Starwax magazine

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newsdécembre-2020

KITO JEMPERE  INTERVIEW & YET ANOTHER KITO JEMPERE LP STREAM

KITO JEMPERE INTERVIEW & YET ANOTHER KITO JEMPERE LP STREAM

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Kito Jempere aka Kirill Sergeev, installé à Saint Pétersbourg, est un musicien, Dj et compositeur de musique électronique. Actif depuis une vingtaine d’années, il a fait partie de plusieurs groupes de musique, a lancé son propre label, a multiplié les productions et a été remixé par de grands noms. En novembre dernier, il a sorti son troisième album « Yet Another Kito Jempere ». Ce projet audacieux brasse plusieurs cultures et fusionne différents genres dont le jazz, l’ambient, le disco, la dream pop, la house… Une merveille ! Kito Jempere a réuni une vingtaine d’artistes prestigieux résidant un peu partout dans le monde : Jimi Tenor, Wolfram, Hard Ton, Lipelis, Rich Thair (Red Snapper), Ruf Dug, Cedric Gasaida ( Azari & III), Miriam Sekhon, Mujuice pour n’en citer que certains. Cet artiste complet, pour qui la musique n’a pas de frontière, nous en dit plus sur la genèse et la philosophie de « Yet Another Kito Jempere ».


Cet album est un projet ambitieux. Comment as-tu réuni autant d’artistes ?
Assez ambitieux c’est vrai, mais ça s’est fait de manière naturelle et tous ensemble. Tous ces artistes font partie de mes amis proches et de ma famille, des gens que j’aime. Je suis souvent en contact avec eux, même sans travailler sur un projet. Donc c’était extraordinaire pour moi d’essayer de tous les réunir et d’incorporer les parties manquantes dans l’album avec les bonnes personnes. Le projet a commencé comme ceci : j’ai fait un lien privé sur SoundCloud avec des démos super brutes (parfois juste avec deux accords ou un bruit sonore) et j’ai commencé à les envoyer à mes amis via des chats ou en les contactant par téléphone. Avec les artistes locaux, nous nous rencontrions dans les studios ou dans notre « music camp » que nous avions mis en place chez moi ou à la campagne, deux fois par an. Alors ils sélectionnaient ce qu’ils « ressentaient » ou ce qui leurs parlait le plus. Pour le track « 思考 気 雲 », la chanteuse Minako Sasajima était à Toyko et elle faisait les chants sur des échantillons de jam que j’avais envoyé. Jimi Tenor, basé en Finlande, faisait aussi les instrumentales et à la fin quand j’ai tout rassemblé j’étais amusé car leurs parties étaient dans des tons un peu différents. Il a fallu un peu de temps pour finaliser le tout et Lovvlovver (le bassiste du groupe Kito Jempere Band, ndlr) m’aide beaucoup ici avec la Sub-Bass. Au final, le résultat sonne comme un film, c’est tout un voyage.

702_kito-itw-liveband Kito Jempere Band | Present Perfect Festival à St Pétersbourg en 2019.

Combien de temps as-tu travaillé sur cet album ?
Tout dépend du point de départ que nous prenons en compte. Certains tracks ont été commencés aux alentours de 2012, mais le moment où je me suis dit ce serait mon prochain album c’était à la fin de l’été 2019, début septembre. Cet été là, nous avions commencé d’aménager le « music camp » dans ma chambre. Noteless et Lovvlovver , membres du groupe, ont ramené beaucoup d’équipements dans mon appartement vu que notre studio D Gray était fermé. Donc on pensait commencer un album pour Kito Jempere Band. Leonid Lipelis et Gadzhi aka Ruslan Gadzhimuradov, le batteur du groupe, sont aussi venus avec l’idée d’enregistrer un album. Mais quand j’ai ouvert tous les projets, je me suis dit : « Euh, ce n’est pas ce que je veux », alors j’ai supprimé tous les projets pour ma part et j’ai gardé uniquement les fichiers audios d’enregistrements de synthés et je me suis dit : « je veux faire un autre album solo mais avec des membres du groupe et plus d’amis pour être impliqué à jouer des instruments et des voix supplémentaires ». Alors je l’ai fait. Je me suis assis sur le canapé, sans aucun synthé dans ma chambre, rien. Il y avait juste un ordinateur portable, Ableton et Facebook. J’ai donc commencé à produire un nouveau track avec les parties que nous avions enregistrées et je les ai envoyés pour que les personnes puissent jouer par-dessus. Et donc, en novembre, j’ai invité de nouveau Lovvlovver et Noteless pour terminer ce que j’avais compilé. Je l’ai donc terminé fin 2019 et mixé avec Roman Urazov jusqu’en mi-mars 2020. Juste au moment où nous avions fini, la pandémie a commencé. J’ai réalisé cet album via des échanges internet, un peu durant le confinement sans vraiment voir beaucoup de personnes.

Quelle est ta philosophie ?
L’idée est de ne rien considérer maintenant mais de regarder à l’intérieur. J’essayais de faire ce que je voulais entendre, ce qui manque dans mon monde et j’ai essayé de m’accomplir avec ça. La « philosophie » est simple. Il faut se réunir tous ensemble quoi qu’il arrive. Je ne pense pas que ma musique puisse faire bouger les masses mais je pense que la jeunesse pourrait écouter ce disque au lieu de la « Big Pop », maintenant trop tristement techno, et se rendre compte qu’il n’y a pas de frontières. Puis qu’il faut croire en soit-même et enfin faire quelque chose de grand. Alors disons que je cherche à motiver les bonnes personnes à faire ce qui peut changer notre monde.

Comment as-tu rencontré Hrdvsion ?
C’est aussi un truc d’internet. Je pense que c’était en 2015, quand j’avais sorti mon Ep « Amended Wonders » sur Let’s Play House avec un remix de Palms Trax. Je pense que sur la page Facebook, j’avais reçu un message de Hrdvsion disant qu’il aimait le track « Kusya », ou il avait répondu à une des promos, je ne m’en souviens pas vraiment. Nous étions en contact pour diverses choses mais durant quelques années, nous étions restés un peu silencieux. Je pense que nous étions dans l’optique de « Faisons quelque chose ensemble à un moment ». En plus, Noteless, mon collaborateur de tous les temps et le chanteur du groupe est un grand fan de Hrdvsion donc pour moi c’était évident : « Il aime ce que je fais, ce que nous faisons. Alors la cloche sonne et on entend ».

Comment est né le track “Netflex” avec Hrdvsion ?
En gros, Nathan a choisi les sons du track que j’avais dans la playlist, puis il a pris le relais. J’ai envoyé un message à Nathan via Facebook à propos de ton interview. Voici l’histoire complète selon Nathan Jonson : « Tout a commencé quand il m’a dit que je pouvais faire tout ce que je voulais et c’est ce que j’ai fait. J’ai chargé les parties qu’il m’avait envoyées dans un synthé granulaire et j’ai modulé les points de départ ainsi que les longueurs de boucles pour manipuler le matériel d’origine. J’ai ensuite séquencé le résultat et passé le fichier MIDI dans un arpégiateur, puis dans un delay automatisé. La mélodie était satisfaisante mais l’arpégiateur lui était peut-être trop prévisible et rendait le son un peu trop évident dans son ensemble. Donc, après avoir enregistré le fichier MIDI dans l’arpégiateur, je l’ai élagué jusqu’à ce que ce ne soit qu’un simple squelette de l’accord de base. Le réduire jusqu’à ce qu’il manquait pas mal d’éléments rythmiques, permettait de laisser de la place pour la pulsation « Sawtooth » (une sorte d’onde dont la représentation graphique se rapproche des dents d’une scie, ndlr) ; et prenait le relais à la place du groove précédent. Ensuite, j’ai fini le tout avec quelques cordes pour transmettre l’émotion et permettre au reste des parties de se désagréger indéfiniment. »
Kito Jempere : Donc, quand j’ai reçu les parties et je me suis dit : « wow, je ne toucherai à rien ». C’est ainsi que « Netflex » est né.

Par Sabrina Bouzidi / Photos (D.R.)

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