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DOUR MON AMOUR / <br/>REPORT DOUR#26

DOUR MON AMOUR /
REPORT DOUR#26

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Le festival de Dour c’est un peu comme une drogue dure qui agit depuis 1989. Tu y goûtes une première fois et après tu ne peux plus t’en passer. La raison principale étant une programmation réunissant la crème de tous les genres musicaux alternatifs, du reggae au rap, du rock au métal en passant par toutes les musiques électroniques. Alors attention à l’overdose ! Eh oui ça peut arriver !! Retour sur l’édition 2014 du festival belge qui sonne comme une grande messe.

Bien sûr, les 40 000 festivaliers fréquentant le site tous les jours ont l’embarras du choix, mon parcours est donc lié à des goûts personnels bien affirmés. Tout commence en ce jeudi après-midi de mi-juillet, avec les français de Cheveu. Pensionnaires de l’excellent label Born Bad (focus ici), ils jouent un post rock électronique entêtant et nihiliste, qui mériterait d’être entendu dans les hôpitaux psychiatriques du monde entier. Dommage qu’il n’y ait pas 300 voir 400 personnes qui dansent comme des malades !! La prochaine fois peut-être.
A 15h30, sur la grande scène, les Slackers jouent leur ska-rock de blanc fort sympathique mais qui manque un peu d’originalité. J’enchaine, sous un chapiteau rempli où il fait très chaud, avec le concert de Chet Faker. J’y découvre un garçon qui a trouvé la formule magique : une très belle voix posée qui réinterprète des hits sur une musique synthétique de toute beauté, et ce, avec beaucoup d’émotions. Le succès est au rendez-vous et le public participe. Petite pause à l’écart, sous les arbres, pour mes oreilles mais pas de chance c’est le lieux qu’ont choisi quelques vendeurs pour écouler leurs marchandises, je passe une demi-heure à entendre « cocaïne, extasys, weed.. ». Enervé, je me casse ! Stop à la dope. Je me promène et j’entends une musique sous un chapiteau qui, au loin, m’interpelle. J’y découvre une tribu de six gars au micro et un Dj. World’s Fair sont très bons dans leur style rap-grime-électro, c’est déjà une autre bonne surprise made in Dour. A 21h, Détroit, le nouveau groupe de Bertand Cantat, occupe la grande scène. Je ne suis pas super convaincu, heureusement qu’il y a cette bonne mauvaise blague d’un type qui hurle « Smack my Bitch up » en rappel… Je passe ensuite écouter la musique space de Darkside (un hommage à Pink Floyd peut-être) avant de me retrouver devant la grande scène et de passer un pur moment de bonheur avec Bonobo grâce à leur somptueuse et cotonneuse musique. Que du bonheur! Félicitation pour cette prestation. Le rappeur américain Mac Miller prend ensuite possession de cette même scène et démontre encore une fois la force de frappe d’un Mc seul avec son Dj. Le jeune public répond présent à son rap brut de décoffrage, extrêmement efficace.

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Vendredi, c’est reparti pour une longue partie de musique puisqu’à Dour, ça commence tôt et ça peut finir tard, même très tard. Quoiqu’il en soit, je commence à 16h pour aller écouter Onra et ses chinoiseries qui m’absorbent au point de manquer le caennais Fakear qui, paraît-il, est un petit génie de l’électronique musique. Outre que le public festoie tardivement, l’opulence de concerts en simultané pose problème à certaines performances pour trouver leur public. Par exemple François and the Atlas Moutain jouera devant un auditoire clairsemé. En tous cas, Raekwon, éminent membre du Wu-Tang Clan ne connaît pas ce genre de difficultés et offre à ses nombreux aficionados ses classiques ainsi que ceux de son clan. C’est toujours pareil et on est toujours ravi lorsqu’il rap en solo « Ice cream », « Can’t it be all so Simple » ou qu’il rende hommage pour la 200 000ème fois au génie qu’était ODB. Wu-Tang Forever. Mais heureusement, le hiphop américain sait parfaitement se régénérer, la preuve en est avec les deux Mc’s et le Dj des Underachievers (traduction : ne pas concrétiser ses possibilités !!), ils sont l’une de mes meilleurs surprises de ce Dour 2014. Ils sont noirs, jeunes, branleurs et redoutables, leur live part dans tous les sens et ils enflammeront facilement les festivaliers chauds bouillants avec des titres explosifs. Le hiphop ne mourra jamais, ça c’est sûr car il est 23h et c’est maintenant Nas qui est sur la grande scène, devant beaucoup, beaucoup de monde. Hormis le titre « New York State of Mind » avec lequel il ouvre le bal, je connais mal ou plutôt Nas ne m’a que trop rarement emporté (Laurent aurait-il omis ce chef d’oeuvre du rap ? ; ndlr) mais je suis là au premier plan avec mon petit appareil photo et je passe finalement un fort bon moment. Nas reste sobre, professionnel et précis, célébrant les 20 ans de son album « Illmatic ». (Live video dispo en intégrale HD ici). A peine fini, je fonce profiter d’un autre groupe, lui, plus rare à Dour : Atari Teenage Riot. C’est bon, violent, en plus j’ai droit à mon titre préféré « Revolution Action ». Ils prennent un moment, devant 10 000 fans, pour scander un discours antiraciste. Génial.

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Samedi, 13h20, les franco-belge Moutain Bikes ouvrent la journée en jouant du rock garage, écoutez les, c’est un conseil. Mais aujourd’hui je m’impatiente d’entendre, notamment, Cypress Hill, Madlib et les Hives. En les attendant je m’offre une heure de plaisir en écoutant Shigeto, seul sur scène avec une batterie et quelques machines il superpose des boucles cosmiques et hypnotiques sur des beats hiphop. Ne le manquez pas si il passe près de chez vous ! Je passe ensuite un peu de temps à écouter le reggae de Steel Pulse et c’est toujours un bon moment. Et puis voilà 19h30, l’heure H pour moi, it’s time for action with Cypress Hill. Cela fait juste 20 ans, presque jour pour jour que Dj Muggs aux platines, B-Real, Sendog au micro et Eric Bobo aux percussions changeaient ma vie (avec les Beastie Boys et High Times magazine). Ils sont toujours là et la magie opère encore. Ce qui est bien c’est qu’autant de jeunes gens s’éclatent en écoutant des titres crées il y a plus de deux décennies. Sur scène, ils font le job et ils le font très bien (même s’il y a des blasés), tout le monde y va de son pétard ou son bong. Les tubes : « Insane in the Brain », « Hits from the Bang », « Tequila Sunrise »… s’enchaînent. Dommage cependant que parfois la foule soit bien passive. Pour finir Sen Dog annonce qu‘un nouvel album est prévu avec Dj Muggs en 2015. Je me faufile, dans une autre ambiance, au milieu du public dansant et chantant sur les rythmes balkaniques enflammés de Shantel et son Bukinova Club. Pendant ce temps là j’aurais pu aussi aller écouter Dorian Concept, BadBadNotGood, Sick Of It All ou encore Theo Parrish. Surprenant, non ?


22h30, la belgique accueille un autre génie, je veux parler de Madlib, producteur et Mc incontournable que ne l’on présente plus. Seul avec des platines cd et quelques machines, il se lance dans un set hiphop et des titres obscurs qui s’accrochent à votre cerveau comme une herbe californienne surpuissante. Même si j’avais tout de même préféré son set à la Bellevilloise de Paris, il y a quelques années, c’est tripant. Sur cette même scène, dont la programmation était signée par LeFto (en interview dans le prochain Star Wax n°32), déboule ensuite MachineDrum que je découvre pour la première fois en live. Très vite, je comprends que son nom est justifié. C’est une avalanche de rythmiques aussi géniales que variées et remuantes, encore un excellent moment. Il est 2h du matin et c’est le californien Gaslamp Killer qui prend la relève avec un live plein d’énergie composé de ses musiques de dingue qui séduisent un public réactif et toujours nombreux. En parlant de masse, la mienne est usée, je vais donc dormir.

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C’est maintenant dimanche à Dour et c’est encore un torrent de bonne musique qui nous attend : je vais me régaler tout d’abord avec King Khan and the Shrines sous le chapiteau au nom bucolique « La petite maison dans la prairie ». Le King et son groupe jouent une musique funk-rock-garage atypique et excellente, sorte de croisement entre James Brown et Screaming Jay Hawkins, tout ça fait bien plaisir à entendre et en bonus les Connan Mockassin viennent jouer avec eux . C’est un beau moment. La preuve avec cette nana criant : « C’était bonnnnnn » et prouvant encore une fois le pouvoir simple et orgasmique de la musique. Je me retrouve propulsé sous un autre chapiteau (avec beaucoup de monde) pour découvrir Joey Bada$$. Là encore, c’est fort plaisant ! Une voix, un flow, de bons beats, Bada$$ déchire. La nouvelle scène de rap new-yorkaise a de nouveaux prétendants. Malheureusement, celui qui devait être la « Big Bud » sur le gâteau n’est pas là à cause de Tyler The Creator. Tant pis, je vais me consoler et finir mon Dour avec les Buraka Som Systema qui électrisent les festivaliers toujours présents pendant un bon moment. Il est une heure du matin et je rejoins ma tente, mort de fatigue. Bien sûr j’aurais manqué des artistes, et pas des moindres : Foreign Beggars, A-Trak, Dengue Dengue Dengue ou encore Mr Oizo mais ici, impossible de tout absorber. Pour finir cette édition 2014 proposait pour la première fois, dans l’espace intitulé Le Terril, une battle de danse hiphop et une performance live de graffiti. Ci-dessous « Dour Express » par 2SHY, MILES, THEM, NOVA DEAD et TLH976 (photo par MathieuDrouet – ©)

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Sans pluie ou presque cette 26ème édition aura été encore une fois extraordinaire, pour les organisateurs également à l’exception d’un décès, malheureusement. C’est certes éprouvant mais ça en vaut le détour, certainement plus que le Tour de France ou la Coupe du Monde de football alors prenez soin de vous et à l’année prochaine Dour, mon amour.
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Texte et photos par Laurent Cachet / Croquis par Pierre Philippe.