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DIRK NIEPOORT / INTERVIEW

DIRK NIEPOORT / INTERVIEW

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Le Portugal vit une success-story grâce à ses vins. Outre le porto internationalement apprécié, de nombreux vins secs sont apparus à partir des années 90. Dirk Niepoort, installé dans la région du douro, a généreusement contribué à cette évolution. Plus qu’un simple vigneron, il est devenu wine designer. Et en 2020, il lancera Fiesta de la Floracion, à Quinta de Nápoles, un événement dédié au vin et à la musique. Entretien à l’occasion du Star Wax Spécial Lisboa. English version, click here.


Votre famille est viticole depuis 1842. Quand est-elle arrivée au Portugal ?
Je ne sais pas exactement… Je pense que ma famille est venue pour développer une activité autour du bacalhau (la morue, ndlr) ou du textile. La famille Niepoort a débuté son activité viticole à Porto en 1842. Après 135 ans d’activité, en 1987, elle a commencé à produire des vins à partir de ses propres raisins, à la suite de l’acquisition de Quinta de Nápoles. C’est un domaine de 62 hectares dans la région du Douro. La fonction de cave, une étape cruciale, a été développée par la famille Nogueira à partir de 1863.

Avez-vous toujours vécu au Portugal ?
Je suis né à Porto et j’ai toujours vécu à Porto, sauf pendant trois ans, quand je suis parti étudier en Suisse.

Vous êtes aussi un artiste, vous avez créé de nouveaux vins pendant les années 80…
Oui, c’est vrai que longtemps, la principale priorité dans le Douro était de produire du porto. Il y avait Barca Velha et Quinta do Cotto ou encore João Nicolau de Almeida et son père, mais très peu de viticulteurs pour créer des vins secs. J’ai lancé et développé des vins de ce genre. Aujourd’hui, cette activité est presque aussi importante que celle du porto. Même si les ventes de porto sont croissantes chez nous depuis 30 ans, les vins Niepoort représentent 75% de notre chiffre d´affaire.



Pourquoi Rajat Parr dit que vous avez changé le paysage au Portugal ?
Je ne savais pas que Rajat Parr avait cette opinion de moi. Oui, apparemment j’ai activement participé à un renouveau des vins portugais. J’ai réussi à proposer des vins plus fins et plus élégants. Je suis surtout l’un des premiers à avoir fait de vins rouges et des vins blancs dans le Douro.

Utilisez-vous encore des méthodes anciennes et organiques ou est-ce dépassé ?
J’essaye beaucoup d’apprendre des “vieux”. Paradoxalement, j’essaye de proposer des vins nouveaux mais toujours avec des méthodes inspirées d’un savoir-faire ancien. Par exemple, 70% des raisins sont encore foulés pieds nus. Notre philosophie est très traditionnelle. C’est aussi la simplicité, préférable à la complexité, donc il y a très peu d’interventions dans la vinification. Nous cherchons la pureté et l’expression naturelle des terroirs. Nous privilégions un procédé organique et la biodynamie.

Selon vous, quelle est la cuvée Niepoort emblématique ?
Incontestablement le meilleur vin de ma vie est le Vintage Port 2017. Sinon le vin plus emblématique du Douro peut être le Charme. Et le vin le plus exemplaire est, selon moi, le Redoma. Enfin le vin rouge le plus fin est le Poeirinho de Bairrada.

Justement, quelle est la particularité des vins de Bairrada ?
Pour la majorité des Portugais, les vins de Bairrada sont médiocres. En revanche quand ils sont bons, ils sont très bons. En venant sur ces terres, je voulais faire quelque chose de différent. Ce défi a abouti à quelque chose de typiquement bairradino, mais avec une âme Niepoort. Nous avons réussi à produire des vins entre 11 et 12 degrés. Ce sont des vins très particuliers, avec beaucoup de personnalité. J’aime les vins acides et légers. Ils sont élégants et leur finesse a donné des idées aux viticoles portugais. Le résultat de nos vins est une symbiose entre le terrain calcaire de qualité et le cépage Baga. Et nous produisons aussi des blancs tels que le Maria Gomes et le Bical. Nous avons fait des dégustations à l’aveugle avec des journalistes experts en vin et même notre cuvée de 2014, qui fut pourtant une année difficile, a été très bien appréciée. Notre travail est en train de rendre tendance la région de Bairrada.

Avez-vous des habitudes à Lisbonne ?
Lisbonne est l’une des plus jolies villes d’Europe, avec des bâtisses incroyables, mais cette ville est surtout belle grâce à sa lumière. Malheureusement je n’y vais pas si souvent que ça.

702_dirkniepoort_itw02 Dirk Niepoort et Pierre Aderne (Rua Das Pretas), à Lisbonne.

Quand et comment avez-vous rencontré Pierre Aderne ?
Un jour, Pierre est venu nous rendre visite à Quinta de Nápoles. Il y a longtemps maintenant, il y a peut être 15 ans. Et grâce à la semaine passée ensemble avec ses musiciens à New York, en janvier 2018, le temps d’un enregistrement en studio, nous avons noué des liens d’amitié. Pendant que les musiciens travaillaient, je faisais la cuisine et le sommelier, c’était merveilleux. J’ai aussi eu le rôle de psychologue-manageur, ça a influencé leur créativité. Ca reste un souvenir mémorable.

Vous préparez un festival pour mai 2020 ?
Oui, c’est la continuation d’un festival créé il y a quatre ans par le Domaine Comando G, dans la région de Sierra de Gredos. Ça s’appelle Fiesta de la Floración. Selon ce modèle, le 11 mai 2020, nous allons faire cette fête à Quinta de Nápoles. C’est une collaboration entre Comando G & Niepoort, avec une trentaine de producteurs du monde entier puis des lives.

Sinon écoutez-vous des vinyles ?
Oui, mais pour le moment ma platine est en panne. Et comme je suis souvent en déplacement…

Y a-t-il un album que vous écoutez régulièrement ?
Oui, ceux des Rolling Stones.

Pour finir, où pouvons-nous trouver vos vins en France ?
Chez Antic Wine à Lyon ou chez Valade & Transandine, à Tresses en Gironde (nous avons également trouvé du porto de Niepoort chez Portologia ou chez Nicolas à Paris, ndlr)

Par Juan Marcos Aubert