Starwax magazine

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archivesaoût-2016

INTERVIEW ADAM KANA

INTERVIEW ADAM KANA

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S’il y a bien un festival à visiter en République tchèque, c’est le Colours of Ostrava ! Sur quatre jours, avec ses 15 scènes et ses 40000 visiteurs, c’est le plus gros festival du pays sur un site sidérurgique désaffecté. Pour l’occasion, Star Wax Mag s’est déplacé. Bien évidemment l’équipe a découvert au passage un nouveau spot, totalement industriel ! Adam Kaňa, directeur artistique de la scène électronique, nous a reçu dans les coulisses et a pris le temps de répondre à quelques questions.


Salut Adam ! Peux-tu te présenter en quelques mots ?
Salut ! Je travaille pour le festival Colours of Ostrava depuis près de deux ans maintenant et c’est une expérience incroyable. Je suis diplômé en gestion des arts, ce qui est un terme un peu trompeur car il concerne plutôt les monuments historiques et le patrimoine culturel, alors que la culture « live » comme la musique est quasiment négligée dans ce programme ; mais ce fut intéressant et ça m’a tout de même donné une certaine vision du monde. J’ai décidé de rejoindre le Colours of Ostrava peu de temps après mes études. Ce fut un choix évident car je suis très critique à tout ce qui touche à la musique. Colours est le seul festival tchèque qui offre de la musique de qualité et qui permet de faire découvrir beaucoup d’artistes prometteurs appartenant à des genres différents. Je ne veux pas paraître élitiste ou arrogant, mais j’aime travailler pour, probablement, le seul festival tchèque qui vise à sensibiliser le public tchèque qui, par ailleurs, est très conservateur. Il y a de nombreux grands festivals en République tchèque, mais ils ont tendance à proposer les mêmes artistes juste parce que les gens le souhaitent. Ou des groupes qui sont déjà « has been » depuis des années. Ou, dans certains cas, des formations méconnues. Qui se soucie de Limp Bizkit ? D’un autre côté, je comprends pourquoi ils font cela.

Qu’est-ce que le Colours of Ostrava Festival ?
Pour autant que je sache, Colours of Ostrava est le plus grand festival tchèque en termes de budget et de programmation. Le spot est l’une de ses plus grandes qualités car il se situe dans une zone industrielle appartenant à des sites européens du patrimoine protégé : des hauts-fourneaux magnifiques à vous couper le souffle, des mines, un éclairage incroyable, un choix de musiques… Tout cela crée une atmosphère inoubliable. Notre festival cible principalement le public tchèque, slovaque et polonais mais, à chaque nouvelle édition, de plus en plus de personnes viennent du monde entier. Nous faisons ce que nous aimons : promouvoir de la bonne musique et nous sommes heureux que le public soit avec nous.

Adam, est-ce toi qui contacte les agents artistiques et les artistes ? Comment les choisis-tu ?
Oui. Avec 90 % de la scène électronique, c’est moi qui initie le contact. Et dans la plupart des cas je m’occupe des missions avec Jirka Sedlak, notre relation presse, ainsi qu’avec Pepa Zenisek, notre chef de production / technique. On pourrait ainsi dire que nous sommes les trois personnes qui planifions tous les groupes et Djs. Colours a lieu en juillet et nous commençons à contacter les agents peu de temps après la fin du festival précédent. Le choix est principalement basé sur les compétences des artistes et leur compatibilité avec la philosophie du festival. Ce choix doit être, en quelque sorte, « intéressant ». Il est assez difficile à définir, mais j’ai un faible pour la musique « intelligente », à la fois divertissante et immersive.

702-rone-ostrava2016 Ci-dessus, Rone@Ostrava électronique stage-2016. Plus de photos ici.


Pour cette édition, tu as booké deux artistes français : Slow Magic et Rone. Aimerais-tu programmer d’autres artistes français pour 2017 ? Concernant la programmation, il n’y a que du live et de la techno ? Tu me disais tout à l’heure que tu ne proposais pas encore de micro house, pourquoi ?
Bien sûr ! La scène électronique française est la meilleure avec les scènes allemande et britannique, donc j’ai l’intention de booker d’autres artistes français l’année prochaine. Nous ne proposons pas que du live et de la techno ! Il y a eu des artistes chillwave, électronique, électro house, techno minimale, beaucoup d’artistes nationaux allant du psychédélique à l’ambient et également du genre transcending music comme Actress live ou Throwing Snow live. En ce qui concerne la micro house, pour être honnête, je ne sais pas si c’est la même chose que la minimal house, ha ha ! Le genre musical n’est pas un facteur en soi. Je choisis les artistes indépendamment du genre. La programmation n’a besoin que de donner du sens finalement. Pour cela, on n’a pas besoin d’un genre spécifique, mais juste d’une ambiance : ça et les autres facteurs mentionnés dans mes précédentes réponses. Je pense que de ne programmer qu’un seul genre n’a aucun sens et ne montre rien de nouveau au public. C’est tout simplement ennuyeux. Il vaut mieux, au contraire, exposer diverses ambiances, divers genres de musique jamais encore écoutés… car ils n’ont pas eu l’occasion de le faire ou n’ont pas pris le risque d’essayer. Du moment que cela donne du sens…

Es-tu intéressé pour programmer des artistes provenant de Russie ou d’Ukraine ? Il y a une scène avec un réel potentiel, qu’en penses-tu ?
Absolument ! J’avais déjà booké certains artistes concernés l’année dernière et cette année. Mais d’autres projets ont attiré mon attention donc je me suis dirigé vers quelque chose d’autre. Mais certainement l’année prochaine, oui !

Pourrais-tu me définir ton public ?
La tranche d’âge du public qui vient au festival oscille entre 20 et 40 ans. Statistiquement, nous avons une forte concentration d’universitaires. Quant au stage électronique, le public est un peu plus jeune : 20-30 ans, la plupart étudiants et / ou des jeunes de l’industrie créative, d’autres dingues de techno. La musique électronique n’a pas beaucoup « d’histoire » en République tchèque en raison de l’ère communiste qui, à mon grand regret, a rendu les Tchèques conservateurs et parfois très étroits d’esprit. Du coup, la culture, y compris les festivals, a pour objectif de pallier ce manque.

Combien de personnes visitent l’electronic stage ?
L’an dernier environ 700 personnes. Cette année, approximativement 1500 à 2000 visiteurs par jour.

Cette année le festival a connu un vrai succès. Qu’est-ce que tu nous prépares pour la prochaine édition ?
Je pense que l’édition de 2017 sera meilleure au niveau du choix des têtes d’affiche. J’ai quelques gros plans dans mon esprit qui impliquent des artistes célèbres de la scène électronique française. Si tout se passe bien, ça va faire beaucoup d’heureux !

Tu penses programmer des artistes qui jouent du vinyle ?
Pas spécifiquement. Throwing Snow, par exemple, fait des sets avec platines et vinyles, mais il était venu pour un superbe live.

Joues-tu d’un instrument ?
Oui, je joue avec les nerfs des gens. Et je suis aussi un virtuose du triangle !

«…J’AI UN FAIBLE POUR LA MUSIQUE « INTELLIGENTE »,
A LA FOIS DIVERTISSANTE ET IMMERSIVE.»



Propos recueillis par Sabrina Bouzidi