Starwax magazine

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archivesseptembre-2018

INTERVIEW SIGGI LOCH

INTERVIEW SIGGI LOCH

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Le label de jazz allemand ACT croise depuis vingt-six ans aux confins de la pop, des rythmes électroniques et des musiques du monde. Patron de cette firme, Siggi Loch évoque l’esprit maison, la récente création d’Emile Parisien, le travail graphique autour des pochettes ou bien encore le retour du disque vinyle.


Pouvez-vous définir ACT Music ?
Ce qui particularise ACT, c’est son ouverture à différentes cultures ou styles musicaux, et ce depuis « Jazzpana », notre premier enregistrement qui a été récompensé par un Grammy Award. Le jazz tel que nous le percevons est le meilleur moyen pour créer car il s’est développé à partir d’un répertoire entièrement américain, avant de tendre vers un langage musical mondial. D’où notre slogan : « ACT in the Spirit of Jazz ».

Comment gérez-vous le label ?
Malgré mes 77 ans, le travail au sein d’ACT me remplit toujours de joie. Je suis très heureux qu’Andreas Brandis m’assiste depuis 2015 en gérant l’aspect financier. Ce qui me laisse plus de temps pour me consacrer à la ligne artistique. Pour ne rien vous cacher cette mission me plait énormément.

Quid du récent album live d’e.s.t. ?
Concernant les rééditions d’e.s.t. nous sommes très pointilleux. Le concert « Live in London » a été enregistré plus ou moins secrètement par le génial ingénieur du son du groupe, Åke Linton, durant les soirées au Barbican Centre de Londres, en 2005. Mais il m’a fallu du temps pour obtenir la permission de le sortir. Cet enregistrement dévoile le groupe au sommet de son art. À cette époque, e.s.t. était très populaire et se classait alors au sommet des charts pop de nombreux pays européens, dont la France. Dix ans après le décès d’Esbjörn Svensson, sa mémoire est toujours vivante et son héritage musical se perpétue.

Et à propos de l’enregistrement d’Émile Parisien à Marciac ? (Extrait vidéo ci-dessous)
Je n’exagère pas en disant que cet album est une borne dans l’histoire du jazz européen. Il réunit une jeune génération de jazzmen, soit des musiciens comme Émile Parisien et Vincent Peirani. Ils sont ici épaulés par un groupe formidable, et des vétérans comme Wynton Marsalis, Michel Portal et Joachim Kühn. Cette formation respire la joie. Et je suis convaincu que c’est le premier album qui capture vraiment Émile Parisien en prise directe. Ce musicien incarne le saxophone soprano de manière si singulière.



Votre point de vue concernant le travail de ce dernier avec le pionnier techno Jeff Mills ?
C’est formidable que différents genres se rencontrent et qu’il y ait un échange comme celui-ci, entre la musique électronique et le jazz. Je pense que cette collaboration entre Émile Parisien et Jeff Mills fonctionne très bien. Elle ouvre les deux musiciens à de nouveaux publics.

Seriez-vous prêt à sortir un album avec un Dj ou un turntablist ?
Nous avons déjà édité des musiciens qui utilisent des platines disques et des appareils électroniques. En fin de compte, ces instruments ne sont que des outils permettant aux artistes de s’exprimer. Tout comme le saxophone, la guitare basse ou la batterie. Notre objectif principal est le résultat final, pas les machines ou les instruments utilisés.

Les Coréens de Black String confirment l’ouverture du label aux musiques du monde…
Effectivement les musiques du monde font partie de l’ADN d’ACT depuis nos débuts. Notre premier artiste exclusif a été le guitariste Nguyên Lê, qui fusionne différents rythmes ethniques avec le jazz. Black String est un autre exemple brillant. Leur album « Mask Dance » a reçu un immense succès dans les médias, ainsi qu’un Songlines Music Award remis par la rédaction éponyme. Le signal envoyé est précieux. Nous en avons plus que jamais besoin.

Vos pochettes d’albums sont singulières. Comment se déroule le partenariat avec les peintres ou plasticiens ?
Je collectionne des pièces d’art depuis que j’ai trente ans. Et j’ai toujours aimé le jazz. Donc, à la création d’ACT, il m’a semblé évident de réunir ces domaines. Nous avons réussi à créer un design unique pour nos pochettes d’album. Ce qui permet au public de les identifier immédiatement comme étant les nôtres. De plus, je pense que la musique génère des images fortes. Donc les arts visuels s’associent naturellement à la musique. Ces deux univers se nourrissent l’un de l’autre et aboutissent à une expérience globale.

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Que pensez-vous du retour du disque vinyle ?
Nous voulons toucher le public par tous les moyens possibles : via le streaming, avec le téléchargement ou grâce aux supports physiques, que cela soit le Cd ou le vinyle. Pourtant, je suis convaincu que le support matériel reste quelque chose d’unique, qui s’intègre directement à la vie de tout un chacun. Je pense que les albums racontent une histoire et ne peuvent être fragmentés en playlists ou en clips de courte durée, même si ces derniers exemples sont désormais répandus. À ce titre, le disque vinyle symbolise non seulement un bien éditorial, il est également synonyme d’émotion.



Propos recueillis par Vincent Caffiaux / Photo par Sophia Spring