Starwax magazine

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JNEIRO JAREL / AFTER A THOUSAND YEARS FULL STREAM

JNEIRO JAREL / AFTER A THOUSAND YEARS FULL STREAM

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Le producteur et Mc afro-américain Jneiro Jarel est reconnu pour sa collaboration avec MF DOOM. Il est moins connu pour avoir réalisé « The Craft of Lost Art », un ovni hip-hop intemporel où il cumule les alias. Ce beatmaker au son singulier, principalement signé sur des labels européens, nous accorde un interview à l’occasion de la sortie de « After a Thousand Years ». Un savant mélange entre funk, jazz et musique afro-brésilienne, sorti chez Far Out Recording. (Interview extrait du Star Wax n°57 – lien vers le Pdf)


Tu as débuté tôt dans la musique. Où as-tu passé ton adolescence ?
Je suis né à New York mais j’ai grandi à Houston, au Texas. C’est là que j’ai passé mon adolescence avec mon cousin Dj Starr et mon cousin Tarek qui était un Mc. Nous vivions tous au Texas, mais de racines new-yorkaises. Déjà il n’y avait aucun doute que j’allais faire du hip-hop. C’était une énorme influence pour moi parce qu’à l’époque mon cousin Dj Starr avait des sons que je n’entendais nulle part ailleurs au Texas. Il rapportait des disques et des cassettes de New York. Et j’avais l’habitude de dire à d’autres personnes que je connaissais tout parce que nous l’avions avant sa sortie à Houston.

Tu as d’abord été Mc ou beatmaker ?
La première fois que j’ai produit un beat c’était en 1989 avec mon cousin Tarek. Nous avions un groupe qui s’appelait APB (Aliens from the Planet Brooklyn) et ensemble nous avons autoproduit notre première démo. Le Mcing, c’était vraiment mon truc à l’époque, mais je voulais aussi faire des beats parce qu’à chaque fois que quelqu’un me proposait un beat je n’étais pas satisfait et donc je voulais toujours entendre quelque chose d’autre. A un moment j’étais fatigué de le dire aux producteurs, alors je suis finalement passé derrière le EPS 16 Plus. (Ensoniq EPS est un clavier et sampleur 16-bit fabriqué de 88 à 91, ndlr). Et, à partir de 1992, j’ai commencé à créer mes propres beats.

Est-ce ta rencontre avec Hank Shocklee (membre de The Bomb Squad, le collectif de producteurs de Public Enemy) qui t’a amené à travailler avec des Mcs et à réaliser “ Craft of The Lost Art ” ?
Il n’y a aucun doute, Hank Shocklee et toute l’équipe de Public Enemy m’ont énormément influencé et inspiré. J’aimais et j’aime Public Enemy. Mais je travaillais plus avec des Mcs quand je vivais encore au Texas, avant de faire l’album « Craft of the Lost Art ». Et c’était cool, mais j’ai réalisé que j’avais envie d’une certaine ligne directrice artistique. Je ne voulais pas représenter n’importe comment. Le blasphème dans les textes ce n’est pas mon truc et beaucoup de Mcs que je fréquentais étaient grossiers. C’est pourquoi je n’ai pas vraiment continué à travailler avec beaucoup de Mcs. Pour le Lp « Craft of the Lost Art » j’ai travaillé avec Jawwaad et il y a eu quelques apparitions de DOOM et de Khujo Goodie, mais tous les autres rappeurs sur le projet c’est moi avec différents pseudonymes.

C’est surprenant car finalement tu as surtout sorti des disques sur des labels Européens : Kindred Spirits un label Hollandais, Lex sous label Anglais de Warp, et aujourd’hui Far Out Rec. et pourtant tu n’as pas habité en Europe ?
Croyez-le ou non, je n’ai jamais vécu en Europe. La plupart du temps, ils sont venus à ma rencontre lorsque j’étais à New York. J’ai rencontré Kindred Spirits à la soirée APT de Rich Medina à Manhattan, vers 2002. Et j’ai rencontré le staff de Lex Records de la même manière, peu de temps après. Avec Far Out, nous avions été en contact au fil des ans et nous sommes devenus amis. Nous avions un intérêt commun pour la musique brésilienne, il était donc tout à fait naturel de collaborer. Ce qui est drôle, c’est que j’ai toujours aimé les artistes Européens. La musique est plutôt avant-gardiste, ce que je respecte. D’autant que les labels européens ont toujours semblé comprendre ma vision artistique. Quelqu’un comme Jimi Hendrix a dû partir à l’étranger pour vraiment commencer à être reconnu. C’est à partir de ce moment-là que les gens ont compris sa musique. J’ai pensé déménager à Londres pendant un moment, mais cela ne s’est jamais fait.

Quand et pourquoi es-tu parti vivre à Cahuita ? Quelle est l’influence du pays sur ta musique ?
Je séjournais par intermittence au Costa Rica, depuis 2012 . La nature est ce qui m’attire. J’adore les animaux et les sons de la nature. Mon son n’a pas été influencé par la vie à la campagne, ça a toujours été ce que ça a été, mais je trouve toujours l’inspiration dans l’environnement naturel. Le Costa Rica est bon pour mon inspiration. Ça m’aide à produire de nouveaux sons organiques…

Entre 2014 et 2020 tu n’as rien sorti, pourquoi ? Je crois que tu as eu un souci de santé…
Tu as raté des sorties, en 2014 il y a eu l’Ep “ Flora ” qui inaugure Viberian Trilogy. Puis, pour entendre certains des travaux que j’ai publiés entre 2015 et 2016, je te suggère de consulter la trilogie Lost Pieces de Jarel (vol. 1-3) via mon Bandcamp. Mais c’est vrai que j’ai eu des galères pendant cette période parce que j’ai eu plusieurs bugs informatiques et des plantages de disque dur. Alors j’ai perdu des fichiers originaux. Plus récemment, en 2018, j’ai lancé l’Ep “ Micröclimate ” inspiré des années 80 / Future New Wave. C’est le projet sur lequel j’ai travaillé avant d’aller habiter au Costa Rica. Sinon en 2016 et 2017 la majeure partie de mon énergie été dédiée au spectacle. C’est une période où j’étais bien concentré sur la scène, l’organisation de soirées et j’ai fait deux Boiler Room à la Nouvelle Orléans.

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Le nom de ton nouvel album vient-il du fait que tu aies attendu longtemps pour sortir ?
Non, il s’inspire des prophéties bibliques trouvées dans les livres d’Isaïe, de Daniel et de l’Apocalypse, annonçant la restauration physique et spirituelle de la terre et de l’humanité après le règne de mille ans du royaume messianique. Ce disque c’est pour célébrer un monde où l’amour est éternel, la paix et l’harmonie abondent sous un règne souverain et divin.

Quelle est la différence entre ta manière de produire “ Fauna ” et “ After a Thousand Years ” ?
La plus grande différence c’est que « Fauna » est un travail solo de A à Z en MIDI, donc en digital plus quelques samples. Avec “ After A Thousand Years ”, je voulais que ça se sonne plus organique, avec des instrumentations live et des collaborations artistiques. C’est pourquoi j’ai invité des artistes comme Bill Summers, Masauko Chipembere, Scott Burton et George Katsiris sur le projet. Je voulais fusionner nos sons ensemble. J’ai des approches différentes selon les moments. A l’époque où j’ai fait “ Fauna ” j’étais plus en mode musique électronique. Avec cet album, c’était différent et ça change toujours. Je ne veux pas rester coincé dans une manière de produire.

Alors tu utilises différentes machines…
Oui, la configuration de mon home studio a changé plusieurs fois au fil des années. J’ai utilisé différents équipements, différents logiciels et différents instruments. Et maintenant que je voyage plus, j’utilise des hardwares plus petits et plus légers à transporter.

Ecris-tu la musique ou improvises-tu ?
Freestyle ! Je n’écris pas la musique. Tout est dans ma tête. Parfois j’entends des compositions abouties et parfois pas, alors je construis couche par couche jusqu’à ce que j’arrive à un titre abouti. Finalement au début je ne sais pas vraiment comment ça va se dérouler.

Sur le titre « African Bahia » tu as crédité Dr Who Dat ?, un autre de tes pseudos. Pourquoi ?
Dr Who Dat? c’est le “ soundscaper ” qui ajoute toutes les étranges textures et sons de fond à mes morceaux. Il représente le côté décalé de mon cerveau. Il est inspiré par la musique de la série télévisée de science-fiction « Dr. Who » que j’écoutais quand j’ai grandi. J’aime tous les sons anormaux et futuristes que j’entends dans la musique.

Qui a fait l’artwork du Lp ?
C’est Tim Short qui a réalisé l’œuvre. Nous nous sommes connectés via les réseaux sociaux. Je l’ai contacté parce que je trouve qu’il est talentueux. Je pense qu’il a plutôt bien interprété le thème prophétique de l’album qui est un événement apocalyptique… Tim a capturé tout le voyage spirituel. Dans ce voyage, le système du monde dans lequel nous vivons actuellement est décomposé puis progressivement reconstruit avec des conditions parfaites pour l’humanité et la terre. Et au bout, on sort avec la paix véritable, l’harmonie et l’illumination spirituelle.

Par Cosh… / Photos Danin Drahos