Starwax magazine

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LE JOUAGE X ERZATZ / INTERVIEW

LE JOUAGE X ERZATZ / INTERVIEW

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Chaque mois, le label hip-hop Galant Records plante une graine musicale en initiant une rencontre entre un(e) beatmaker et un(e) rappeur(se). C’est dans ce contexte que Le Jouage, Mc activiste de la galaxie hip-hop depuis 1995 et Erzatz, ingénieure son au JFX Studio, chanteuse et compositrice, ont collaboré pour produire le single « Tic Tac » paru en septembre dernier. Le 4 décembre ils présentent l’Ep « Six Pack », avec un clip réalisé par James Delleck. Avec ce nouvel Ep, Le Jouage et Erzatz confrontent deux états d’esprit, deux humeurs et finalement deux égo trips avec chacun sa part d’ombre et de lumière et autant vérités possibles. Une dualité en guise de fil conducteur de cet Ep et donc de cette interview où Erzatz questionne Le Jouage et vice-versa.


ERZATZ : Qu’est-ce qui t’a donné envie de travailler avec moi ? C’est aussi nos différences nous séparant ?
LE JOUAGE : Nous avions déjà eu la chance de travailler ensemble sur des projets donc je savais où je mettais les pieds. Alors quand l’opportunité de travailler sur un Ep s’est présentée je n’ai pas hésité. Je savais qu’il y avait de grandes chances que je sorte de ma zone de confort et ça a été le cas.

EZ : Je suis venue avec le thème Ange/ démon et toi vérité/ mensonge, pourquoi avoir choisi ce thème?
LJ : L’idée d’aborder les thèmes par paires m’a paru la bonne pour l’ensemble du projet. Ce thème me semblait coller aux autres dans la mesure où ça restait proche d’un trait de caractère. Nous sommes tous différents mais ce sont des traits de caractère que tu retrouves chez chacun à différents degrés.

EZ : On a traité de la dualité, mais finalement nous avons beaucoup travaillé ensemble, plus que traditionnellement : je n’étais pas juste la beatmakeuse, tu n’étais pas juste le rappeur…
LJ : Aujourd’hui, avec les moyens à notre disposition, nous avons la chance de travailler de partout et à distance. La différence c’est que pour ce projet nous avons eu le chance de pouvoir le finaliser ensemble sur Lyon et de profiter de la dynamique du moment, ce qui a permis de faire émerger des idées nouvelles. L’ego trip est un trait de caractère de chacun, un thème qui rentre parfaitement dans l’idée globale du Ep, et quoi de mieux qu’un ego trip pour vanter ses mérites.

EZ : On est pas nombreuse dans le rap à faire des beats. Est ce que pour toi ça a changé quelque chose que je sois une femme ?
LJ : Je n’ai jamais pensé qu’il pouvait y avoir une manière propre ou particulière de travailler que tu sois un homme ou une femme. J’ai toujours fait de la musique par plaisir, parce que j’avais envie de le faire, de m’investir dans un projet dans lequel je pouvais m’identifier. A l’inverse, je n’ai jamais fait de musique à contre cœur ou me forcer pour faire plaisir. Alors homme ou femme, je fais de la musique, tout simplement.

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LE JOUAGE :
Comment décrirais-tu mon style et t’attendais-tu à des difficultés particulières au moment d’aborder ce projet ?

EZ : Je dirais que tu as un rap riche et chantant. Ton flow s’adapte à plein de beats différents, j’aime bien ta façon de jouer sur le beat, d’expérimenter. Comme tu es fort pour trouver des refrains qu’on retient facilement et durablement, mais tu as une écriture propre à toi. Donc il faut souvent plusieurs écoutes des textes pour apprécier et comprendre pleinement le sens de ceux-ci. Il a aussi un côté assez dark dans tes textes qui me parle bien ! Je ne m’attendais pas vraiment à des difficultés particulières, pas plus que d’habitude. C’est toujours une aventure de créer à plusieurs…. S’accorder tout en respectant l’univers de chacun. Et puis comme nous avons déjà travaillé ensemble sur le mixage de ton dernier album par exemple, je connaissais bien ton univers et je savais quelle place on pouvait prendre l’un par rapport à l’autre, l’un avec l’autre.

LJ : C’est une collaboration qui peut paraître inédite mais pas tant que ça finalement puisque je suis un rappeur avec qui tu as pas mal travaillé dernièrement… Penses-tu réitérer ce format avec d’autres rappeurs plus ou moins proches de ton entourage ?
EZ : Non je ne pense pas. Bien que j’aime beaucoup de rappeurs dans mon entourage, j’ai en ce moment envie de retourner vers quelque chose de plus électro, minimaliste, très mélodique et surtout de nouveau exploiter ma propre voix. Sur cet Ep, on s’est donné l’opportunité de faire des égo trips, et donc c’était la première fois que je faisais un morceau de A à Z toute seule, ça m’a plu. J’ai envie de tirer ce fil. Et puis, ce n’est pas si évident de passer d’ingé son à co productrice musicale, ce sont des rôles très différents, une place très différente, ça ne marche pas à tous les coups. Mais bon on n’est jamais à l’abri d’un featuring.

LJ : Quel est le morceau du Ep qui est le plus représentatif de notre collaboration selon toi, et s’il est différent, quel est le morceau avec lequel tu as le plus d’affinités ?
EZ : « Au bord » est pour moi le morceau le plus représentatif : un matin, tu m’a envoyé un beat auquel tu croyais moyen, moi je le kiffe direct, et je ne le lâche plus. Du coup je rajoute des éléments mélodiques, j’esquisse une structure, tout se pose assez facilement. Au moment de la voix, tu rencontres des difficultés à trouver ce que tu considères comme le bon flow, car c’est loin des sentiers battus. Mais bon tu insistes pour le challenge et par respect pour notre collab, d’autant que tu sais que je tiens beaucoup à ce morceau. Puis je sais que tu kiffes aussi les challenges ! Finalement, je trouve que le titre déchire, James Delleck l’a même choisi pour en faire le clip de l’Ep. Et puis c’est un bel hommage au rap abstrackt et dark qu’on a tant kiffé tous les deux, dans les années 2000. Mon morceau préféré, par contre, c’est « C’est maintenant », j’adore l’instru, elle est fraîche, ainsi que le thème et ton texte dessus est très positif, avec une belle force mentale. Ca me fait du bien.

Par Invisibl Journalist / Photo par Anna Bayle