Starwax magazine

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HANNIBAL FLYNT OFFRE 12000 SAMPLES / INTERVIEW

HANNIBAL FLYNT OFFRE 12000 SAMPLES / INTERVIEW

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De par son âge et sa capacité à scratcher, produire de la variété, des loopers ou encore grâce à son statut de showman, Hannibal Flynt est un personnage atypique sur la scène électronique. Depuis quelques longs mois, il enchaîne émissions de télé, radios et soirées. Sans oublier d’alimenter ses réseaux sociaux régulièrement. Aujourd’hui il fait le buzz auprès de la communauté du turntablism en offrant plus de 12000 samples en libre téléchargement. Entretien de nuit avec un passionné, stakhanoviste musical et figure finalement sans limite.

Bonjour Hannibal ! Ca ne se fait plus de te demander ton âge, alors passons !
Salut mon jeune. Je vais quand même me présenter. Je m’appelle papy Hannibal Flynt, j’ai 87 balais et je suis principalement compositeur de musique, Dj et patron du label de musiques électroniques « Ok.k!dZ ».

Il fut une époque ou tu étais jeune et tu sortais des vinyles de breaks et des samples de scratchs. Pourquoi as-tu arrêté ?
Tout d’abord merci de m’avoir invité à prendre la parole dans ton magazine que papy kiffe très très fort ! Je vais commencer par rectifier un peu tes propos. Papy n’a jamais sorti de vinyle, j’honore simplement la mémoire d’un de mes jeunes homies qui a disparu trop tôt, fauché par la vie en plein vol. Je veux bien sûr parler de Dj Alks (RIP 1978-2012) qui produisait des vinyles de breakbeats. Il m’a tout appris, donc je verse quotidiennement de l’alcool sur sa tombe. On veille aussi à ses intérêts, il m’a légué l’intégralité de son catalogue audio, plus de 300 ou 400 morceaux jamais sortis sur une période allant de 1995 à 2010, dont des collaborations avec des rappeurs français, ricains, etc. On va tout sortir en téléchargement libre sur Bandcamp, juste parce qu’il le valait bien. Je ne te donne pas de date, mais un jour ça sortira.

J’ai vu que tu vends des lots de vinyles. Pourquoi et achètes-tu encore des vinyles ?
Toi, tu suis le Facebook de papy (rires). Oui et non, je collectionne tout un tas de trucs comme tous les vieux. Ce que j’adorai avec le vinyle, c’était sa dimension, de quoi réellement mettre en valeur la pochette de l’artiste. Mais non, j’en achète que très rarement. Je fais comme tout le monde j’achète du digital pour mes Dj sets.

A la rédaction, nous avons reçu une réclamation d’un lecteur qui dit qu’il a passé commande à ta société et il attend depuis un moment le vinyle. Tes collègues seraient-ils atteints d’Alzheimer ?
Ouais, on fait ça sur notre temps libre donc y’a des ratés, j’invite ton lecteur à renvoyer un mail (rires).

Il fut un temps ou tu t’entraînais beaucoup au scratch, est-ce fini ? Fong Fong est-il trop fort ?
J’ai une vie très organisée, c’est la seule façon de réussir. Je ne te détaillerai pas une journée type mais tout est rationnalisé et quantifié. Ainsi, je m’entraîne au scratch pur environ une heure tous les jours de 8 à 9 heures (à part le week-end, vu que je joue mes Dj sets en guest dans de gros clubs). Les tablists de notre époque sont très forts, un level de « ouf ». Après j’aime et surtout j’admire les univers globaux. Si t’es super balèze mais qu’il n’y a rien derrière, pas d’images, pas d’univers, une qualité de vidéo passable, ça va vite me lasser. À notre époque, vu tous les moyens et contacts dont on dispose via le net, la moindre des choses c’est d’envoyer des contenus de qualité tant sur la forme que le fond, et de manière récurrente.

Aujourd’hui tu as décidé d’offrir en libre téléchargement GrandPa Sample Library, plus de 12 000 samples en wave. Pourquoi ? Est-ce uniquement des samples que tu as composés ?
Je souffre d’une espèce de maladie mentale ! Enfin de plusieurs mais ça ce sont les produits que papy s’enfile pour être dans le Turfu (futur, Ndlr). Je ne peux pas m’empêcher de créer des bibliothèques de samples. Là par exemple, je suis en train de finir une bibliothèque « Thunderdome », j’ai ripé l’intégralité des Thunderdomes (70 Cds de tête). Ensuite j’ai tout écouté et j’ai samplé tout ce qui était intéressant (kick, snare, percu, sub, synthés, phrase, fill, refill, mélodies, etc) et j’ai tout classé dans des dossiers. Je suis un maniaque du classement de fichiers, pour moi une bonne banque de samples, c’est maximum trois clics de souris, à partir de la racine de tout ton dossier de banque de samples. Je m’égare ! Pour en revenir à la banque de samples en question, cela m’a pris environ un an à l’archiver. J’ai écouté entre 4000 et 5000 Lps en vinyles ou Cds, tous genres confondus : rock, funk, old school hip-hop des années 80 à 90, krautrock, etc. Et j’ai collecté 12000 samples soit 14 gigas. Par contre, ce n’est pas réellement une banque de samples comme je l’entends, classée et organisée comme je crée les miennes. Pour simplifier, c’est une sorte de sketchbook, les samples sont justes enregistrés et posés dans le fichier wave. Ils ne sont pas découpés, ni classés. Ils invitent à la découverte. Par contre, je n’ai samplé que du matériel non libre de droit. Donc à chacun de modifier les samples, etc.

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Tu as aussi un projet à venir avec La Compagnie Créole. Préparez-vous le tube de l’été 2017 ?
Ouais, en gros c’est ça le bail… je ne vais pas te mentir ! Je compose toutes sortes de musiques, pour toutes sortes de gens, je n’ai aucun problème à créer un gros son basshouse qui va défier la violence du drop pour le club et derrière une chanson en mode hit de l’été pour la Compagnie Créole ou Mirana, ou encore une œuvre de musique contemporaine pour une troupe de danse, une prod en mode boom bap pour un Mc new yorkais, un beat pour une compétition de scratch, ou bien même remixer Jul #Tchikita en Moombahton. A mon âge, je fais ce que je veux en fait, je veux être partout où l’on ne m’attend pas. Là, un Dj m’a même contacté pour qu’on bosse ensemble sur son set DMC. Je n’ai aucune limite.

Quelles sont selon toi les différences entre la trap, le rap et la variété ?
Ça fait quelques temps que je ne raisonne plus en matière de « genre » en fait. Si tu écoutes bien, l’évolution est au crossover, par exemple un début de chanson en mode house progressive avec une voix de chanteur et des chords, une montée trapstep, un drop basshouse, un break moombahton, une partie future trap avec un kickeur, re-partie-mélodie en mode pop, montée EDM, et bim un drop moombahton-moombahcore, etc. Donc il n’y a plus vraiment de différence entre mainstream et underground, surtout depuis que Diplo-Skrillex ont fait posé Justin Bieber sur un son. Le seul vrai critère est la qualité du son et l’histoire qu’il te raconte, les sensations qu’il te fait vivre, le reste c’est juste du marketing 2.0.

Mickey 3D a consacré une chanson qui dit que « Les gens raisonnables n’ont pas la belle vie et ils regardent les gens pas raisonnables et bien souvent ils les envient… » ! Tu sembles être d’accord avec lui, mais comment fais-tu ? Es-tu parfois raisonnable ?
Dans sa vie d’avant, papy était une personne lambda. À la mort de ma femme fin 2012, tout a changé, j’ai eu une épiphanie. J’ai dû abattre froidement toute trace de « normalité » pour devenir ce que je suis. Donc non, je ne suis jamais raisonnable, demain Lex (son manager Ndlr) me dit : « papy, la Nasa vient de me contacter, elle veut que tu ailles mixer sur la Station Spatiale Internationale avec rediffusion en direct sur les réseaux sociaux… » Bim, je m’habille et j’y vais sans même y réfléchir. Bon je prends quand même le temps de négocier le cachet en pur business self made man. Je suis mes instincts, ils sont mes gardiens.


Pour accroître ton buzz, achètes-tu comme certains des likes ou des écoutes en ligne ? C’est le cas de PNL semble-t-il ! Le syndicat national de l’édition phonographique a détecté des anomalies dans les chiffres générés par la musique sur certaines applications. Si ceci se révèle, ca signifierait qu’il y a des artistes qui récoltent trop d’argent par rapport au nombre réel d’écoutes !
Papy est en contact avec tous les réseaux russes de black-hat, etc. Mais franchement, je n’ai aucun intérêt à les actionner pour ce genre de choses. Et je vais même en rajouter une couche : l’industrie de la musique a toujours falsifié ces chiffres et ce depuis le début. Tout comme les ghosts-producteurs ont toujours existé depuis le Moyen Âge. C’est comme ça, c’est humain. Quand tu vois que des grosses sociétés du CAC40 falsifient leurs bilans comptables, tu ne t’attends quand même pas à ce que l’industrie musicale fonctionne différemment, hein ?

Tu es passé souvent à la télévision ces derniers temps. Penses-tu que tu as été invité parce que tu es talentueux ou ils ne comprennent rien à ce que tu fais et c’est simplement en tant que Dj vétéran qu’ils t’invitent ?
Rien que la semaine dernière, j’ai été contacté par et pour trois émissions. Je te dirai que c’est un peu un mélange des trois, ils savent qu’avec papy ils peuvent faire de l’audimat easy, vu qu’il est complétement taré et qu’il a plus de punchlines que ton rappeur préféré. Du coup, je suis un bon client pour la Tv et je ne me gêne pas pour en faire. Trump a fait de la Tv réalité et maintenant il est bien président. Non ? (rires)

Penses-tu que la culture turntablism est créative et prolifique en termes de composition ces dernières années ?
En matière de musique « turntablism », je me suis arrêté aux grands classiques comme « Scetchbook » de Ricci Rucker & Mike Boo, « Phantazmagorea » de D-Styles, « Wave Twisters » de Qbert et « Anti-Theft Device » de Mix Master Mike. Et vu que ces albums datent, je serai tenté de te dire pas vraiment. Mais maintenant je peux nuancer grâce à des groupes comme C2C et Birdy Nam Nam, qui viennent de la scène « turntablism », et qui ont explosé sur la scène électro mainstream. Un très grand respect à eux d’ailleurs.

Maintenant tu sembles plus préoccupé par le beatmaking, pourquoi ?
Parce que composer de la musique c’est la plus belle chose au monde avec le sexe et les drogues. La divine pyramide de papy.


Tu sembles être épris d’une addiction pour les synthés, machines, etc. Qu’est-ce qui ne bouge jamais dans ton studio et à l’inverse qu’est-ce qui évolue sans cesse ?
Tu es obligé d’évoluer tout le temps en musique comme dans tout d’ailleurs. Tu dois constamment apprendre, expérimenter, te réinventer, etc. Concernant le studio de production, le plus important, c’est d’avoir un système d’écoute (monitoring) de grande qualité, un bon convertisseur externe (Digital vers Analog) qui sert à envoyer le son de ton ordinateur vers les enceintes, et une pièce traitée acoustiquement. J’ai choisi un fabriquant suisse, PSI Audio, pour mes enceintes PSI A21M avec un converto Dangerous Music « The Source » et du câblage pro (XLR) dont je ne me souviens plus le nom mais le prix faisait mal (rire). Après, je compose exclusivement In The Box sur Maschine avec tout plein de plug-ins mais ça peut m’arriver de brancher des synthés analogiques ou d’enregistrer des instruments acoustiques. Il n’y a aucune règle en musique contrairement à ce qu’on veut nous faire croire.

Pour produire de bonnes infrabasses puissantes, quels conseils donnerais-tu à un beatmaker débutant ?
Je lui dirai de mater des tutos sur YouTube et ensuite quand il ne sera plus un débutant, je lui parlerai de distorsion multibandes (rires).

Avec ton âge avancé, comment fais tu pour être toujours dans le coup et trouver des bookings en club ?
Être dans le « coup » ce n’est pas une question d’âge c’est un état d’esprit. Pour les bookings de clubs ou festivals, le bouche à oreille fonctionne bien et comme je retourne tous les endroits où je me produis, j’ai pas mal de propositions. L’année dernière a été très prolifique, j’ai parcouru la France, et j’ai eu l’opportunité de faire quelques dates à l’international comme Barcelone, Luxembourg City, New York et quelques dates en Belgique. Tu sais, la scène c’est le meilleur endroit au monde. J’adore descendre danser dans la foule avec les jeunes et les ambiancer. On est là pour qu’ils passent du bon temps et je les fais entrer dans mon univers. Niveau sélection, je suis capable de jouer de tout, même si je suis plutôt catalogué bass music. Je ressens le lieu avant tout et ensuite je garde le public sur la piste de danse et je les enjaille à coups de scratches, sans trop en faire. J’enchaîne avec une playlist faite de remixes, de gros sons, etc. Je passe une grande partie de mon temps à écouter tout ce qui sort et à classer cette musique pour mes sets pendant environ deux heures par jour. D’ailleurs, je vais laisser le numéro de mon bookeur Lex (0615207594). Passe par lui, toi qui me lis. Si tu veux de papy dans ton évènement.

De nos jours il y a une forte tendance au portablist, notamment avec des platines… Qu’en penses-tu ? Es-tu d’accord sur le fait que Qbert a été le précurseur de la culture portablist en créant la QFO en 2002. Et qu’il a été suivi par Thierry qui a lancé le Scratchophone en 2007 ?
Sûrement. De toute façon Q et sa clique ont toujours été à la pointe dans le domaine du scratch. Le portablism, je trouve ça fun et relaxant. En plus ça a créé tout un business autour des 7inchs, des crossfaders portables, de la customisation et ça c’est bien. J’en discutais justement avec un de mes jeunes, y’a deux semaines, il me disait papy il faut que j’achète le nom de domaine portablism.fr, je lui ai dis qu’il avait raison. Puis j’ai vu qu’il ne l’avait pas acheté, alors je l’ai acheté. Je ne sais pas encore ce que je vais en faire, mais je trouverai bien (rires).

« …IL FAUT FAIRE LES CHOSES SERIEUSEMENT, SANS JAMAIS SE PRENDRE AU SERIEUX »


Comment fais-tu pour être toujours autant passionné et dynamique ?
Comme je te disais, je ne vis que pour créer de la musique et pour la jouer dans le monde entier. C’est mon carburant. C’est comme un feu intérieur qui me maintient en vie. Je suis un voodoo child en vrai. Mon âme d’enfant est intacte, seul mon corps a subi les usures du temps. Il y a d’ailleurs une part complètement mystique qui m’échappe dans tout ça. Mais c’est un fait, papy Flynt est là pour encore très longtemps !

Y a-t-il des festivals et clubs où tu souhaites mixer ?
Enormément, mais chaque pas me rapproche un peu plus d’eux !

Pour finir tu as co-organisé le plus grand record de scratch du monde, réunissant l’un après l’autre 128 Djs pour scratcher sur quatre mesures et sur le même beat. Mais est-ce que ça été réellement enregistré dans le Guinness ? Et pourquoi avoir lancé cela ?
Parce que j’aime la démesure, le bruit assourdissant du vacarme, et les paris fous. Ensuite non, cela n’a pas pu être enregistré dans le livre des records car il te demande une somme d’argent assez dingue pour faire valider ton record. Mais nous, la scène tablist et scratch, on sait bien qu’on détient ce record. Ça me tient énormément à cœur, donc dès que je peux avoir une idée tordue pour la mettre en valeur, je tente le truc.

Un dernier mot ? Souhaites-tu en profiter pour faire un bisou à tes enfants ?
Je finirai par citer mon jeune ami BenJayOne qui un jour m’a dit « Papy il faut faire les choses sérieusement, sans jamais se prendre au sérieux ». Je porte cette phrase dans chacune de mes actions. Merci à toi mon jeune Cosh pour cette interview. Follow me at instagram.com, twitter.com ou mixcloud.com

Par Supa Cosh…