Starwax magazine

starwax magazine

archivesoctobre-2016

JEAN DU VOYAGE INTERVIEW

JEAN DU VOYAGE INTERVIEW

Posté le

Initié à la musique par sa mère, dès le réveil, à son plus jeune âge, Jean du Voyage sort en ce mois d’octobre son premier album downtempo. À paraître chez Jarring Effect, « Mantra », qui succède à deux Eps, esquisse une discographie prometteuse. Entretien avec un musicien scratcheur et beatmaker de La Rochelle à suivre absolument.


Quand et pour quelles raisons es-tu devenu passionné de musique ?
Cela a commencé assez tôt, tout petit ma mère me réveillait en écoutant des vinyles sur sa platine, ça a été mon premier contact avec la musique et le doux crépitement du sillon. À 14 ans j’ai découvert ma passion pour le scratch et la création musicale.

Quel a été le déclencheur pour sortir ton premier Ep « One Seed » en 2013 ?
J’avais l’habitude de faire des morceaux ou boucles destinés à la pratique du scratch avec le Bodhisattva Looper et le Paradigme Looper. Et des routines pour les championnats comme le DMC, l’IDA ou le TKO. J’ai eu envie de proposer quelque chose de plus personnel et sortir du format des compétitions.

Pourquoi Jean du Voyage, est-ce parce tu samples des musiques du monde ?
J’ai du mal à définir réellement ma musique mais on me dit souvent qu’elle fait voyager. J’aime m’inspirer de sonorités ethniques, découvrir de nouveaux instruments traditionnels, explorer de nouvelles frontières sonores. Cela explique peut-être mon nom de scène.

702_jdv-mantra_03
Parlons de ton premier album. Peux tu évoquer le processus de production, comment et avec quelles machines a-t-il été réalisé ?
« Mantra » est la continuité de « The Closest Ep ». Pratiquement tout est composé de A à Z, une façon de m’impliquer d’avantage dans la création et de proposer des morceaux plus intimistes. Au niveau production, je fais les enregistrements, les arrangements et le mix, j’utilise principalement Logic Pro pour tout cela. Sur cet album j’ai voulu mettre en avant les instruments et les voix, mélanger des sonorités acoustiques et électroniques. J’ai aussi utilisé un sampler, le Maschine, un clavier Nord Electro 3, un MicroKORG, une carte son Motu Ultralite mk3, une table de mixage Rane TTM 57SL et une platine Vestax PDX-1000. Les instruments utilisés sont le duduk, la kalimba, le métallophone, la clarinette, la flûte traversière, les saxophones tenor, alto et soprano, la guitare, le tabla, le bansuri, l’ocean drum, le cajón, le carillon…

Tu sembles aimer le chant, tu collabores toujours avec Djéla qui semble indissociable de Pierre Harmegnies. Mais surtout ISLA participe à « Mantra ». Est-ce votre première collaboration ? Est-elle de La Rochelle ?
Le morceau réalisé avec ISLA est notre première collaboration. Elle est de Nantes mais on a enregistré le morceau à La Rochelle et je suis vraiment content du résultat. C’est toujours un plaisir de mélanger des univers différents et j’ai la chance de rencontrer des artistes talentueux et ouverts. Djéla, Anaïs et Pierre Harmegnies apportent également leur touche à l’album, chaque morceau porte une histoire différente, je suis ravi qu’ils soient réunis sur ce premier long format.

Vont-ils t’accompagner sur scène et as-tu préparé un live ?
Actuellement je propose un live solo mêlant platines et machines avec mes compositions. Je fais également des Dj sets et des ateliers d’initiation au scratch. D’ailleurs je vais réaliser une tournée dans huit villes en Inde du 30 octobre au 7 décembre, c’est un vieux rêve qui se réalise, j’ai tellement hâte !

Un clip a été réalisé pour « Khanti », peux-tu nous en parler ?
Dans le cadre de l’exposition temporaire « Chants du Voyage, l’Exposition Coloniale en Vinyles », le Muséum d’Histoire naturelle de La Rochelle m’a invité à composer un morceau à partir de musiques enregistrées lors de l’Exposition coloniale de Paris en 1931, dont 113 vinyles sont conservés au Muséum. Le morceau « Khanti » est présent sur l’album, Mathieu Vouzelaud a réalisé le clip de « Khanti » ainsi qu’une vidéo interactive qui explique les différentes étapes de la création du morceau.


Que dévoile cette exposition ?
C’est l’occasion pour le Muséum d’Histoire naturelle de La Rochelle de présenter pour la première fois ce fonds de vinyles conservé dans ses réserves. En s’intéressant au contexte historique des Expositions coloniales de La Rochelle et Paris et aux débuts de l’ethnomusicologie, l’exposition vous propose de découvrir photos, documents, vinyles et instruments de musique des collections du Muséum… Toutes les infos sur l’expo par ici.

Revenons à « Mantra ». Certaines sonorités et manipulations aux platines font penser à celles du premier album de Birdy Nam Nam. Est-ce une influence ?
Le premier album de BNN m’a vraiment marqué, particulièrement quand ils jouaient avec des musiciens comme Bumcello. Cet album a un côté brut et organique qui me parle et c’est surtout le premier album réalisé aux platines par des Dj’s français donc c’est sûr qu’à l’époque ça m’a influencé d’une manière ou d’une autre. Le morceau « Violons » m’avait mis une bonne claque également.

702_jdv-mantra_02
Tu as déjà participé à des compétitions de scratch. Fréquentes-tu encore ce milieu ?
Ma dernière compétition était la TKO 2012, un très bon souvenir d’ailleurs. Big up à C2C et à toute l’équipe de Pick Up Production. Je ne me déplace plus aux événements mais je reste curieux de ce qui se passe actuellement.

La routine du dimanche, c’est fini ?
À l’origine je voulais partager les morceaux réalisés aux championnats sur YouTube pour permettre à ceux qui ne se déplacent pas dans les compétitions de pouvoir les découvrir. J’en ai également fait une pour la sortie de l’album d’un beatmaker que je vous invite à découvrir : Le Parasite. Par la suite j’ai consacré mon temps essentiellement à la composition et à la production, ce qui ne m’a pas laissé beaucoup de place pour réaliser de nouvelles routines.

Ne penses-tu pas que le turntablism manque de réalisations collectives ?
Pour se développer, le turntablism peut se nourrir de réalisations collectives et personnelles, l’essentiel étant qu’il arrive à perdurer, sensibiliser et susciter de l’intérêt. Dans mes ateliers d’initiation au scratch ou en live je me rends bien compte de la curiosité qu’éveille cette discipline, il y a encore plein de belles choses à réaliser.

Que penses-tu de « The 13th Floor », le premier album des ISP ?
Je le trouve assez brut et assez frontal, le scratch est mis en avant et on reconnaît bien la patte des trois protagonistes. C’est un album concept quand même ! Mais d’un côté je ne suis pas surpris, c’est dans la continuité de leur live et de ce qu’ils proposaient avec leurs différents projets.

Ta musique est surtout downtempo, pourquoi ? Ne souhaites-tu pas faire danser le public ?
Le scratch m’a permis de m’intéresser à différents genres musicaux, des artistes m’ont particulièrement marqué tels que Lorn, D-Styles, Toadstyle, Ricci Rucker, Tigerstyle et également Dj Shadow, Portishead, Bonobo, Cinematic Orchestra. J’écoute pas mal de trip-hop, d’electronica et d’autres styles qui ne sont pas voués à embraser un public, cela m’influence également. Le plus important à mes yeux reste de transmettre des émotions le temps d’un morceau, si cela peut faire danser les gens tant mieux. Il y a tellement de façon de ressentir la musique.

Pourquoi et comment a eu lieu la connexion avec le graffeur-dessinateur parisien Sly2 qui réalise tous tes artworks ?
On s’est rencontré via des amis en commun, dès que j’ai vu son travail ça m’a tout de suite parlé. Il a vraiment un talent incroyable. On a pris le temps de sympathiser, je cherchais un illustrateur et il me paraissait évident qu’il était celui qui pouvait mettre en image ma musique. Il a réalisé l’artwork pour l’album Mantra et mes deux derniers Ep’s : « One Seed EP » et « The Closest EP ». N’hésitez pas à aller voir le site de Sly2.

Achètes-tu des vinyles ?
Oui bien sûr, j’aime toujours fouiner quelques nouveautés et soutenir les artistes qui sortent leurs projets sur ce support que j’affectionne tant.

Sinon tu écoutes quoi dans ton baladeur ?
Danyèl Waro – Mandela.
Burial & Flying Lotus – BuriedMIX2.
CloZee – Apsara Calling.
Hugo Kant – Black Moon.
Author ft Quark – After Time.
Flako – Kuku.
Dirg Gerner – Vicious Cycle.
Hadouk Trio – Hi Jazz Hijaz.

Pour finir y a-t-il de la place dans ta vie pour autre chose que la musique ?
Depuis quelques années la musique prend beaucoup plus de place dans ma vie mais j’essaie de rester curieux à plein d’autres choses. Il y a tellement de chemins à explorer !

Interview par Dj Coshmar / Photos Mathieu Vouzelaud