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REPORT / DON JIGI FEST

REPORT / DON JIGI FEST

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Don Jigi Fest, c’est une histoire, celle qui propose de se réunir, de soutenir et de partager. Tels sont les fondements de cette association de jeunes de Vitré, en Ille-et-Vilaine. Forte de l’organisation d’un concert, dont les fonds ont été remis à diverses associations au Mali, Don Jigi Fest porte la générosité comme étendard. Au-delà de la notion pécuniaire, les bénévoles offrent, lors d’un festival annuel, quelque chose d’inestimable : le sens de l’accueil.

Quand tant de festivals et de bénévoles outrepassent parfois ce qui contribue à passer un bon moment de lâcher-prise – parce que quelques bénévoles auraient tendance à effacer de leur mémoire la réjouissance initiale à donner de son temps dans un contexte festif, puis d’oublier que rien ne les y obligent – de toute évidence, Don Jigi Fest représente un beau contrepied ! Pas moins de 350 bénévoles, pour le confort, la sécurité, et pour rassasier 4000 noctambules deux soirs durant ! Et avec le sourire et la bienveillance ! Nickel ! Bravo ! Merci !

Lors de son édition du 3 et 4 mai 2019, le festival breton a su faire preuve du bon accueil, nécessaire premier pas vers le bon esprit attendu.

Ce sens de la générosité ne s’arrête pas là : la programmation en est l’illustration : 19 artistes et groupes de rap, reggae et techno, sur deux scènes. Si pour certains se fut un formidable levier, avec la sélection Tremplin, pour d’autres une gageur de promouvoir son répertoire aux portes de la Bretagne, non loin de Rennes.

La mouvance électro et techno étant mon vecteur, je ne m’exprimerai pas sur les autres courants musicaux du festival. CJ Bolland, Octave One, Arnaud Rebotini sont les raisons de mes réjouissances à me rendre à cet événement.

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Concentré, imperturbable, fédérateur, précis sont les qualificatifs si l’on observe et écoute la partition jouée par CJ Bolland. La référence belge, déjà accueillie dans l’Ouest lors des Trans Musicales en 1996, a su emporter le public avec ses sonorités trance et acid techno. Classique, sans prise de risques. Agréable à entendre quoi que parfois daté, son mix a ravi les amateurs du genre, à voir les sourires exprimés.

Quant au duo from Detroit, Octave One, leur live a nécessité au préalable l’installation d’un nombre incalculable de séquenceurs, de boîtes à rythmes et synthétiseurs, configuration scénique d’une vingtaine de minutes, soit un exploit. À peine visibles derrière cet amoncellement de claviers, les musiciens s’affairent dans les compositions percussives, d’emblée reconnaissables : kicks, superpositions métalliques et indus, nappes hypnotiques, mélodies doucereuses et inquiétantes menées aux violons. Le tout chaloupé, dansant, doux euphémisme me diriez-vous.
Messieurs Lenny et Lawrence Burden, comparses et complices de la première heure de Kevin Saunderson, Jeff Mills et Derrick May ont proposé une heure trente d’un live parfois lent dans ses relances, le temps de se roder peut-être, mais qui donnait à entendre : absence de compromis, recherche, audace, soit une certaine maîtrise du live à quatre mains.

Quant au troisième artiste qui a suscité ma curiosité, j’en resterai à ses précédents talents sous le nom de Zend Avesta et Black Strobe. En effet Arnaud Rebotini m’a provoqué l’inverse de ce à quoi je pouvais m’attendre : de la gêne. Vous savez, cette sensation floue, entre honte pour la personne, déception, agacement. Ce fut la construction d’un live sans surprise, comme une même rengaine qui se répète sans cesse. Très rapidement, on se dit : « Bon, ok, j’ai pigé sa logique, sa partition… introduction progressive qui en devient poussive, kicks, long break, sons acid et hop le kick qui revient. Et cela recommence non-stop.» Même ritournelle qui, de plus, est truffée de références si identifiables que la sensation de gêne s’accentue : Planetary Assault Systems. Derrière se nom se trouve Luke Slater, pape de la techno industrielle, une sommité, un créatif hors pair qui s’illustre depuis le début des 80′s dans une techno exigeante, percussive, haletante, néanmoins incontournable. Que d’entendre une pâle copie de « The Drone Sector » sorti en 1998 avec les mêmes phrases, les mêmes effets acid, une durée sensiblement identique !!! Mais fade, calculé et mal fait, je n’en reviens pas ! Impossible de se mesurer à cette composition de Luke Slater ! La stupéfaction me gagne.

Et au bout d’une demi-heure, quand Daft Punk s’invite, du moins approximativement, avec un plagiat de « Rollin’ and Scratchin’ », la coupe est pleine !

La sensation de gêne est accentuée par un spectacle désopilant : le tomber de veste calculé, et surtout n’avoir aucun rythme dans la peau à ce point ne facilite pas la désormais laborieuse recherche de plaisir. Peut-être que la cadence des enchaînements de dates, palpable depuis sa reconnaissance par un César pour la BO du film « 120 Battements par Minute » l’obligerait à une… négligence ? Peut-être qu’une retraite en studio serait une bonne idée, par respect pour le public. C’est en tout cas l’ordonnance qu’il devrait méditer.


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DON JIGI FEST ET LE VINYLE
Merci à Don Jigi Fest de mettre en valeur trois courants musicaux, fervents pourfendeurs du vinyle, matière première dont Starwax Magazine use dans son édito depuis bientôt 13 années !

Don Jigi Fest, soit une messe pour forger ses opinions en reggae, rap/hip-hop et techno, avec le gage d’un bon accueil.
Au fait, que signifie Don Jigi Fest ?
Il s’agit de « La danse de l’espoir » en mandingue.
Une histoire à suivre en 2020 donc !

Par Ambidextre