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DJ LOW CUT INTERVIEW

DJ LOW CUT INTERVIEW

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Dj Low Cut est passé du skate au scratch puis au beatmaking. Depuis dix ans, en toute liberté il multiplie les sorties sur Rugged Records, son propre label. Alors que parait « Dead End », son deuxième album où figurent de nombreux rappeurs américains, nous avons voulu en savoir davantage sur cet homme discret. Un passionné de hip-hop qui ne manque ni de projets, ni d’idées. Et cerise sur le gâteau Dj Low Cut offre cinq vinyles et cinq Cds de « Dead End ». Il suffit d’envoyer un e mail à : info@starwaxmag.com avec tes coordonnées et le nom de son label en objet. Easy !!!!

Quand es-tu devenu accro au Djing et au beatmaking ?
J’ai eu ma première paire de platines vers mes 16 ans. Mais c’est 10 ans plus tard que je me suis mis vraiment à la production. Lors de mes premiers travaux, je m’amusais à bidouiller des beats avec un vieux synthé. C’est vraiment le scratch qui m’a accroché en premier. C’est en regardant les vidéos des Beastie Boys avec Mix Master Mike que j’ai pris une claque. Puis j’ai découvert la scène scratch avec Q-Bert, les Beat Junkies et The X-Ecutioners… Avant ça, j’étais à fond dans le skate mais je me suis calmé suite à des blessures. Je me suis rendu compte qu’il y avait une similitude avec le scratch, dans le sens où tu es obligé de répéter les tricks à l’infini avant de vraiment être à l’aise. Et puis avec le scratch tu ne te blesses pas, quoique…
Je crois que ce sont les beats de « Only Built 4 Cuban Linx » de Raekwon et des mecs comme Dj Shadow qui ont été le déclic pour la production.

Ta première mix-tape date de 2007. Combien en as-tu fait et continues-tu à en produire ?
J’ai fait dix mix-tapes. La première « Prison », puis deux séries en parallèle « Rugged Soundz » (Part.1, 2, 3, 4) qui était une sélection de sons US rugueux et « LeBanlieuzart.com Mix » (Part.1, 2, 3, 4) qui regroupait les sorties du moment. Toujours en rap US, en association avec le site LeBanlieuzart.com comme vous vous en doutez. J’ai aussi fait une mix-tape spécial Sean Price qui était destinée à faire la promo d’une de ses dates à Paris et où je faisais la première partie. Elle à eu pas mal de succès. En tout cas plus que ce que j’aurais imaginé pour un mix de promotion. Au même moment, j’ai sorti plusieurs projets avec mon crew de rap français K.O. (2007-2011), avec lequel je mixais et produisais. Mais lorsque je me suis concentré sur « NY Minute » et « In The Cut » avec Nutso, je n’ai plus eu de temps à consacrer aux platines, excepté pour des refrains scratchés. D’une manière générale, je sors des mix-tapes entre deux projets.

Quand et comment est apparu le déclic qui t’a amené à collaborer avec des rappeurs US ?
J’ai toujours voulu bosser avec des rappeurs américains. Je bloque sur le rap US depuis le début avec Cypress Hill, le Wu-Tang, Les Beastie Boys… En bossant mes productions, j’ai pris confiance au fur et à mesure. À un moment, je me suis dit qu’elles étaient au niveau de ce qui sortait et, logiquement, j’ai commencé à contacter des rappeurs US via les réseaux sociaux. Notamment Smiley The Ghetto Child. Myspace au début, puis Facebook m’ont vraiment permis d’établir des collaborations mais j’avais besoin de vivre le truc, d’être en studio avec les rappeurs, échanger… C’est pour ça que je suis parti habiter deux mois à Brooklyn, en 2011, pour réaliser « NY Minute ».



Maintenant tu vas fréquemment à Nyc. As-tu de bons spots à conseiller à nos lecteurs ?
Ca va très vite à Ny. Certains magasins de vinyles, de sneakers ou autres apparaissent et disparaissent très vite. Donc je vais rester dans le classique, avec l’indétrônable « A1 Record Shop » sur la 6ème, « The Thing » à Greenpoint pour le vinyl et « Flight Club » sur Broadway pour les sneakers. Ces deux dernières enseignes sont des curiosités. C’est énorme : je n’avais jamais vu autant de vinyles ou de sneakers dans un même lieu. Pour les concerts, depuis quelques temps, le « Knitting Factory » propose beaucoup de shows hip-hop. Pour le graf, même si je ne suis pas un spécialiste, je conseille « The Bushwick Collective ». Il a retourné une partie de Bushwick avec plein de fresques assez dingues.

Et Detroit, connais-tu ?
Je n’y suis jamais allé mais on en parle souvent avec Eric D qui a réalisé la majorité de mes clips. C’est vraiment un endroit ou on aimerait shooter. On est tous les deux passionnés d’Urbex. Et avec seulement un tiers de la population qui est resté dans la ville, il y a un nombre incalculable de spots désaffectés. J’irai peut-être à l’avenir, mais rien de planifié pour l’instant.

Les rappeurs français, c’est fini ?
Non. Avec mon crew K.O. j’ai rencontré Sëar Lui-Même. On a bossé sur une petite dizaine de titres qui devraient sortir prochainement. J’ai aussi bossé avec Paco sur son album « Paco Errant ». Il a aussi enregistré chez moi une grosse partie de son premier projet avec Mani Deïz. J’ai enregistré beaucoup de monde chez-moi. Mais dernièrement j’étais concentré sur mes projets US. Si je n’ai pas travaillé plus avec des rappeurs français, c’est par manque de temps.

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Souhaitais-tu faire quelque chose de différent entre ton album « NY Minute » en 2012 et « Dead End » en 2017 ?
Je ne voulais pas faire quelque chose de différent mais quelque chose de mieux. J’ai peaufiné la prod, j’ai voulu enrichir les beats le plus possible sans que ce soit surchargé. « Dead End » est clairement dans la continuité de « NY Minute ». D’ailleurs il y a encore quelques interludes qui parlent de Nyc.

Peux-tu nous expliquer le concept derrière l’album « Dead End » ? Est-il composé principalement de samples ?
« Dead End » aurait pu s’appeler « NY Minute 2 ». Je l’ai appelé « Dead End », comme cul-de-sac ou impasse en français, car j’ai désormais besoin de faire autre chose que des compilations de rappeurs. Je vais plus me concentrer sur l’abstract hip-hop/instrumental. Je ne peux pas dire que j’ai fait le tour. Des mecs comme Premier, Pete Rock, ou Alchemist le font depuis presque 30 ans et sont toujours aussi efficaces. C’est plus une question d’envie, de renouvellement. Effectivement, je ne fait quasi que sampler mais chut… Plus sérieusement, excepté les lignes de basses que j’ai fait rejouer, tout le reste est samplé. Il y a un piano ou quelques cordes arrangées, mais ça reste minime.

De quoi est composé ton home studio ? Et qui a réalisé le mix, le mastering et le cutting ?
J’ai une MPC2500, un Micro Korg, le MSR2000R d’un pote qu’il a oublié chez moi depuis deux ou trois ans (rires), le logiciel Pro Tools plus des platines Technics MK2 et une Rane Sixty-Two pour le mix. J’ai acheté aussi Maschine récemment, mais je ne l’avais pas lors de la création de « Dead End ». J’ai fais le mix de l’album. Je suis ingénieur du son de formation, ça aide. Le mastering a été fait par David Hachour de Color Sound et le cutting a été fait à l’usine de pressage.

Tu as travaillé avec de nombreux rappeurs. Y a-t-il un moment qui t’as particulièrement marqué ?
La plupart je les ai rencontrés physiquement, lors de l’enregistrement où plus tard à des concerts. J’ai été honoré de travailler avec Masta Ace. On s’est croisé quelques fois ensuite. J’avais du mal à réaliser, notamment lorsque je lui ai fait écouter le mix du morceau, dans le studio de mon pote Ben (Shelter Island Sound) à Nyc. Je me suis super bien entendu avec Nutso et sa team. C’est pour cela que nous avons fait « In The Cut » Ep ensemble, en 2013. Plus récemment, j’ai bien sympathisé avec Napoleon da Legend. Mais un de mes meilleurs souvenirs reste le jour où j’ai fait écouter des prod à Action Bronson, en 2011 lors du barbecue Lo Life. C’était fou, il y avait au moins un rappeur au mètre carré. On s’est recroisé par la suite, mais hélas on n’a jamais pu travailler ensemble.

Aujourd’hui beaucoup d’artistes rebondissent en sortant un album de remixes quelques mois après l’album original ! En as-tu eu l’idée ?
Je l’ai fait pour « NY Minute » avec « France’s Finest NY Minute Remix », mais le concept du remix me parle de moins en moins. Je ne le referai pas.

Tu sembles beaucoup aimer le scratch…
Oui. La moitié des scratchs présents sur « Dead End » sont de moi. Le reste est réalisé par Nix’on. C’était également le cas sur « NY Minute » et « In The Cut ». Je voulais que Nix’on fasse tous les scratchs de « Dead End », mais avec sa tournée avec Al’Tarba, et le nombre de morceaux à faire, j’ai du m’y coller aussi.

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Tu es proche de Dj Djaz et Dj Brans. Les featurings et certains sons me font penser à Effiscienz Records.
Qu’en dis-tu ? Et qu’est ce qui différencie ton label ?

La team Effiscienz et moi, nous nous sommes rencontrés à Nyc, en 2011. Sauf Eric D, qui est un proche depuis plus de quinze ans. Il me parlait tout le temps d’eux et il a fallu que j’aille à Nyc pour les rencontrer (rires). On a partagé des séances studio, fait des clips ensemble, échangé des contacts de rappeurs, etc. À l’époque tout le monde pensait que je faisais partie de leur team. Et encore maintenant on me le demande. J’ai un profond respect pour leur taf et c’est sûr que, de par la nature de notre son, nos origines parisiennes et le timing des sorties, nous avons beaucoup de similitudes. À contrario d’Effiscienz, je suis seul à gérer ma barque. Ce qui réduit le nombre de sorties. Mais mon label, Rugged Records est plus un label de cœur qu’une vraie volonté affichée de sortir des projets régulièrement. Je l’ai d’ailleurs créé uniquement pour pouvoir sortir « NY Minute » en indépendant au début. Puis j’ai eu l’opportunité de sortir les projets d’Ugly Tony & Phil Da Agony « Antagonysm » en 2014 et le « Time To Shine » de Dj Duke en 2015.

Pour défendre en live un album de producteur avec divers rappeurs, comment fais-tu ?
Pour l’instant mon set up reste les platines. Je joue mes sons avec les samples d’origine ou je fais des édits différents de ceux de l’album. À terme, j’aimerais proposer un live avec Maschine, Ableton et mes platines. Je travaille déjà dessus. Pour l’instant, je recompose des morceaux à partir de plusieurs titres différents, qui restent dans les mêmes gammes. Ca donne des sons qui se suffisent à eux- même, avec des constructions plus typées électro : intro, développement, break, montée…

Sinon que penses-tu du centre culturel de hip-hop La Place ?
J’y ai fait une formation sur Maschine justement, grâce à Blakesmith. C’est un super spot, On a beaucoup de chance d’avoir un lieu comme ça dédié au hip-hop, avec une salle de concert, des studios… Il y a une vraie vie dans ce lieu. Les gens se croisent. Ça crée des connexions, c’est bon pour le mouvement.

Pour finir, quels sont tes projets ?
Je bosse sur mon live et je prépare aussi un triptyque composé de 45 tours dans l’esprit abstract hip-hop, sans rappeurs ou peut être juste sur un ou deux morceaux. Il n’y a aucune date de sortie fixée, je suis au début du projet. Et je continue à faire des beats pour quelques rappeurs, pour leur projets.

Par Cosh…