Starwax magazine

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INTERVIEW SONIDO GALLO NEGRO / GABRIEL LOPEZ

INTERVIEW SONIDO GALLO NEGRO / GABRIEL LOPEZ

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En préambule au nouveau numéro d’été de Star Wax consacré à la scène musicale mexicaine, SW 47 disponible ici, rencontre avec Sonido Gallo Negro. À la croisée des rythmes tropicaux, du rock et des croyances syncrétiques, leur récent album « Mambo Cosmico » est aussi le plus abouti. Guitariste et organiste du groupe, Gabriel Lopez évoque certains titres de cet enregistrement, la scène artistique ambiante, les idées reçues la concernant ou bien encore la magie noire…

Comment définir Sonido Gallo Negro ?
Nous jouons de la musique tropicale avec un esprit rock. Nos premières sessions étaient marquées par la cumbia mais en mode péruvien, avec beaucoup de guitares électriques. Le son était brut. Alors nous avons assimilé d’autres styles latins comme le mambo ou le danzon. Ainsi qu’une touche personnelle, imprégnée de mysticisme.

D’où le nom du groupe…
Tout à fait. Il fait référence au coq noir. Ce volatile est notamment utilisé pour les rituels de magie, lors de sacrifices. Ces cérémonies restent fréquentes dans les quartiers populaires mexicains. Elles font partie de notre quotidien. Mais nous ne savons jamais quelle histoire se trame derrière cette pratique, quels secrets ces coqs réservent. C’est pourtant cette part de mystère que nous exprimons au travers de nos compositions.

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Qu’évoque le titre « Tolù » ?
Tolù est un hommage à Lucho Bermudez. C’était un compositeur et chef d’orchestre colombien. Sa musique est incroyable et a mis en avant l’apport culturel africain. Elle s’est rapidement propagée dans les zones urbaines du pays. Pour nous, Lucho Bermudez est l’égal de Pérez Prado (star cubaine du mambo dans les années 50, Ndlr). Cette reprise n’a pas été une mince affaire car il a fallu adapter les arrangements originaux à notre registre, plus électrique.

Et « Cumbia Ishtar » ?
Cumbia Ishtar est un calypso mâtiné de cumbia. Au plan harmonique, ce titre s’inspire des mélodies orientales. Il renvoie à l’ADN de la population hispanique d’Amérique latine, qui elle-même hérite des conquêtes espagnoles. Nous sommes un groupe essentiellement instrumental et nous aimons mêler les cultures et symboles. Il en émane une certaine poésie.

Vous réclamez-vous du psychédélisme ?
Oui, même si nous pensons que le psychédélisme est difficile à exprimer et à comprendre par les mots. Toutefois s’il fallait résumer, ça serait une attitude qui apporte bien plus que la réalité. Nous laissons les portes (de la perception, Ndlr) ouvertes. Fait significatif, sur ce disque, il n’y a pas de début et de fin…

La pochette de Mambo Cosmico est surprenante. Qui est l’auteur du visuel ?
Le graphisme est réalisé par Jorge Alderete, un illustrateur argentin qui vit au Mexique depuis plus de quinze ans (interview de Dr Alderete dans le SW47 – Sortie 4 juin) . Il est également membre du groupe. Il joue du thérémine. Durant nos spectacles, Jorge dessine en direct. Ses prestations sont singulières et animées. Il adore les atmosphères oniriques et fait naturellement le trait d’union entre les arts plastiques et notre musique.



Quelle est la caractéristique de la scène musicale mexicaine ?
C’est sans conteste son volume sonore. Mexico City est un « monstre ». Cette ville génère beaucoup de bruits et les groupes doivent vraiment jouer fort pour capter l’attention du public. Au fil des années, nous avons remarqué qu’il était difficile d’interpréter des morceaux intimistes. À moins d’écrire des chansons romantiques.

Et à propos des formations locales ?
Aujourd’hui il y a beaucoup d’ensembles et de projets musicaux, de plus en plus chaque semaine. Mais il n’y a qu’un ou deux groupes d’envergure qui jouent. Et qui accaparent le marché. C’est pourquoi nous cherchons à exporter notre musique.

Différents artistes comme les Doors ou Jack Kerouac se sont largement inspirés de la culture mexicaine…
C’est un fait. Et les cultures mexicaines préhispanique, coloniale et moderne gagnent à être connues. Pourtant nous devons combattre les stéréotypes comme les mariachis ou ce folklore autour de la peintre Frida Kahlo. Nous voulons montrer à un maximum de gens comment la musique tropicale occupe une fonction sociale, aide le peuple et joue un rôle majeur dans le développement du Mexique moderne. À ce propos, nous sommes en contact avec des musiciens aux États-Unis, des amis avec lesquels nous aimerions développer cette approche. L’enjeu est donc notre visibilité sur la toile, via le streaming.

Concernant les États-Unis, quel est votre point de vue sur Trump et sa volonté de construire un mur à la frontière mexicaine ?
Il ne faut pas se leurrer, ce mur existe déjà. Malheureusement, le gouvernement américain veut tirer partie de tout. Et sa politique à dix ans d’avance sur la politique mexicaine. Nos concitoyens ont parfois du mal à imaginer cela. Aujourd’hui, ils sont pris dans un étau… Qui sait ce qui adviendra ?

Quid du disque vinyle, de la notion de remix ?
C’est une tendance. Le son est plus chaud. Pourtant, avec notre dernier vinyle, nous avons galéré car il n’y a plus d’usines de pressage au Mexique. Nous avons donc dû le fabriquer aux États-Unis. Cela nous a coûté cher en taxes… Malgré ces problèmes matériels, nous restons dynamiques. L’essentiel est d’aller de l’avant, de recycler. C’est peux être la définition de l’avant-garde. À ce titre nous sommes ouverts à d’autres supports comme la musicassette ! Quant aux remixes, nous n’en avons pas encore fait de manière officielle, mais pourquoi pas.

Propos recueillis par Vincent Caffiaux
Photo 1 : Gerardo Klint Montiel
Photo 2 : Gerardo Tort