Starwax magazine

starwax magazine

newsfévrier-2019

INTERVIEW / DROPS ON THE POP

INTERVIEW / DROPS ON THE POP

Posté le

Composé du saxophoniste Christophe Panzani, du guitariste Federico Casagrande et du batteur Gauthier Garrigue, le groupe The Drops décloisonne les genres musicaux tout en lançant des passerelles vers les arts visuels. À l’occasion de la sortie de leur troisième album studio « Hard Pop », le trio jazz évoque cet opus, ses travaux avec le beatmaker 20syl, la passionnante scène britannique du jour ou bien encore le mouvement pop art.


Le son de « Hard Pop » est rêche. Est-ce une volonté du trio ?
Oui on voulait quelque chose de brut, pas un truc léché et poli. À la sortie de « Spray », on avait été surpris de lire des qualificatifs comme « douceur » ou « promenade » alors que sur scène on était en nage dès le premier morceau… Pour « Hard Pop », on a voulu restituer sur disque la dimension sonore de nos concerts… Alors le terme rêche, on prend !



Des titres comme « Hard Pop » ou « Touch » sont mixés avec la rythmique en avant…
En même temps, la rythmique représente les deux tiers de la formation. Et plus quand on sait que la basse est jouée par la guitare… À part deux titres, c’est un parti pris. Encore une fois, ça correspond vraiment à l’énergie du groupe.

Le caractère hypnotique n’est pas sans rappeler la scène jazz anglaise et des formations comme Get The Blessing ou Szun Waves…
On aime bien ces formations. Même si on s’en démarque, ne serait-ce qu’au niveau de la rythmique justement. Get the Blessing reste sur un son de batterie acoustique. Il y a beaucoup d’effets utilisés sur les soufflants et la basse. Mais c’est vrai que c’est hyper-hypnotique, avec des motifs répétés et des longs développements… Notre approche est toutefois moins lancinante, plus brute. Sinon on adore les sons des claviers de Szun Waves ! Mais là encore la batterie sonne jazz. C’est très planant, là où on vise quelque chose de plus rêche, pour reprendre vos propos. En tout cas merci pour le rapprochement. Ce sont des purs groupes.

Vos disques évoluent en permanence. N’est-ce pas la définition du jazz ?
Le groupe fête ses dix ans ! On a énormément tourné. On a beaucoup évolué, grâce aux différentes collaborations, aux projets personnels… Ça bénéficie au trio. On a aussi la sensation d’être en constante approche de ce qu’on imagine être le son et la musique des Drops. Avec « Hard Pop », on a fait un grand pas dans cette direction. Après on ne veut pas trop faire de généralités sur le jazz… C’est une musique vivante, et comme la plupart des organismes vivants elle évolue, elle se développe. Et elle continuera tant qu’elle sera faite par des êtres humains.

Vous avez enregistré un disque au New Morning avec 20syl, Mc et beatmaker d’Hocus Pocus et C2C. Seriez-vous prêts à renouveler l’expérience ?
Grave ! Le remix que 20syl (ci-dessous) a fait de notre titre « Atalante » le hit du groupe, avec plus d’un million de vues sur YouTube. La collaboration avec un producteur de ce calibre est tellement enrichissante ! Secrètement on aimerait pouvoir sortir un album de remixes. On ne serait pas les premiers à réaliser un tel projet bien sûr, mais ce n’est pas ça qui nous arrêtera (rires).

702_thedrops-photo

Pourquoi revisiter le pop art ?
Chacune de nos pochettes possède une référence visuelle forte. Ça a commencé avec « Falling from the Sky », notre premier disque. L’artwork était un remake du tableau Golconde de Magritte, où on voit des bonhommes en costumes et chapeaux tomber du ciel comme des gouttes de pluie. Depuis on donne nos concerts en costards… On a enchaîné avec « Spray », inspiré par Banksy. Quant au pop art, c’est un courant inscrit dans le quotidien, réalisé avec les objets sonores du quotidien. Un peu comme notre musique, qui possède une démarche artistique et populaire, à la fois hard et pop…

Reprendre Police vire ici à la profession de foi…
Pas grand chose à dire sinon qu’on est fans ! Et qu’on s’est retrouvé, après un concert en Chine, à chanter leur répertoire sur la scène du club, transformée en karaoké. Depuis il existe une vraie histoire entre les Drops et Police (rires).

La musique et les arts plastiques se conjuguent bien. Comment expliquer une telle propension ?
La musique est un art invisible et abstrait, quoi qu’on en dise. Mais qui transporte, provoque des émotions, des sensations, des visions… colorées pour certaines. D’un côté Messiaen, de l’autre Kandinsky…

D’autant que des peintres comme Mondrian ou Jackson Pollock ont largement été marqués par le jazz…
Et que beaucoup de musiciens se sont inspirés de peintures ou de couleurs.

À l’instar du Velvet Underground ou de Serge Gainsbourg, seriez-vous prêts à travailler directement avec un plasticien ou un peintre ?
Oui bien sûr, et au delà du strict travail autour des pochettes, pour une collaboration complète, un projet commun : ce serait génial ! Des gens à nous présenter ?

Le son analogique voire le mono reviennent au goût du jour. Qu’en pensez-vous ?
Le son numérique a perdu l´affaire, le Cd a perdu l’affaire (un prochain pressage vinyle des Drops serait ainsi prévu, Ndlr). Et les casques chers et les platines vinyles se vendent désormais comme des petits pains. Ce n’est peut-être pas perdu…

Quels sont vos projets ?
The Drops naturellement ! Sinon Gautier a un super groupe nommé Flash Pig. Leur disque paraitra en avril. Federico vient d’enregistrer un nouvel album solo, qui sortira dans quelques temps. Et Christophe rentre en studio pour enregistrer la suite de son premier album, « Les Âmes Perdues », en duo avec des pianistes.

Propos recueillis par Vincent Caffiaux / Photo par Boris Wilensky