Starwax magazine

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archivesaoût-2015

INTERVIEW HIP-J

INTERVIEW HIP-J

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En préambule à cette interview, Star Wax et moi-même tenons à te remercier. Tu n’accordes pas d’interview. Celle-ci est la preuve du contraire. Merci pour cette exception. Je ne recherche pas à savoir pourquoi une telle discrétion. Le réflexe serait de penser à la crainte une défiance. Alors, comme un commandant de bord qui rassure ses passagers avant un décollage, je me dois de te rassurer : tout se passera bien !


Mon premier thème de questionnement s’articule autour du dixième anniversaire de Spagh Records. Hip-J, tu incarnes à toi seul toute la genèse de ce « laboratoire » dédié à la musique techno : compositions, promotion, distribution. Quels ont été les fondements lors de la création de Spagh Records ? Sont-ils toujours les mêmes, les préceptes ont-ils évolués ?
Aujourd’hui, j’incarne seul le label mais Spagh a depuis toujours été une affaire collective, autant dans le BMX que dans la musique. On organisait des soirées depuis sept ans et cela faisait déjà trois ou quatre ans que l’on souhaitait créer un label pour défendre encore plus loin notre vision de la musique électonique. Aujoud’hui l’objectif du label reste le même : défendre une musique que j’aime avant toute chose, faire connaître des tracks qui pourraient, selon moi, apporter un souffle nouveau. J’essaie de privilégier les tracks qui ont de la personnalité et qui défient les codes, à la frontière des genres. Je ne me cantonne pas à un style. Il y a aussi un gros travail d’optimisation du son des tracks via la production audio post-crea.

Quels sont les faits marquants du label ?
Le premier vinyle en 2005, le lancement du label digital en 2008, les bookings aux Transmusicales en 2005 et 2010, les précieux retours des artistes qui ponctuent régulièrement nos sorties…

Ta plus grande fierté lors de cette décennie ? Un track en particulier ?
Ma plus grande fierté : Spagh records et Spagh BMX wear sont toujours là.

Spagh signifie ?
Pas grand chose. Ca sonne bien non ?

A propos du vinyle au sein de Spagh Records,
tu as une idée de la proportion de ventes face à son rival, le mp3 ?

Depuis quelques années on s’est focalisé sur le label digital et la diffusion de musique aux formats wave et mp3, donc il ne m’est pas possible de donner une comparaison. Ce que je peux dire, c’est que la vente digitale offre beaucoup de visibilité à notre musique puisqu’elle est diffusée sur beaucoup de plateformes, et dans de nombreux pays. Aujourd’hui il y a beaucoup moins de distributeurs vinyles et c’est malheureusement plus difficile.

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On parle du vinyle comme d’un support qui n’a jamais totalement disparu, celui-là même qui plaît tant lors d’évènements, du type « Disquaire day », support qui se collectionne et fait le succès d’entreprises historiques en pressage, support qui stimule l’arrivée de micro-entreprises de pressage en petites séries. Un mot là-dessus ?
Je suis un fan de l’objet et un addict du son vinyle donc plutôt heureux sur le fait que des disquaires soient toujours là pour en vendre. Je reste convaincu qu’il ne disparaitra jamais même si les autres supports d’écoute sont aujourd’hui indispensables.

Pourtant, il y a des lieux où la musique fait partie intégrante de la raison d’être de ces endroits : les bars, les cafés. Où sont les platines vinyles ? N’y-a-t-il pas là dichotomie, voire incongruité ?
J’ai plutôt l’impression que les platines vinyles sont partout, dans les bars, en tous cas dans ceux que je fréquente. Ce qui compte après tout c’est qu’il y ait de la musique peu importe le mode de diffusion.


En studio, quel est le matériel que tu utilises ?
Le matériel le plus simple du monde : ordi, carte son et enceintes de monitoring.

Peut-être aurais-je dû poser la question en parlant d’instruments de musique. Considères-tu donc ton matos comme de véritables instruments ?
Oui bien sûr.

Certains, comme Richie Hawtin avec Final Scratch ou Traktor, Robert Henke avec Ableton, s’adonnent à l’innovation technologique. Peut-être est-ce aussi ton cas ? Des idées en gestation peut-être ?
En fait pour l’instant je n’ai pas vraiment été convaincu par ces innovations même si je m’y intéresse et que je suis de près ce qu’il se fait. J’ai essayé, j’ai mixé quelques années avec Final Scratch et Serato mais comme je ne suis pas un grand fan des effets sur les mixes et des trucs hyper techniques mais plutôt focalisé sur la playlist, je suis revenu aux platines vinyles et Cds en soirée. Je trouve aussi que les platines, de par leur simplicité, permettent plus de contact avec le public. J’utilise le Serato à la maison pour tester les nouveaux morceaux.

Fais-tu un parallèle avec la composition musicale, disons, plus conventionnelle, une jonction avec d’autres musiques, dans leurs constructions, dans leurs montages ?
C’est tellement personnel et propre à chaque artiste la façon de créer un morceau et de le produire que faire un parallèle serait trop réducteur selon moi. Disons que les dernières étapes sont identiques : on mixe nos enregistrements et pistes, puis on les masterise.

Que penses-tu justement de l’opinion « grand public » sur les musiques électroniques ?
Je ne sais pas, je n’y pense pas.

Spagh a officié à l’époque des premières raves dans les années 90 ?
Oui on a commencé à organiser des soirées techno en 96.

Le line-up rêvé ?
Top secret

Comment vois-tu le Djing à la française ?
Comme je sors moins je peux moins donner mon avis sur les Djs. Ce que je peux dire c’est que les meilleurs Dj set techno que j’ai pu voir restent ceux de Laurent Garnier et de Derrick May.

Et le Djing au féminin ?
Il y en a de plus en plus, tant mieux. Parler de Djing au féminin c’est un peu faire de la discrimination, je trouve. Je ne différencie pas les Djs femmes ou hommes.

J’en profite pour une autre leçon syntaxique : le suffixe « ette » signifie petite. Exemples : une maisonnette est une petite maison. Une cigarette est un petit cigare. Dernier exemple (qui marquera peut-être mieux les esprits) : une quéquette est un petit kiki. Si l’on met ce suffixe à Dj, cela sous-entend que la personne est petite. Mais aussi qu’elle aurait moins de talent, le suffixe ajoutant également ceci : la volonté à amoindrir, dévaloriser, disqualifier. Enfin, voyons, un peu de sens, d’objectivité, de réflexion !
Message « spéciale dédicace » à d’autres supports en presse écrite, ainsi qu’aux radios et chaînes de télé : mettez fin à cette hérésie, je vous en conjure. Gardez bien en mémoire le troisième exemple comme moyen mnémotechnique, cela peut aider.

Tu as complètement raison.

Quelle est la question que tu aurais aimé que je te pose, celle à laquelle tu t’attendais et qui finalement, n’est point venue ?
Quels sont tes projets pour les mois à venir ?
Trois maxis prévus d’ici fin 2015. Côté soirées je jouerai à la Techno Import à l’Ubu en janvier 2016.

Découvrez un focus du label Spagh dans le Star Wax 36 PDF


Interview par Ambidextre.