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LES DANSES DE LA CULTURE HIP-HOP / MILADY LUBRANO

LES DANSES DE LA CULTURE HIP-HOP / MILADY LUBRANO

éditeurL’Harmattan

LES DANSES DE LA CULTURE HIP-HOP / MILADY LUBRANO

Les courants artistiques influencent et sont influencés par leur époque et par leur environnement. La culture hip-hop ne déroge pas à cette réalité. Né dans les années 70 à New York, ce mouvement est le résultat d’un melting pot apparu sur fond de crise. Milady Lubrano, activiste depuis plus de quinze ans, pratique et enseigne les danses hip-hop. Également conférencière, elle n’a de cesse de transmettre cette culture. En complément à ces actions, L’Harmattan édite un ouvrage sur le sujet, écrit par la danseuse. « Les Danses de la Culture Hip-Hop » ne vous apprendra pas à danser. En revanche ce livre a pour objet de « Donner des pistes de connaissances pour atteindre l’authenticité dans les danses ». Même si les danses hip-hop sont le sujet principal, plus de la moitié de l’ouvrage évoque l’aspect historique. Une petite partie met en lumière l’essor de ces danses sur les autres continents, avant d’ouvrir le troisième chapitre intitulé : Culture et danses hip-hop, quelles relations existe-t-il aujourd’hui ? Même si le hip-hop est apparu à Nyc, des danses hip-hop sont aussi nés sur la côte ouest des Usa. Autant de kilomètres et donc d’environnements séparent parfois les différentes danses, qu’elles se nomment B-boying (ou break), top rock, up rock, phase, freeze, footwork, popping, locking, c-walk, pop ou boogaloo. (Pour plus d’info consulter le Star Wax n°38 – Spécial street dances – free ici). Puis les protagonistes selon les pays ce sont appropriés à leur manière une ou plusieurs de ces danses. En revanche l’auteure insiste quant aux codes : il y a des bases fondamentales à connaître et à respecter afin de devenir un membre à son tour respecté de la communauté. Ce chapitre interroge aussi sur la complexité d’une culture « sauvage », qui fédère toujours plus d’adeptes. Une culture sans réel maître mais où les pionniers sont reconnus. Une culture en marge des institutions et des cursus académiques, mais qui fait partie intégrante de l’industrie de la musique et du spectacle. Alors que le hip-hop est né dans la rue, certains se demandent s’il doit y rester afin de ne pas perdre son essence ! Mais n’oublions pas que les blocks parties, prémices des soirées hip-hop, étaient organisées par les Djs qui avaient pour motivation de jouer dans les clubs. Leurs désirs étaient de s’élever, de vivre de leur savoir-faire… D’ailleurs les danses hip-hop ont également évolué en performant dans les clubs…

Après plusieurs décennies le mouvement a pris une ampleur inédite. Et le mot hip-hop est souvent galvaudé. D’où la volonté de B-girl Milady de poser de multiples questions quand à la transmission de cette culture. Pour cette dernière, il est primordial de préciser que « Les danses de la culture hip-hop sont un art d’expression corporelle et non un sport. Il faut différencier la compétition du défi et la performance de la réalisation ». Une compétition, appelée dans le milieu battle, où il n’y a pas de distinctions entre les femmes et les hommes, « N’implique pas de surpasser l’autre mais a pour objectif de se surpasser au travers de cet art ». Une réflexion séduisante puisqu’elle change le rapport à soi et à l’autre. Autant de cloisonnements à décloisonner qui m’a fait aimer la culture hip-hop, mais concrètement ce n’est pas si simple. L’auteure en a aussi conscience, elle est pointilleuse. Mais parfois elle respire les contradictions d’une culture en mouvement. Par exemple Milady voit la culture hip-hop comme une mouvance sans limite, en perpétuelle évolution, mais elle pense que le krump ou la house dance méritent d’être vus indépendamment des genres précités. L’apparition de nouveaux styles musicaux ne sont pas innocents dans l’évolution des danses. Mais comment faire évoluer un art sans bafouer ses origines ? Vaste sujet, mais n’oublions surtout pas que la culture hip-hop doit surtout permettre de transformer les énergies négatives en énergies positives, pour ensuite les partager…

L’écrivain cite de nombreuses références bibliographiques : « L’Histoire de la Danse Est l’Histoire Sociale Du Monde » de Martha Graham interpelle. Pour transposer cela aux musiciens et aux producteurs, et par la même occasion rendre hommage aux Djs trop souvent en retrait, n’est-il pas plus juste d’écrire : l’histoire de la musique est l’histoire sociale du monde ? En effet est-il possible de danser sans musique ? Cette citation révèle aussi la difficulté de faire cohabiter ensemble différents modes d’expression. Et même si l’art est censé permettre d’ouvrir au reste du monde, les cinq disciplines du hip-hop (danse, rap, beatbox, graffiti et Djing) ne sont pas assez connectées entre elles – comme le souligne Milady. À noter que le livre se clôture par un riche lexique (attention les définitions de beat et de disc-jockey manquent de précision), suivi des dix-huit principes de la Zulu Nation écrits en anglais et en français. Puis par une carte d’identité des danses hip-hop.

À l’heure où de nouvelles générations (issues du milieu rural ou de quartiers de toutes classes sociales) pratiquent les danses hip-hop, les disciplines concernées sont de plus en plus bousculées. Même si il ne s’agit pas du premier ouvrage consacré au hip-hop, ces 270 pages sont utiles, afin d’expliquer l’histoire de cette culture. Au-delà des redondances (certes il faut parfois répéter ses propos pour être entendu), « Les Danses de la Culture Hip-Hop » de Milady Lubrano permet d’appréhender la culture hip-hop tout en alimentant un débat qui préoccupe de plus en plus les anciens activistes et désormais les institutions. Big up à B-girl Milady. « Les Danses de la Culture Hip-Hop » est certifié fat par Star Wax. Disponible, à 29 euros, directement chez L’Harmattan Edition.

Par Dj Coshmar

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