Wax.

Mod infos ici. Renseignements sur les Mod et la communauté Parlons Scratch ici.

Par Dj Claim