Starwax magazine

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newsfévrier-2020

HAMDI RydEr / INTERVIEW & EXCLUSIVE MIX

HAMDI RydEr / INTERVIEW & EXCLUSIVE MIX

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Hamdi Toukabri AKA Hamdi RydEr est le boss du collectif Downtown Vibes et cofondateur du disquaire Eddisco Records. Également Dj et producteur sous influence afro-américaine, il débute sa carrière en 2008, en tant que beatmaker hip-hop. Ensuite il découvre la funk, la soul, le disco… Puis la house devient sa musique de prédilection. Le Tunisien a sorti quelques Eps et a collaboré avec plusieurs artistes tels que Joss Moog ou Hector Moralez. Et Downtown Vibes est aujourd’hui reconnu comme étant un acteur majeur sur la scène tunisienne, mettant en avant la culture du vinyle et la musique électronique. Hamdi RydEr a accepté de répondre à nos questions. Pour l’occasion il a également réalisé un podcast d’une heure bien funky et housy en exclu pour Star Wax ! Stream ci-dessous, à écouter sans modération, pour se mettre de bonne humeur.



Quel est l’identité de Downtown Vibes ?
C’est en 2013 que j’ai créé, avec Aymen Ghannoudi, le collectif artistique Downtown Vibes. Nous sommes passionnés de vinyles et notre objectif initial était de promouvoir la musique house et la culture du diggin. On a organisé nos premières soirées « Downtown Vibes » dans un petit rooftop bar au centre-ville de Tunis qui s’appelait « Roofstah » au même temps on organisait aussi les « Friday Is a Wax Day » où nous souhaitions proposer une ambiance similaire à celle des disquaires dans les espaces culturels et introduire l’activité du « record digging » dans notre culture urbaine, en offrant différents vinyles à vendre. Ensuite, on a lancé les soirées « Secret Vibes » qui ont d’abord débuté sur le toit de mon domicile, à Lafayette. L’idée était de réunir un groupe d’amis et de proposer des évènements intimistes. Depuis, les « Secret Vibes » ont évolué et nous proposons un environnement exclusif et idéal pour les amoureux de la musique électronique, avec des lieux secrets et des thèmes décoratifs uniques.

Comment choisissez-vous vos line up ?
Nos line-up reposent principalement sur l’apport de l’artiste à la culture qu’on souhaite partager avec notre audience. Pour les invités internationaux, par exemple, on ne cherche pas à inviter principalement des artistes très connus mais plutôt un artiste ayant un style authentique à nous offrir. Pour nous, ces invités sont aussi les ambassadeurs culturels de leurs pays et ils représentent un pont entre notre scène et la leur. Concernant les artistes locaux, nous privilégions ceux qui ont une forte personnalité artistique et qui contribuent à l’ascension de la scène tunisienne.

Que penses-tu de la scène tunisienne de ces dernières années ?
Ces dernières années ont vu des hauts et des bas. L’évolution de la scène tunisienne n’est pas totalement exponentielle mais on est sur le bon chemin. On sent déjà qu’il y a eu un filtrage concernant les événements. Le public sélectionne et sait où se diriger pour écouter de la bonne musique et partager de bons moments avec ses amis. On remarque aussi qu’il y a un nombre d’artistes et de promoteurs qui, tout comme nous, se sont réunis dans le cadre de collectifs. Cela montre qu’il y a une vraie volonté de collaboration et c’est le plus important. C’est la base même de toute culture naissante. La scène tunisienne ne possède pas une identité mais plusieurs et c’est mieux. La définition de l’identité artistique alterne. La richesse de l’identité artistique réside dans la diversité en termes de styles et de messages et il y a, certainement, un certain nombre d’artistes tunisiens qui enrichissent cette identité.

Quels sont les disquaires à visiter ?
Il y a quelques antiquaires et bouquinistes dans le centre-ville ainsi qu’à la médina de Tunis. Ils proposent de belles collections de vinyles. Sinon il y a Eddisco, un record store privé que j’ai cofondé avec Gaston Yahyaoui et Aymen Ghannoudi en 2017. Pour nous rendre visite, il suffit juste de prendre un rendez-vous sur notre page FB.

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D’où vient cet engouement pour la musique électronique en Tunisie ?
Cet engouement pour la musique électronique en Tunisie n’est pas nouveau. La jeunesse tunisienne a toujours été émerveillée par cette forme d’art depuis toujours et a suivi son évolution de près. Le problème résidait dans le fait que les clubs étaient inaccessibles pour la majorité des jeunes et étaient réservés à une minorité de jet-setters. Après la révolution en 2011, on a levé la censure sur plusieurs sites comme YouTube et les réseaux sociaux qui permettaient d’avoir une vision sur le monde extérieur et d’être à jour. Par conséquent, la demande des festivals et des autres types d’événements a augmenté et les jeunes promoteurs ont trouvé une source d’inspiration. La décentralisation de la scène a accéléré son évolution et cela a contribué au grand intérêt envers la musique électronique.

Quelles sont les barrières pour vous aujourd’hui ?
Nous avions invité Terrence Parker lors d’une de nos soirées et lors d’une interview sur la Radio Misk FM, nous lui avions demandé quels points communs existent entre la scène tunisienne et celle à Detroit. Il a répondu que, tout comme Detroit, la Tunisie est isolée en termes de moyens de transport et se trouve à l’autre bout du monde. Pour moi, un Dj est un nomade. Son rôle est de transmettre un message artistique et partager l’identité de son pays dans le monde. Les Djs tunisiens souffrent quotidiennement des problèmes reliés à l’attribution du visa pour participer à un événement, en Europe ou ailleurs. Tout comme les artistes de Detroit, les artistes tunisiens essayent de résister à ces conditions en innovant toujours plus. L’isolation ne se limite malheureusement pas qu’au transport. Nous sommes aussi isolés économiquement. Les restrictions financières telles que le manque de moyens pour le paiement en ligne ou celles reliées aux devises nous mènent souvent à annuler des bookings. Les agences artistiques refusent d’être payées en liquide et exigent, la plupart du temps, un paiement initial.

Au plan musical, que faudrait-il développer en Tunisie ?
Il y a beaucoup de choses à changer afin de développer la scène électronique en Tunisie. Il faudrait vraiment mettre en place des procédures de visas pour les artistes, fournir des moyens de paiement en ligne permettant aux Djs de vendre leurs productions en ligne, d’acheter des vinyles ou de booker des artistes… Il faudrait encourager et aider les organisateurs d’événements culturels liés à la musique électronique.

Quel est ton premier vinyle acheté ?
Thomas Bangalter, « Trax on da Rocks »

Que représente le vinyle pour toi ?
Une grande partie de ma vie.

Quel est l’artiste qui t’a mis une claque ?
Anubian Lights.

Si on pouvait se téléporter dans une période, laquelle choisirais-tu ?
Fin des années 80.

La Tunisie en 3 mots ?
Démocratie, jeune, en développement.

Underground en 3 mots ?
Résistance, authenticité, force.

STAR WAX MIX 52 TRACKLIST
01 – Hamdi RydEr « T.U.G.S » (Dub Mix)
02 – Power House « Kenny Jazz »
03 – Universal Principles « Flyin’ high »
04 – Sterac Electronics « Next destination »
05 – Enrico Mantini « Ecstatic Dung » (1991 Unreleased)
06 – N.O.I.A « Looking for Love » (Ajello Version)
07 – Corporation Mindfuck « X Visions »
08 – Pan-J « Press Start »
09 – Chicago transit Authority « Been there »
10 – Iz & Diz « Magnificient » (Original extended vocal mix)

Par Sabrina Bouzidi