Starwax magazine

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INTERVIEW SLOK

INTERVIEW SLOK

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C’est lors de la release party du « Brune Ep » de Julien Sanfrancisco sorti chez Petite Records, nouveau label parisien, que nous avons rencontré Slok. Batteur, Dj, producteur, l’italien roule sa bosse depuis deux décennies dans la musique électronique. Rencontre avec un amoureux de la House et de l’huile d’olive, quelques minutes avant son mix.


Comment as-tu découvert la Dance music ?
J’ai découvert la Dance music grâce à la radio italienne. C’était plutôt un son commercial : la Disco des années 70, la New wave des années 80. Après, j’ai eu mes premières expériences de clubs sur la côte adriatique à Rimini, à Riccione. C’étaient des soirées avec des Djs internationaux. En fait, par la radio, je suis venu à l’underground : la House music, la Techno, les raves party, les after hours, etc.

C’était quand ?
Au début des années 90.

Quel âge avais-tu ?
J’avais vingt et un ans. Maintenant, j’en ai quarante.

Tu ne les fais pas. Quel est ton secret de longévité ?
Peut-être l’huile d’olive, la mozzarella, le basilic. La musique.

À quel âge as-tu commencé à mixer ?
Je dois d’abord dire qu’avant de mixer, je jouais de la batterie. Je n’ai pas une formation de musicien, je suis autodidacte. Dans ma famille, il y a des musiciens de Jazz et de Rock and roll et j’avais la possibilité de jouer avec des instruments. J’ai fait partie de groupes en Italie et on jouait un répertoire éclectique : de la Pop italienne ou étrangère, du Progressive rock à la Genesis, du Hard rock comme Led Zeppelin, etc. À cette époque, j’ai compris comment était composé un morceau pop et j’ai commencé à produire de la musique chez moi avec de l’équipement analogique.

Tu as donc commencé par composer avant de mixer ?
Oui. J’ai débuté le mix à l’âge de vingt-cinq ans, soit dix ans après que j’ai commencé à enregistrer de la musique. C’était en 1997, au moment où le label italien Irma Records venait de sortir mon premier album Drum and bass et Jungle, « They call it jungle ». Je cherchais un moyen de présenter mes productions musicales. Malheureusement, je ne joue plus de batterie aujourd’hui, je n’ai pas la place pour. La batterie, c’est dans ma tête, dans le groove que je programme.

D’où vient ton pseudo ?
C’est le petit nom que m’ont donné mes parents en référence à « Sloch » (« Slok » dans sa version italienne, ndlr), le premier film de John Landis. C’est un singe qui tue les gens dans une ville imaginaire et lance des peaux de bananes. Petit, j’étais un peu comme lui, à sauter dans tous les sens ! Quand j’ai signé le contrat de mon premier album drum and bass sorti sur Irma, on me demandait un nom d’artiste. J’ai regardé ma mère et elle a dit « Slok ! »

Toi qui fait partie des pionniers de la scène italienne, quel regard portes-tu sur son évolution au cours de ces vingt dernières années ?
Elle a évolué parallèlement aux changements de la production musicale. Maintenant, la technologie est moins chère, tout le monde est Dj, producteur… Ce fétichisme numérique est dommageable pour la qualité et l’esprit de la musique underground. Avant, produire de la musique était quelque chose d’artisanal : tu devais aller dans les boutiques d’instruments acheter tes jacks, ton sampleur, ta table de mixage. C’était dur et cela demandait de la patience. Aujourd’hui, les jeunes ne font que copier ce que l’on a fait avant, mais en moins romantique. Il y a quinze ans, quand on écoutait avec mes amis un disque des Masters At Work et que la qualité du son nous bluffait, on réfléchissait. L’un disait alors « c’est à cause du mastering » et on en parlait entre nous. En 2013, avec les presets des logiciels et les tutoriels, la démarche n’a plus rien à voir, et quelque part, elle est moins romantique.

Cela ne t’empêche pas de produire encore des morceaux. Quelle est ton actualité musicale ?
J’essaye toujours de m’exprimer, d’écouter de la bonne musique, plutôt ancienne même s’il y a des choses actuelles que j’apprécie. Aujourd’hui, je suis plutôt orienté vers un son house music : Deep house, Tech-house. Je viens de remixer Julien Sanfrancisco pour un nouveau label français, Petite Records, et ce soir c’est la release party au Wanderlust (à Paris, ndlr). J’ai un Ep digital qui va sortir sur One Records, la structure d’Adam Shelton et Subb-An. J’ai un maxi vinyle qui sortira sur Turquoise Blue Recordings avec des remix d’Ultrasone et Droog, ce dernier étant présent ce soir. En outre, je prépare mon prochain album et la compilation « Electronic Petz vol. 6 » pour mon label. Normalement, elle sera accompagnée d’un showcase au festival Sonar.

Juste avant, tu évoquais ton passé drum and bass. Pourquoi avoir quitté cette scène ?
J’ai arrêté car c’était difficile de trouver des clubs en Italie pour en jouer. Mais mon premier morceau sorti en 1993 sur Zippy Records sous le pseudo de B&R était house. Quoi qu’il en soit, ce changement s’est fait naturellement, cela correspondait aussi à la musique que je souhaitais produire.

Nous avons déjà eu l’occasion de parler ensemble de ta musique. Lorsque j’ai évoqué ton maxi sorti sur Turbo, label de Tiga, je t’ai parlé de Techno, et tu m’as alors dit que tu n’étais pas capable de définir ta musique.
Je n’ai pas la vision d’un Dj. Moi, je suis entre les musiciens et les Dj’s. Quand j’ai produit des morceaux pour Turbo Recordings, je ne pensais pas à un morceau techno. J’étais dans le studio, j’ai touché le clavier, manipulé mes appareils, fait ma programmation et après c’était « Toronto Love ».

Pour toi, ce n’est pas de la Techno, c’est ton histoire.
Oui ! Je n’arrive jamais à définir un style musical et ce n’est pas mon problème. Ce qui compte, c’est la musique à la fin : elle te plaît ou elle ne te plaît pas ? C’est un peu comme la nourriture.

Tu as créé en 2006 le label Electronic Petz. Quelle est sa ligne artistique ?
C’est un label digital qui laisse aux artistes la possibilité de s’exprimer dans les différents styles de musiques électroniques, dans les styles que j’aime, c’est subjectif bien sûr. J’essaye de travailler avec des artistes qui me donnent la possibilité de développer le label dans le monde entier afin de pouvoir tourner ensuite en Dj.

Tu imagines les inviter en retour à mixer en France ?
Bien sûr, je prépare la première label night d’Electronic Petz à Paris le 13 Avril au Rouge Pigalle avec Michelle Owen, The RealBirds et bien sûr Slok !

N’as-tu pas aujourd’hui l’impression que les labels travaillent surtout pour que leurs artistes aient du booking ?
Aujourd’hui avec la musique, il n’y a pas de revenu. On est obligés de s’organiser et de travailler surtout les soirées. Les seules sources d’argent, ce sont les soirées et les remixes. La musique est gratuite, ou presque, avec Internet. Mais un label a besoin de revenu pour financer la promotion… Aujourd’hui, ce qui compte c’est l’argent que je dépense, plus que l’argent que je gagne. Il reste quand même ma passion, mais c’est difficile.

Est-ce que le nom « Electronic Petz » fait référence aux animaux électriques du livre « Blade Runner » de Philip K. Dick ?
Non, cela vient d’une leçon de français à l’école. La leçon parlait d’animaux domestiques électroniques. Cela m’est revenu au moment où je cherchais un nom pour mon écurie. J’ai traduit l’expression en anglais et enlevé le terme de « domestiques ». Et j’ai mis le « z » à la fin.

Que vas-tu mixer ce soir ?
Je pense ouvrir mon set avec le remix que j’ai réalisé pour Petite Records, comme ça la label manager, Julie Montel, sera très contente. Après je passerai beaucoup de mes propres morceaux avec des titres d’autres artistes qui se marient bien avec ma musique. De la Tech-house avec un bon groove funky, un peu dark, avec des voix… Mais ça, ce sont des mots pour les Dj’s. Je vais jouer la musique que j’aime.

Pour écouter le mix de Slok ce soir-là cliquez ici.

Infos : www.slok.it
www.electronicpetz.com

Interview par Leiss / Photo Julie Montel