Starwax magazine

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newsnovembre-2018

INTERVIEW / ALEX DE NO REQUEST

INTERVIEW / ALEX DE NO REQUEST

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No Request est un concept de soirées intimistes créé par Alexandre. Tous les premiers ou deuxièmes samedis du mois, dans un lieu situé à Versailles, une artiste européenne sera invitée et mise en avant avec un set up vinyl only. Elle sera accompagnée de créateurs issus de la scène locale. Nous avons rencontré Alexandre pour en savoir plus.

Peux-tu te présenter ?
Alexandre, bientôt 47 ans, né à Versailles un 31 décembre : la date où toute la planète fait la fête. J’ai toujours vécu entre Versailles et la Vallée de Chevreuse, je continue à vivre dans ce secteur. Je suis un entrepreneur dans l’immobilier depuis plus de 20 ans. Au début des années 90, je me suis impliqué dans l’univers de la musique électronique, mais je n’ai pas réussi à me professionnaliser en tant que producteur et entrepreneur du spectacle. J’avais déjà un pied dans l’immobilier, qui est un secteur d’activité passionnant mais très chronophage. Entre la création de mes entreprises et l’expérience intense de la paternité, je n’ai pas vu passer les 25 dernières années. Mais je suis resté un auditeur passionné de musique électronique.
En 2015, une rencontre liée à mon activité professionnelle m’a fait replonger dans ce milieu de manière bénévole. Je suis à un moment de ma vie où je souhaite et je peux envisager de développer une activité professionnelle supplémentaire de producteur de musique et d’évents électro. Ma préférence va à la production musicale mais l’évènementiel me plait car c’est d’abord un moment festif et de partage. C’est aussi un moyen de rencontrer des artistes, de voyager, d’initier des collaborations et de financer une maison de disque. La production d’un évent est très stimulante intellectuellement et gratifiante humainement.

Comment est venue cette passion pour la musique électronique ?
La musique fait partie de nos vies. Peu importe le genre, on la découvre souvent au sein de sa famille. On la partage aussi avec ses amis. Mes parents recevaient régulièrement des amis, ils faisaient la fête le week-end. La chaine hi-fi diffusait plusieurs sortes de musique : du disco, de la variété française, de la salsa, de la musique créole… J’écoutais un peu de tout, de Bob Marley à Metallica en passant par Robert Smith, Jim Morrison, sans oublier Biggie Smalls. Un week-end de novembre 91, on est invité à une soirée au Forum de Grenelle, à Paris dans le quinzième. Franchement, on a pris une gifle. Musicalement ça nous a marqué. Depuis ce jour, j’écoute principalement de la musique électronique, un peu de reggae et du hip-hop.

Quelles sont tes influences ?
Je n’ai pas d’influences particulières. Cependant mes goûts se sont affinés avec l’âge… Je navigue entre deep, techno, house, minimal et micro. C’est le cœur qui parle et le corps qui suit.

Que représente le vinyle ?
C’est un support physique qui nous permet d’écouter de la musique, je n’ai pas un rapport mystique avec l’objet. Je ne suis pas un orthodoxe du vinyle. Par contre, dans le djing, j’ai une préférence pour le mix sur vinyle pour plusieurs raisons : la maîtrise technique qu’il impose, les efforts financiers qu’il demande, et enfin, la passion et la patience qu’il faut avoir pour les digger (que ce soit les productions anciennes ou récentes). C’est une vraie chasse au trésor solitaire, comme un chercheur d’or déterminé à trouver des pépites qu’il aura envie de partager dans un assemblage qui peut vous emmener loin. C’est juste une préférence, le vinyle ce n’est pas mieux que le digital. On utilise les deux. Je trouve que c’est plus facile de mixer sur des platines numériques, mais ça n’enlève pas la difficulté de faire une bonne sélecta.

Pourquoi ce concept ?
Je ne suis pas à la recherche d’un concept. Depuis plus d’un an, je cherchais un lieu sur Versailles accessible et d’une capacité de 150 personnes maximum. Un lieu nous permettant de produire des évents exigeant sur la programmation, c’est à dire faire jouer les artistes qu’on aime, qui sont parfois des potes et qui ne sont pas tous très connus, pointilleux sur le sound system, tout en essayant de collaborer avec les acteurs locaux : collectifs d’artistes, artisans, commerçants. Si possible proposant des produits bio à prix doux, et économiquement viable, afin de s’inscrire dans le temps comme un lieu référence de la musique électro.

Pourquoi avoir choisi Versailles et comment as-tu trouvé ce spot ?
Parce que j’y vis, qu’une partie de mes activités professionnelles sont en train de se développer dans le secteur. J’y suis attaché. C’est une région agréable à vivre. On s’est souvent plaint de devoir systématiquement aller à Paris pour trouver des lieux qui proposaient des soirées électro, avec une bonne programmation, et qu’il n’y avait rien dans notre coin. On a organisé quelques fêtes mémorables quand on avait 20 ans, mais aucun lieu n’a émergé. C’est un no man’s land depuis que la musique électronique a commencé à infuser dans la population. Le spot, je l’ai trouvé grâce à la presse locale. Thomas fondateur du Pain Journel a ouvert en 2017 une boulangerie 100% bio, proposant un service de bar et de restauration. Il dispose d’un espace, « L’Espace Charost », proposant diverses activités et évènements. Thomas a été récompensé et accompagné pour lancer son projet en étant lauréat du réseau Entreprendre Yvelines 2017. Le spot est vraiment sympa. On va à chaque fois adapter le lieu au format de nos soirées. On s’est rencontré, on a sympathisé et il a décidé de soutenir notre projet en nous confiant la production de ces soirées, et d’envisager une programmation plus régulière si les premières soirées fonctionnent. On est au démarrage d’une belle aventure.

702_Alex-3 Alex diggin’ à Deep Corner – Versailles.

Comment définis-tu le line up ?
Je ne le définis pas tout seul. Je partage ce projet avec Biko qui jouera pour cette première. La direction artistique possède deux cerveaux. On a des goûts assez proches. Il y a comme un cahier des charges implicite. Concernant le format des No Request, on lance les festivités à 23 heures et on se dit au revoir à 5 heures, uniquement sur préventes. On souhaite que le headliner soit une femme qui vit en Europe. On lui propose de jouer au moins trois heures full vinyl. Pour l’accompagner, on fait jouer sans distinction de genre, pour le warm up et le closing, des djs de la région parisienne qu’on aime bien et qui ne jouent pas assez à notre goût. On a une contrainte budgétaire qui nous est imposée par la capacité maximum d’accueil de 150 à 170 personnes. On fait avec, sachant qu’il n’y a que six soirées à produire pour cette saison. Ça ne nous inquiète pas. Je suis plus soucieux sur la mobilisation du public. Le fait qu’il n’y ait rien dans le secteur, cela ne va pas créer une marée humaine. Il y a des raisons qui expliquent qu’il n’y ait pas au moins un lieu qui se soit installé durablement. Les autorités locales un peu conservatrices, responsables de notre sécurité, qui régissent nos activités festives et culturelles, ne portent pas l’entière responsabilité de cette situation. On va faire ce qu’il faut pour informer et mobiliser le plus de monde possible. On est soutenu par deux collectifs locaux : Few Tips To Heal et SoundMotion. Et par Deep Corner, un disquaire du centre de Versailles. On a confié à une artiste de l’école des beaux-arts de Versailles la scénographie du lieu, et le mapping. On est habité par la volonté de proposer une série de très bonnes soirées, parce que ce sont aussi nos soirées. On veut le partager avec le plus de monde possible. On ne réussit rien tout seul. On souhaite soutenir les femmes Djs qui sont sous-représentées chez les Djs et producteurs, comme dans les métiers du son. Elles sont moins programmées. Il faut que ça change, on fait notre part à notre niveau. Je pense que les lignes sont en train de bouger globalement, on veut accompagner cette dynamique.

Quel public souhaites-tu embarquer ?
Ceux qui voudront passer une très bonne soirée, qui embarqueront avec nous dans la joie et la bonne humeur. Et plus si affinités…

Pourquoi avoir choisi le nom No Request ?
Ça m’est venu cet été au Café de la Presse. C’est un restaurant-bar de nuit situé dans le quartier de Bastille. Il a été racheté par des professionnels expérimentés qui ont confié la direction artistique du lieu à Maxime Stasiak, un autre trublion hyper-actif, qui nous accompagne dans cette aventure. Le Café de la Presse est un lieu avec une programmation pas uniquement électro. Quand Maxime a produit ses premiers évents électro avec un line up bien précis, comme le public n’est pas composé uniquement d’afficionados qui connaissent les codes, on faisait souvent des request. Une règle qui s’impose d’elle-même dans une soirée électro, on ne fait pas de request au Dj. Cette situation se produisait principalement quand Maxime et son binôme Marrek jouaient les warm up ou les closing. Je me suis dit que ça ferait un bon nom de soirée et qu’en plus on rappellerait une règle à ceux qui ne sont pas des habitués des soirées électro mais qui sont les bienvenus.

Que voudrais-tu faire dans quelques années ?
On veut pouvoir se professionnaliser dans la production de musique électronique d’une manière pérenne, réussir à organiser régulièrement des soirées en partenariat avec les collectifs locaux. Si on pouvait voyager en Europe pour jouer dans des endroits avec un bon sound system et rencontrer des gens passionnés, ça nous procurerait beaucoup de plaisir.

Si tu devais te téléporter dans une période, laquelle choisirais-tu ?
Inévitablement dans mille ans si on n’a pas disparu. Ça sera Star Wars. Si je pouvais me téléporter dans le temps, j’aimerais vivre cette époque. Cette période existera uniquement si l’industrie spatiale se développe massivement, entraînant avec elle les autres disciplines. La conquête spatiale est un défi interdisciplinaire

Par Sabrina Bouzidi