Starwax magazine

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DJEBALI INTERVIEW

DJEBALI INTERVIEW

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Ici, c’est Paris. Ce slogan, le producteur house Djebali pourrait bien le reprendre à son compte tant son attachement à la scène de la capitale est fort. Il faut dire qu’il y met un peu du sien pour que ça tourne et que ça sonne. Résident au Rex Club, il partage régulièrement les DJ Booth avec la clique de Freak n’ Chic (Dan Ghenacia, Dyed Soundorom, Shonky) et depuis 2011, il gère son propre label : (djebali). Sa première compilation « Ideal Juice » vient de sortir et retrace, en dix plages, les gros titres de sa jeune carrière. L’occasion de regarder le chemin parcouru mais aussi de commencer à tendre la main à la relève qui frappe à la porte de la cabine.


Comment se fait ton introduction à la musique électronique ? Directement par la house ?
J’ai commencé à mixer avec des sons plutôt soul-funk mais très rapidement je suis passé à la house… À l’époque, sur Radio Nova, j’écoutais des émissions avec des Djs comme Cyril K, Ivan Smagghe ou encore Dan Ghenacia… Après chaque émission, j’essayais de retrouver les vinyles en shop !

Tu étais plus club ou bien rave dans tes sorties ?
Club ! Les raves étaient déjà moins présentes quand j’ai commencé à sortir, et la plupart étaient connotées hardtek.

Tu as grandi à l’époque où la « French Touch » battait son plein. Que retiens-tu de cette époque ?
Je pense que je ne me rendais pas vraiment compte : il y avait beaucoup de musique, plein de labels très intéressants et je le vivais au jour le jour. C’est lorsqu’il y a eu une période creuse que je me suis rendu compte du travail fourni par tous les acteurs de la scène, les Djs mais aussi les organisateurs, associations, label managers, etc.

Est-ce que l’expression « French Touch » a encore un sens pour toi ?
Je l’entends encore souvent lorsque je me rends à l’étranger, les gens me parle d’une certaine « élégance à la française » dans la production. Mais personnellement, je ne le ressens pas trop : il y avait par exemple, avant, un son caractéristique de Detroit ou Chicago venant du fait que des mecs se réunissaient, partageaient ensemble et créaient une entité sur la scène locale, mais aujourd’hui, tout le monde fait la musique qui lui plait et ce n’importe où dans le monde.

Les raves reviennent en force à Paris, la presse musicale en parle beaucoup. La club culture, pourtant de plus en plus riche niveau offre, a-t-elle besoin d’être bousculée, de revenir à quelque chose de plus « free » ?
Je ne pense pas, il y a forcément des attentes différentes si tu vas en club ou en rave. Les clubs proposent des choses impossibles en rave et vice-versa. Pour moi les deux ont leur place et sont indispensables aujourd’hui.

On parle beaucoup de la scène techno parisienne depuis quelques temps déjà, peut-être moins de la scène house de la capitale. Pourquoi ?
À vrai dire, je ne sais pas trop… La musique techno a toujours été une scène plus importante à toutes les époques… Elle touche certainement plus de monde. Mais la musique est cyclique et on peut dire que la scène house ne se porte pas trop mal.

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Quand on te lit, on te sent très enthousiaste sur l’essor de la nightlife parisienne, soutenue en effet avec de nouvelles salles, de gros festivals. Qu’est-ce qui a changé depuis tes débuts ?
Tout simplement l’intérêt du public et des gens en général vis-à-vis de cette musique ! Durant la période creuse il était difficile de remplir un club de musique électronique. Très peu de Djs internationaux venaient à Paris et il fallait attendre parfois plusieurs semaines avant de voir quelque chose d’intéressant se passer à Paris. Aujourd’hui, tous les week-ends, tu te demandes quelle soirée tu vas choisir ! Il se passe tellement de choses intéressantes à Paris. Il y a de plus en plus de collectifs qui se regroupent, pas seulement des Djs mais aussi des producteurs, labels, graphistes, mappeurs 3D, etc. La presse en parle, les non-initiés s’y intéressent ! C’est tout ça qui enrichit la scène parisienne et la pousse de plus en plus loin. Il y a de tout aujourd’hui : des événements improvisés dans des petits endroits, et aussi de gros rendez-vous comme le Weather Festival où j’ai la chance de jouer cette année.

Si tu avais la possibilité de bouger dans une autre ville pour continuer à exercer ton métier de producteur/ Dj, où irais-tu t’installer et pourquoi ?
Il y a beaucoup de villes qui me plaisent mais pour être honnête, je me sens vraiment bien à Paris. J’y ai récemment réinstallé mon studio et du coup, je ne me vois plus bouger d’ici pour le moment ! Mais si je devais vraiment choisir, je partirais pour une ville du Sud, sous le soleil !

On te sait producteur, Dj, patron du label (djebali) et de ses nombreux sous-labels : oublions-nous d’autres facettes de ton implication musicale ?
Tout est dit ! J’essaie déjà de faire tout ça du mieux que je peux, et ça me prend tout mon temps ! J’ai aussi ma résidence au Rex Club qui se déroule environ une fois tous les deux mois. On vient de faire la dernière d’ailleurs avec The Mole et Tuccillo qui s’est super bien passée. Rendez-vous le 13 août pour la prochaine date ! Le label me prend beaucoup de temps également, entre sortir mes projets solo comme le (djebali 10) – qui vient d’arriver en boutique – la série de remixes à gérer avec dernièrement des remixes d’Alci, Cab Drivers, ou encore Mandar et les nouvelles découvertes… C’est une activité de tous les instants !

Tu as lancé, il y a peu, une sous-division à ton label : (djebali) presents. Qu’est-ce qui motive à aller signer de jeunes artistes, très peu connus ? Que souhaites-tu leur apporter ?
J’ai la chance d’être suivi sur les sorties (djebali), je me suis dit que c’était donc intéressant d’en faire profiter des jeunes artistes plutôt que de faire un énième label avec les même artistes que l’on a l’habitude d’entendre. Et puis je voulais faire quelque chose de spécial : je sais que lorsque l’on débute la production, le plus compliqué est de se créer un réseau… C’est pourquoi chaque artiste qui signe un Ep sur (djebali) presents, doit impérativement faire un remix pour l’artiste suivant : c’est le deal. Du coup ils se mettent en relation et peuvent, par la suite, retravailler ensemble ! Le prochain artiste est un producteur russe qui s’appelle Swoy ! Il y aura trois tracks deep et un remix de Rhythm&Soul de folie.

Peux-tu nous parler de ta compilation récemment sortie : « Ideal Juice » (du nom de la première sortie (juin 2011) sur la série de ton label (Djebali) mais aussi celui de ta résidence au Rex). Ses dix morceaux retracent les tracks importants de ta jeune carrière. C’est le meilleur moyen pour découvrir ton travail ?
C’est sûrement le plus simple (disponible en Cd, plateformes de téléchargement légal et certaines plateformes de streaming). Pour les curieux, l’essentiel de mon travail est uniquement disponible sur vinyle ! Je fais également pas mal de remixes (vinyle only ou non) sur d’autres labels. On peut dire que la compilation est un panorama de certaines de mes sorties depuis 2011 !


En musique électronique, écoutes-tu d’autres courants ? Par exemple, donne-nous le nom d’un artiste ou ton track préféré dans un style autre que la house ou la techno ?
Quand j’étais plus jeune, j’écoutais beaucoup de rap français mais aussi énormément de funk et de soul… Je suis notamment fan de Kery James !

Qu’est-ce qui te plait le plus, et qu’est-ce qui te gave le plus dans ta vie de Dj ?
Ce que j’aime le plus, c’est voyager, rencontrer de nouvelles personnes, de nouvelles cultures, de nouveaux pays… Et, bien sûr, partager avec ceux que je rencontre ! Le plus embêtant, c’est évidemment le manque de temps avec ma famille et mes amis… la semaine je suis enfermé dans mon studio et le week-end je mixe ! Il faut donc essayer de trouver un équilibre qui n’est pas toujours très évident…

D’où vient ton attachement au vinyle ? N’est-ce pas juste un côté nostalgique voire romantique de la musique club d’une certaine époque ?
Non je ne pense pas, quand j’ai commencé à mixer, je n’avais pas le choix : pour être Dj, il fallait savoir mixer sur vinyle. C’était beaucoup plus contraignant de mixer sur Cd à cette époque-là, et les platines Cd ce n’était vraiment pas ça ! Puis, il y a eu une grosse crise du vinyle avec l’apparition des systèmes informatiques, Mp3 et Usb… Mais l’acétate n’est pas mort et on peut même voir qu’il est en train de vivre une seconde jeunesse. Les boutiques de disques à Paris comme Syncrophone sont pleines à craquer et c’est beau à voir !

Pourtant, les vinyles (au-delà du retour sur les platines, à la maison) ont largement disparu des sets ? Qu’est-ce qui te motive à en sortir ?
Je n’arrêterai jamais de faire et de mixer sur vinyle, j’adore simplement l’objet et lorsqu’un artiste sort un Ep et le sort au format vinyle, je peux t’assurer que pour lui, c’est une autre sensation que de l’avoir juste comme un simple fichier sur son ordinateur ! Jouer son propre disque sur une platine, c’est un moment magique ! Ensuite c’est vrai que, question pratique, quand tu te déplaces beaucoup et que dans les clubs où tu joues les platines fonctionnent mal, c’est démotivant d’en ramener ! Mais heureusement, de plus en plus de clubs se remettent à régler leur système son en fonction du vinyle.

A quand la Boiler Room de Djebali ?
Peut-être bientôt, qui sait… En attendant, j’ai récemment fait le Mixmag Lab à Londres qu’on peut retrouver ci-dessous. C’était une superbe expérience. Elle se passe dans leur bureau à Londres, le vendredi en fin de journée : tout le monde s’arrête de bosser et l’ambiance s’apparente à une vraie pre-party !


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Interview par Damien Baumal