Starwax magazine

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archivesaoût-2013

INTERVIEW / JOE CLAUSSELL

INTERVIEW / JOE CLAUSSELL

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Originaire de Brooklyn, Joe Claussell a marqué de son empreinte la House et la club culture. Dj, producteur, créateur des labels Spiritual Life et Sacred Rhythm Music, l’américain a toujours milité pour une musique soulful sans jamais céder aux sirène mainstream. Quelques heures après sa participation à la soirée « Legends » organisée par Dj Deep, l’homme aux trois cent dis-sept remixes nous a accordé une interview sans concession.


Te souviens-tu de ta première participation à « Legends » ?
Qu’est-ce qui a changé entre 1997 et aujourd’hui ?

La première chose que j’ai remarquée, c’est qu’il y avait beaucoup plus de gens, et surtout de jeunes gens. Ça me fait du bien de voir autant de jeunes. Il y avait surtout beaucoup plus de gens intéressés par la musique. Et c’est bien ça qui est le plus important, car on parle de musique. Si je voyage, c’est pour instruire les jeunes.

Comment as-tu découvert la Dance music ?
Je n’ai pas découvert la Dance music, j’ai découvert la musique au sens large quand j’étais petit. Je n’ai pas découvert la musique à cinq ans comme on entend régulièrement… Elle a toujours fait partie de ma vie, elle est née dans ma maison. Je vivais dans une grande famille où il y avait beaucoup de disputes, la musique était ma seule amie, la seule à qui je pouvais me confier. Elle me disait d’aller dans ma chambre et d’allumer la stéréo. C’est tout ce dont je me souviens en tant qu’enfant. Toutes mes conversations, mes prières étaient tournées vers la musique. La Dance music, et en particulier la House, est arrivée en 1988-89. Mais je dois souligner un point important : j’étais d’abord un danseur avant d’être dans le deejaying. J’allais aux soirées et, entre autres, au Paradise Garage quand j’avais seize ans. Au lycée, j’allais dans les clubs de New-York : la scène était excitante, il y avait tellement de soirées, plein de styles différents… Je suis allé aussi à l’Inferno (un club, ndlr). À l’époque, j’étais vraiment dans la danse, j’avais des potes Djs, mais ça ne m’intéressait pas. À vingt-cinq ans, je travaillais comme designer dans la conception de meubles faits sur mesure, des choses très élaborées. Je travaillais le bois d’une façon très particulière, je gagnais très bien ma vie et j’étais respecté. Je vivais alors à East Village, quand c’était encore funky : il y avait beaucoup de gens impliqués dans l’art et la musique. Un jour, en rentrant chez moi, je marchais sur mon trottoir habituel et j’ai regardé à gauche. J’ai vu alors ce disquaire que je n’avais jamais remarqué. Le magasin s’appellait Dance Tracks, on entendait une musique puissante et j’ai commencé à fréquenter le shop, à devenir ami avec son responsable. Plus tard, il m’a demandé si je pouvais garder le lieu en son absence. C’était la période où les magasins new-yorkais avaient un vrai sound-system, des platines, des bandes reel to reel, comme dans un club. Ce jour-là, j’ai passé de la musique et quand le responsable est revenu, les gens dansaient, cela l’a convaincu de me garder. À la fin, je suis devenu le selector officiel de Dance Tracks.

Tu parles de l’époque où les disquaires avaient des Djs attitrés ?
Oui, mon boulot consistait à passer des disques pour les clients et à aller voir les distributeurs pour choisir les disques à vendre. À partir de là, beaucoup de gens ont commencé à venir dans le shop : Frankie Knuckles, Louie Vega, Larry Levan, David Morales, etc. J’ai commencé à être connu en tant que bon Dj de store, des personnes venaient de partout pour m’écouter, et on a mis en place une sorte de soirée le vendredi. Les gens du milieu se sont intéressés à moi, mais écouter de la musique me suffisait largement, je n’avais pas d’intérêt à devenir un Dj professionnel. Plusieurs personnes m’ont sollicité ces années-là, dont le directeur artistique d’Atlantic. François Kevorkian était un client de Dance Tracks, et un jour il est un jour venu me voir pour me demander si je voulais mixer à l’une de ses soirées le dimanche avec Danny Krivit comme guest. J’ai refusé car j’avais mon business à faire tourner, je ne voyais pas l’intérêt de jouer ailleurs, sans parler de ces conflits de Djs où l’on oublie la dimension spirituelle de la musique. Chaque semaine Kevorkian revenait et au bout de trois mois, il m’a proposé d’être booké à une soirée avec Larry Levan. Cette fois-ci, j’ai finalement accepté. J’avais déjà eu quelques gigs, mais cette soirée a marqué ma naissance en tant que Dj professionnel. C’était l’anniversaire de Levan.

En tant que Dj, est-ce que le fait de connaître la danse t’aide à sentir le public ?
Lorsque tu danses, tu absorbes les rythmes et les mélodies d’une façon naturelle et tu profites de cette expérience quand tu passes de la musique.

La qualité de tes productions a toujours été saluée. Peux-tu décrire une session studio?
Une session avec Joe Claussell, c’est avant tout amusant ! C’est avant tout un respect immense entre les gens dans le studio et un respect immense pour la Musique. Lorsque les musiciens viennent, on ressent une énergie commune pour cette collaboration, on met les egos de côté. Par exemple, si j’ai une idée et que je fais venir un bassiste, et que pendant la répétition, il sort une ligne de basse différente de celle que j’attendais, je préfère suivre son inspiration. Lorsque tu entends un disque de Joe Claussell, c’est un disque de Claussell avec des musiciens. Il ne faut jamais oublier de créditer les intervenants dans le travail qui a été réalisé. Si tu ne donnes pas le respect à ces musiciens, que vas-tu tirer d’eux ? Une session avec moi, c’est aussi beaucoup de rires, de fumette ! Et surtout être conscient qu’on apprend quelque chose de nouveau à chaque fois.

As-tu une anecdote à nous confier à propos d’une session ?
J’ai une histoire amusante, mais assez courante, hélas. Une fois, je jouais du clavier avec d’autres musiciens. On fait une prise de trente minutes, on envoie sévère. On arrête, et on demande à l’ingé-son d’écouter le résultat. Et là, il nous fait : « pourquoi, fallait que j’enregistre ? ».

Tu joues du clavier, c’est l’instrument que tu maîtrises le mieux ?
Je maîtrise un peu, je connais les accords, par contre, même si je me considérais comme un excellent claviériste, si j’entendais un type au clavier sonner mieux que moi, j’aurais envie de collaborer avec lui. Contrairement à beaucoup de producteurs qui ont tendance à avoir les mêmes idées, j’essaye toujours de travailler avec de nouveaux musiciens pour qu’ils m’apportent quelque chose de frais. C’est comme ça que la musique évolue.

Quel est le musicien avec qui tu aimerais collaborer ?
Pour continuer à parler de claviériste, mon rêve était de travailler avec Herbie Hancok et j’ai eu l’occasion de le remixer il y a une dizaine d’années (le morceau « Essence », ndlr).



Tu dois connaître Nicodemus, un des Djs/producteurs qui a réuni lors de soirées musiciens live et Djs. Est-ce que tu penses que l’environnement multiculturel new-yorkais et l’omniprésence de rythmes, t’a poussé à intégrer des musiciens live dans tes sessions ?
Je le fais parce que j’ai grandi dans une famille avec plein de musiciens et il n’y a rien de mieux que le son naturel, organique. Si tu veux me donner un peu d’argent, je monte dans ma chambre faire un morceau, mais le résultat ne sera pas satisfaisant puisqu’il découle de machines. Avec des zicos, tu peux avoir quelque chose de cosmique, spirituel et en mouvement. Je ne suis pas rentré dans le business en tant que Dj et producteur, mais parce que cela me permettait d’utiliser ce que j’ai appris. De par mon expérience, je sais que même s’il est très simple de travailler avec un ordinateur, le travail avec des musiciens est sans égal.

Comment fais-tu pour gérer deux labels, sortir des remixes, enregistrer ta musique, produire des edits, mixer ?
Et être père de famille… On vit dans un monde où le rythme est omniprésent et si je peux m’adapter à cet environnement, les choses sont plus simples. Dans la rue, il y a du rythme partout et des sons que l’on peut enregistrer et exploiter. Pour moi, il faut chevaucher le rythme de la vie, c’est ce que je fais.

Un peu comme Theo Parrish qui a beaucoup travaillé dans ce sens-là ?
Tout à fait, Parrish fait partie de ces gens qui sont connectés au rythme de la vie.

Tu as produis énormément de remixes. Qu’est-ce qui te pousse à accepter une demande de remix, un feeling particulier avec les Djs qui te contactent ?
T’es sérieux mec ? Le fric mec, le fric ! (Éclats de rire) Laisse-moi expliquer comment je procède : l’intégrité de mon esprit est fondamentale. Je ne fais jamais quelque chose que je n’aime pas, si je travaillais vraiment pour l’argent, le nombre de remixes seraient multipliés par quatre, vu toutes les demandes que je reçois encore aujourd’hui. Pour que j’accepte un remix, il faut que le track ait un concept, que l’artiste lui-même en ait un, et que mon travail s’intègre véritablement au sien. Il ne faut pas que ce soit médiocre. Si j’étais là pour les crédits, je ferais cinq cents remixes par an. Quand le concept ne me parle pas, même s’il y a beaucoup de fric en jeu, je laisse tomber. J’ai refusé un remix de Britney Spears à cinquante mille dollars.

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Quels sont les artistes, Djs ou musiciens, qu’il ne faut pas rater en ce moment ?
Il faut que je sois honnête avec toi : pas beaucoup. Tout le monde fait plus ou moins la même chose, il n’y a pas beaucoup d’originalité. En ce qui concerne les Djs, les gens passent souvent les mêmes disques, tu peux être très bon techniquement, mais c’est loin d’être suffisant. C’est quoi ton concept ? Est-ce que tu continues à acheter des disques ? Le deejaying est lié au vinyle. Lorsque tu joues avec un laptop, tu ne portes pas la même attention au public, tu crées une sorte de barrière. Si tu penses à une galette, par exemple « Plastic Dreams », tu la cherches dans tes bacs. En la cherchant, tu tombes sur un autre disque et tu le joues à la place. Tu es dans le flow et tu suis l’inspiration. C’est ce qui manque à beaucoup de Djs : l’inspiration, il n’y a pas de mouvement dans leurs sets. Je ne veux pas passer pour quelqu’un d’arrogant, si tu passes un bon morceau, je vais avoir envie de danser, mais tu n’as pas nécessairement le flow. Des mecs comme Theo Parrish et Ron Trent savent comme sélectionner et sont encore sur vinyle. J’ai été dans des clubs comme le Studio 54 où officiait à l’époque Kenny Carpenter (résident du club dès 1980, ndlr), les mixes étaient incroyables et la musique vraiment bonne. Après, je suis allé au Paradise Garage, et j’ai assisté à quelque chose que je n’avais jamais vu. Le Dj enchaînait deux disques dont les tempos passaient de 120 à 105 BPM, c’étaient des genres différents, mais les gens étaient complètement fous, et c’est là que j’ai compris à quel point la sélection était fondamentale. Cela m’a marqué car il reproduisait ce que l’on faisait chez nous avec mes amis qui étaient fanatiques de musique et n’allaient pas en club. Ils achetaient des disques, une bouteille de vin et en rentrant chez eux, écoutaient l’album en entier. La sélection : voilà ce que les gens adoraient chez Larry Levan. Quand tu poses la question à des New-Yorkais, les opinions sont partagées à son propos. Certains préfèrent Tee Scott (Ingé-son, Dj, producteur à New-York durant les 70’s et 80’s) car il pouvait vraiment mixer toute la nuit. Larry Levan pouvait mixer aussi, mais la façon de jouer avec le public et la sélection étaient à un autre niveau. Aucun Dj ne fait ça aujourd’hui. Si tu veux m’impressionner, il faut que tu fasses la même chose. J’ai envie de te voir jouer de la House, du Reggae, de la Techno et de m’enchaîner tout ça.

Les sets House sont souvent linéaires. Est-ce que tu préfères les mixes qui te surprennent ?
Pas tant qu’ils me surprennent, mais qu’ils me transportent, me transcendent. Je m’en fous que les gens soient hystériques face à ton set, ça ne veut pas dire qu’il est bien. Ayez des couilles : n’allez pas sur Traxsource pour choper le Top ten et le jouer la nuit suivante. C’est le gros problème aujourd’hui à New-York : on n’a pas plus de magasins de disques. Approfondissez les choses : lisez les notes, les crédits sur les vinyles, etc. Mais justement, comme on n’a plus de shops ni de disquaires passionnés, les jeunes ne peuvent plus faire ce que l’on faisait il y a vingt ans. Hier j’étais à Genève, j’étais fatigué après mon vol, mais j’ai exigé que l’on m’emmène dans un disquaire pour trouver de la musique. J’ai besoin de digger, de trouver quelque chose de nouveau, même s’il s’agit d’un vieux disque, quelque chose que je ne connais pas.

Concernant la scène club new-yorkaise, peux-tu nous la décrire ?
Si tu me demandes où en est la scène, quels sont les lieux où tu peux avoir une réelle expérience de clubbing, je peux t’affirmer qu’elle est inexistante. Si après on veut considérer le Cielo comme tel, pourquoi pas, mais je ne considère pas ça un club à proprement parler. Les clubs avec des énormes enceintes et les tweeters accrochés au plafond, c’est terminé. La vraie expérience du clubbing n’existe plus à New York.

Tu as animé avec François K et Danny Krivit une soirée le dimanche après-midi à New-York, la célèbre « Body And Soul ». Est-ce un jour particulier pour sortir en club ?
Ce n’est pas un jour particulier : c’est à toi d’en faire un jour particulier. Le problème aujourd’hui, c’est que personne n’essaie d’innover, de ramener quelque chose de frais. À New York, l’habitude était d’avoir des soirées du lundi au samedi. Le dimanche étant le jour de repos…

Penses-tu que pour un set house, le Dj a besoin d’un minimum de trois heures pour s’exprimer totalement ?
Trois heures ? Non ! Tout d’abord, merci d’avoir posé cette question. Personnellement, j’ai besoin de huit heures minimum. Par exemple, demain je rentre chez moi aux Etats Unis, je prépare mes disques et je reprends l’avion pour aller au Japon où je fais un set de dix heures non stop ! Je fais partie des rares Djs qui font des sets de seize/dix-sept heures : Francois K l’a fait lui aussi et quelques autres. La musique c’est du « flow » : comment prétendre que l’on puisse s’exprimer en deux heures ? À moins que ton set soit réglé avec ton top 10 dans ton ordi, que tout soit calé avec quelques disques de tes potes, sans regarder le public. Tu mets le pilote automatique et c’est bon…

Quels sont les labels house européens dont tu aimes les productions ?
Où sont les labels house ? Les labels ne m’excitent pas plus que ça. Je sais que certains de mes amis qui dirigent des labels ne vont pas être contents, mais c’est comme ça. Quand tu te retrouves avec les mêmes remixes et les mêmes chanteurs qui se baladent sur plein de labels, cela ne me plaît pas. Les labels à l’époque du Funk, de la Soul et du Disco avaient des artistes qu’ils respectaient et réussissaient à donner une véritable identité aux sonorités qui sortaient de leurs studios. Quand un Kenny Bobien chante pour plein de labels ou que Black Coffee sort des productions sur son label puis sur celui d’un collègue, où est la diversité ? Quel est le concept derrière ton label ?

C’est probablement lié au manque de direction artistique, comme tu le soulignais avant.
Le problème, c’est qu’il n’y a jamais eu de véritable direction artistique dans la « House music ». On a toujours réfléchi en terme de disque, de production en se disant que si un disque marchait bien et que le vocalist était doué, il fallait le signer pour un disque. On a eu de la chance d’avoir des labels tels que Strictly Rhythm qui a été là au moment où presque tout le monde pouvait faire de la musique, on a eu droit à des choses très intéressantes. À ce moment-là, les labels avaient une véritable identité sonore : Strictly Rhythm, Nervous Records, Talking Loud. Il y avait une véritable diversité, aujourd’hui j’ai vraiment du mal à voir cette diversité… C’est aussi la raison pour laquelle je suis un gros fan de Techno : les producteurs et les Djs essaient plein de nouvelles choses, générent de nouvelles rencontres. J’aime la House, mais je ne trouve pas ça assez excitant en ce moment.

Tu considères donc que la techno va beaucoup plus loin dans l’exploration du son ?
Bien sûr : la House music n’a pas réellement évolué depuis le début des années 90. La Techno est bien devant, mais cela n’a rien à voir avec la musique en elle-même. Il faut attribuer la faute au manque de concept, aux egos, à cette mentalité… Les gens ne veulent plus travailler ensemble. Et les gens ne se soutiennent pas mutuellement. Hier j’ai joué avec Dj Deep qui est une figure de proue de la House parisienne. Je sais que plein de ses amis que je connais étaient à Paris mais ne sont pas passés pour soutenir cette initiative. C’est cette mentalité qui bloque la diversité.

Tu as monté une sorte de super band avec Bugge Wesseltoft, Erik Truffaz, IIhan Ersahin, Med Band et Torun Erikse. Peux-tu nous en parler un peu ?
Tout a commencé lors d’un de mes sets de seize heures au Japon à cette soirée appelée « Beyond ». Il s’agit d’une soirée dans le cadre d’un festival où jouait aussi Bugge Wesseltoft, leader de ce groupe. Après mon set, il est venu me remercier et on a échangé nos coordonnées sans pour autant se contacter par la suite. Je l’ai recroisé huit ans après lors d’un de ses lives et c’est à cette occasion que l’on a commencé à échanger. Il m’a finalement proposé de faire partie de ce projet de band. On a commencé à travailler en mai 2011 et deux ans après nous avons fait le New-York Jazz Festival. Une expérience incroyable.



Justement en parlant de Jazz, est ce que tu penses toi aussi qu’il existe un lien très fort entre Techno et Jazz ?
Ce qui est sûr, c’est que la plupart des gens ne verront pas la connexion tant que tu ne les interpelles pas sur ce sujet. C’est là le vrai problème aujourd’hui. Mais soyons clair : tout vient du Jazz et de la musique africaine et cette relation est présente dans la House comme la Techno et dans la plupart des musiques américaines. Mais si l’on ne prend pas le temps d’éduquer les gens, on se retrouve avec certains producteurs qui inventent des histoires fumantes où un jour ils auraient « inventé » un genre en mélangeant deux musiques… Encore une fois une histoire d’ego.

Quelles sont les projets sur lesquels tu travailles ?
Je n’ai pas de « nouvelles » productions, je travaille sur plusieurs projets en même temps. Pour revenir au discours lié au travail de studio, je fais partie de ceux qui travaillent environ cinq productions en même temps : c’est ainsi que je travaille et là je parle de genres musicaux différents. J’ai l’habitude de travailler une production, puis de la mettre de côté, pour passer à autre chose. Je travaille comme ça depuis des années. Je ne reste pas bloqué sur un son car j’ai beaucoup de choses à exprimer et le temps est limité… Mes disques ne sont pas produits en un ou deux jours. Les gens savent que je peux travailler aujourd’hui sur un son et le sortir dans deux ans. En ce moment, je travaille à la production de l’album de Jazz dont nous avons parlé et sinon du côté Techno, je suis en train de terminer le volume deux du Cd « Translate » dont le premier volume était sorti sur NRK (label anglais responsable de nombreuses sorties house de 1997 à 2012, ndlr). Ce deuxième volume sera un projet un peu différent puisqu’il s’agit d’un film. Pas mal de gens que je respecte vont y participer et par la suite je vais m’occuper de « mixer » ce matériel. Enfin, je m’occupe de mon label Sacred Rhythm Music : label auquel je travaille tous les jours, structure dont je suis fondateur et directeur artistique. Et j’essaye de sortir le maximum en vinyle, presque toutes mes sorties.

J’ai vu sur ton site que tu sors également des tirages ultra limités de certains disques, comme le 45 tours avec un remix d’un morceau du label Fania Records tiré à 20 copies.
Oui bien sûr, mais Fania a vendu des milliers d’exemplaires du Cd. Certes, c’est très limité mais cela permet d’éviter la hype des gens qui vont l’acheter juste parce que c’est limité. Si tu veux vraiment ce disque, il faut le chercher ! En parlant de Fania, je travaille actuellement au Volume 2, et cela me fait plaisir car je touche aux racines même de cette musique et de cette culture et j’essaie de le faire avec une sensibilité latine.

De nouveaux « Unofficial Edits » sont prévus ?
Oui, le Volume 2 est en cours !



Interview par Leiss & Aurelio L. / Photos : Jean Saint Jean