Starwax magazine

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DEGIHEUGI INTERVIEW

DEGIHEUGI INTERVIEW

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Degiheugi est reconnu par ton disque dur si tu t’intéresses aux beatmakers hip-hop français. Talentueux et productif, en avril 2021 il sort “Foreglow”, son huitième album. en digger repenti, toujours adepte du sampling, il enregistre de plus en plus sa propre matière. Musicien à part entière, il érige la composition en art ludique et évite les préjudices liés aux copyrights. Son artisanat est en passe de devenir une industrie du recyclage respectueuse de l’environnement.

Tu es de Laval, une ville peu connue pour sa scène musicale. Comment es-tu tombé dans le beatmaking il y a 20 ans ?
Je suis né à Saint-Malo en Bretagne, je ne suis arrivé à Laval qu’à l’âge de 23 ans. À Saint-Malo, on avait un groupe de rap avec des potes. J’étais Dj dans ce groupe et je rappais également. C’était vers 1998. A cette époque, c’était assez naturel que ce soit le Dj qui se colle à la production des instrus. C’est venu un peu comme ça. On ne voulait plus rapper sur des faces b, alors j’ai commencé à chercher comment faire des beats. J’ai vite compris comment faire, et puis j’y prenais encore plus de plaisir que de mixer, scratcher ou rapper, et surtout j’y arrivais mieux ! J’étais pas un Dj hyper technique et je n’avais pas le charisme pour être un bon rappeur (rires). Peu à peu, je me suis entièrement consacré au beatmaking, même si on appelait pas encore ça comme ça à l’époque.

A quel moment as-tu su que beatmaker-producteur allait être ton métier ?
Jamais ! Même encore aujourd’hui je ne le vois pas comme un métier. Plutôt une passion qui me prend beaucoup de temps et une grosse partie de ma vie, mais pas un métier. J’ai toujours eu peur que si je le considérais comme un métier, ma part de liberté créative en pâtisse. C’est pas pareil quand tu produis pour le plaisir que quand tu le fais pour remplir le frigo. T’as toujours le risque de faire des trucs “pour que ça marche” et plus vraiment parce que c’est ce que tu as envie de faire. Tu vois ? C’est pour ça que j’ai toujours essayé de garder un job à côté. Alors les deux sont durs à gérer, y’a un côté un peu schizophrénique, surtout quand tu joues sur scène… Le bureau la semaine, le soir le beatmaking et le week-end en tournée… Mais je trouve mon équilibre créatif comme ça.

Laval est à côté de Rennes, tu sembles donc proche d’artistes Rennais. Peux-tu nous parler ?
Tu sais, j’ai grandi à Saint-Malo, et plus jeune, si tu voulais choper des vinyles, les dernières baskets, ou voir des concerts, le plus près c’était Rennes. Donc ça a toujours été une ville proche du cœur pour moi, même si elle me vidait les poches à chaque fois que j’y allais ! Donc déjà à cette époque, pas mal de connexions s’étaient faites, tu croisais pas mal de monde au bac à vinyles hip-hop… Mon pote Skap’1 aussi est très proche de la scène hip-hop rennaise, et connaît bien ceux qui l’ont fait naître, la plupart des feat. d’artistes rennais que j’ai fait, le sont grâce à lui. Même si c’est une grande ville, le monde de la musique reste un microcosme où tout le monde entend parler de tout le monde et les connexions peuvent se faire rapidement.

Achètes-tu encore des vinyles ?
J’en achète beaucoup moins qu’avant ! J’en ai revendu pas mal aussi. J’ai beaucoup de rap US entre 1996 et 2006 car c’est vraiment à ce moment que j’achetais des tonnes de vinyles. Après quand je suis passé à la production, j’ai forcément acheté beaucoup de vieux vinyles, j’achetais souvent par lots… Avec la part de déception que ça comporte… Tu te retrouves avec des paquets de 45 tours qui craquent et des vieux titres de bal musette un peu dégueulasse, mais dans le lot t’as souvent une pépite ! C’est surtout ceux-là que j’ai revendus, les disques de bal musette et non les pépites (rires). Mais c’est aussi en faisant ça que j’ai commencé à sampler des vieilles musiques françaises, quand tous les autres samplaient de la soul des Usa des 70’s. Parce qu’au final, je n’avais que ça sous la main… Finalement, ça a créé une partie de mon style. Dans ma collection je pense avoir peut-être 2000 vinyles, je ne sais pas, j’ai jamais compté à vrai dire ! Aujourd’hui j’achète moins frénétiquement. J’achète les vinyles des potes producteurs, rappeurs ou musiciens pour soutenir les projets, tout le temps, même si souvent ils me les offrent, j’en achète quand même un à côté. J’achète aussi beaucoup de musique sud-américaine, africaine, latine, toujours un peu de rap Us. En bref, ce que j’aime écouter au quotidien. Pour les samples, j’achète toujours du vinyle aussi, mais je le fais différemment. Je trouve le sample sur Internet, j’essaie, et si ça marche, j’achète le vinyle, je re sample, et refais le titre. Je t’avoue qu’avant j’achetais des vinyles à 1, 2 ou 5 euros… Maintenant avec la mode et la spéculation Discogs, t’es obligé d’acheter différemment car les prix ça devient n’importe quoi…

En parlant de Discogs, n’est-ce pas exagéré la spéculation de ton Lp “Vertigo”, de 2020, produit pour Mc Skap’1 ?
Je n’avais pas vu pour « Vertigo » ! (il check sur son tel, ndlr). C’est n’importe quoi ! Comme je viens de te le dire, ce retour en force du vinyle a des bons et des mauvais côtés. Le bon c’est que de nouveau, on peut presser des vinyles et les vendre. Pour des passionnés de cires comme nous, c’est génial car on peut enfin avoir nos albums sur notre support préféré ! Le mauvais côté c’est ça… Tu vois « Vertigo », on a fait 100 exemplaires… c’était vraiment histoire de le presser un peu égoïstement pour nous, et faire plaisir à 2-3 passionnés. Et tu le retrouves dédicacé à 200 balles sur Discogs… T’imagines ? le gars a le culot de taxer une dédicace en mode fan, tout ça pour le revendre encore plus cher deux jours après… Et en plus ce con va se faire plus de bénef sur un vinyle que nous sur 100 vinyles vendus. C’est un peu à l’image du monde aujourd’hui. Tout n’est question que d’argent, bénéfice, recette, plus-value… même sur la musique que tu souhaites partager aux gens. C’est finalement un peu triste… Je vais te dire, c’est cette spéculation qui m’a poussé à lancer des Repress de tous mes disques avec X-ray. On va inonder le marché, ça va calmer les “Discogs-traders” car tout va revenir à prix normal. Je viens d’envoyer la capture d’écran de Discogs à Skap’1, il me répond : “Non mais sérieux, le prix moyen à 82 euros, c’est nimp’, si je poste le best of vidéo de nos enregistrements les mecs voudront pas miser 82 cents sur le machin…”. Ca va, ça va le fait ! (rires)

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Nous dirais-tu le sample vocal de ton titre “ Le Travail Inutile ” qui est dans l’une des playlists mensuelles SoundCloud de Star Wax. Est-ce la même voix sur “Favela” que pour “Foreglow” ?
Le sample de voix, c’est une interview d’Edith Piaf. Le morceau s’est littéralement construit autour. J’avais un message à faire passer, et j’ai cherché le sample de voix qui exprimait parfaitement ce que je voulais dire. Après j’ai cherché à faire un joli contraste entre ce message et le côté plus joyeux du sample musical. Et non, ce n’est pas la même voix que dans “Favela”. Dans “Favela”, c’est une interview d’une bonne sœur partie en mission humanitaire au Brésil dans les années 60. J’ai trouvé cette femme formidable dans ce reportage un peu hors du temps. Je m’étais toujours dit que je voudrais l’insérer dans un titre. Quand j’ai commencé à composer “Favela”, je me suis dit: “Voilà, c’est ce titre !”

Tu as aussi trouvé un sample vocal bien original et adéquate pour l’intro de “Foreglow”…
Figure-toi que ce n’est pas un sample. J’ai écrit le texte, et j’ai contacté un ami qui fait beaucoup de bandes-son de pub, Voix-off, etc. Je lui ai demandé s’il ne connaissait pas quelqu’un qui avait une voix bien grave, un peu comme dans les teasing de films… Il m’a dit : “Oui j’ai le gars qu’il te faut !”. On a enregistré et j’ai ensuite bossé les voix comme un sample.

Que représente pour toi le titre de l’album “Foreglow”, veux-tu dire que ce n’est pas encore l’album de la consécration ?
Tu sais, je crois que si un jour je fais l’album de la consécration, je ne m’en rendrais pas compte de sitôt ! Mais si c’est celui-ci, écoute, je ne suis pas contre (rires). Ce titre, c’est plutôt pour exprimer le sentiment de plénitude et de réflexion sur soi ou sa vie, que tu peux avoir quand tu es seul, le matin, et que le soleil commence à se lever. Tout est calme, silencieux, mais super éphémère. Je fais un peu de photo, et c’est ce moment que je préfère pour shooter, les lumières sont magiques, et j’aime me poser, seul, devant un beau paysage et attendre ce moment précieux où tout est parfait. Mais ça ne dure que quelques minutes, c’est super éphémère. Rapidement le jour se lève complètement et le tumulte de la vie quotidienne reprend ses droits. Je trouvais que ce sentiment reflétait bien le sentiment que j’ai eu pendant le processus de création de cet album. Je sortais d’une période de deux ans, où je n’avais rien produit, et ça faisait au moins un an que j’avais arrêté la scène. Je sortais d’une histoire de droits d’auteur qui m’avait mis un peu sur la paille et m’avait un peu dégoûté du milieu. Le fait de tout couper, même les réseaux sociaux et compagnie, m’a fait le plus grand bien. Je me suis retrouvé, recentré sur moi et mes proches, et j’ai pu avancer. Quand j’ai commencé cet album, j’étais un peu dans l’état d’esprit que je t’exprimais tout de suite, ce sentiment de plénitude. J’ai donc eu l’envie de faire un album à la fois joyeux et tourné vers l’avenir, mais aussi un peu rétrospectif par moment avec les leçons apprises du passé. Exactement comme quand tu te poses seul quelque part, et que tu penses, sans rien faire d’autre. Tout simplement.

Pour ton huitième album tu passes de l’auto-production à une signature chez une maison de disque. Comment ça se passe depuis ?
C’est extrêmement différent ! Un peu déroutant au début… Il y a des plannings pour tout ! Je me croirais au bureau (rires). Je gérais ça beaucoup plus à l’arrache en auto-prod… Mais l’équipe X-Ray est superbe, tu sens que c’est des passionnés, et ils sont à mon écoute. Pour l’instant ça se passe très bien ! J’ai eu peur au début de déléguer et de ne plus tout contrôler… Au final, ça m’enlève tout ce que je n’aimais pas faire, à savoir ma propre promo, la gestion du pressage et des envois, et j’ai plus qu’à me consacrer sur la création. Pour l’instant je suis ravi, mais on n’est qu’au début de l’aventure, on se découvre encore.

Quelles sensations cherches-tu à partager avec tes auditeurs ?
J’ai toujours voulu que ma musique soit la plus cinématographique possible. Moi j’essaye de partager une idée, un message, ou une émotion. Mais pour moi l’idéal c’est quand les auditeurs se sont fait leur propre histoire, qui n’a parfois rien à voir avec ce que je voulais dire, mais tant mieux ! Je trouve ça génial que chaque personne s’imagine sa propre histoire à lui. Le principale, c’est que ça provoque quelque chose, et fasse bosser l’imagination. Il y a forcément des morceaux plus lisibles que d’autres. Pour prendre les plus connus, par exemple le titre « Qu’attendez-vous de Moi ? » je l’ai construit comme une intro, pour dire: “Je ne vous connais pas en personne, comment voulez-vous que je sache ce que vous voulez écouter ? Si ça ne vous plait pas, tant pis, c’est ce que j’avais envie de faire” les samples vocaux et le titre rendent le message lisible… Mais il y a d’autres morceaux où les gens se demandent le fond du message, comme « The LSA Theme ». En fait LSA c’est juste un clin d’œil à Elsa, une amie. Et ça ne je sais même pas si la personne en question l’a compris (rires !). C’est que dans ma tête, mais ce n’est pas grave le morceau est chouette.

Ton studio est riche de machines, avec quel matos as-tu composé “Foreglow” ?
Ma base de travail est sur Mpc, pour les samples et la rythmique. J’utilise une Mpc Renaissance, que je plug dans Ableton Live. Ensuite, pour séquencer et arranger j’utilise Ableton Live. J’ai toute une ribambelle de plug comme Komplete de Native. Pour le mix j’utilise les plug Slate Digital. J’ai aussi quelques claviers, comme un Mopho de Dave Smith que j’utilise surtout pour les basses, tout comme les Roland Boutique, j’ai une réplique du Juno 6, une du SH-101, la réplique de la TR909, du Jupiter 8… J’utilise tout ce petit monde pour les nappes ou les basses. La TR909 me sert souvent à renforcer mes drums kits. Les VST de claviers plus traditionnels, je les passe souvent dans mes pédales Moog pour leur donner du drive ou un peu de vide. J’enregistre aussi pas mal de vraies percussions, car j’aime le côté bancal que peux donner une percu faite à la main, surtout que je ne suis pas un percussionniste doué ! Tout ça passe ensuite dans un EQp1 de Tegeler qui donne un peu de rondeur et chaleur, et zou !

Comment ton set up de production a-t-il évolué depuis le début et as-tu franchi un nouveau cap de production avec cet album ?
Mes trois premiers albums, je les ai faits avec la carte son interne d’un Pc et mon clavier Azerty qui me servait de clavier maître. J’avais des monitors Alesis à 100 balles et je composais sur le logiciel Sony Acid en version crackée, puis Reason. C’est tout. Donc ce n’est plus une évolution, c’est passé d’une 2Cv à l’Enterprise dans Star Trek ! Sur cet album, je pense avoir passé un cap en terme de qualité de prod. Quand je suis arrivé au studio One Two Pass It pour le mixage avec Mr Gib mes mises à plat étaient 100 fois mieux que l’album d’avant. Donc on a pu passer plus de temps sur l’esthétique et l’artistique des mixes que rattraper mes erreurs de prod ou de prémix comme sur l’album précédent.

Qui est Andrre en featuring sur “Nuday” ?
Andrre c’est le chanteur qui pose sur le titre. C’est un chanteur québécois que je connais maintenant depuis un paquet d’années ! Il a participé à beaucoup de mes albums. C’est un mec talentueux qui a ce truc où tu ne sais jamais si c’est un rappeur, un rockeur ou un hippie. J’ai toujours aimé ce qu’il faisait. Et ce morceau est l’un de mes préférés sur cet album. La personne au cuivre s’appelle Johann Guihard. Je l’ai découvert en écoutant son groupe Le Marabout Orchestra. C’est un gros collectionneur de vinyles, passionné aussi, et il sait faire groover son sax !

Alors ton titre favori de ce Lp c’est “Nuday” ?
Oui. J’aime sa fraîcheur, le fait que je m’éloigne des sentiers battus et ma zone de confort dans la production, et le message qu’envoie le texte d’Andrre. J’aime aussi beaucoup « Woman » (vidéo ci-dessous), qui est tout l’inverse, très proche de ce que je fais habituellement.



Hugo Kant est également un talentueux producteur, quelle est sa contribution à “Final Round” ?
Avec Hugo Kant ça fait longtemps qu’on voulait faire un titre ensemble. On s’apprécie énormément ainsi que nos productions. On s’est rencontré pas mal de fois sur scène et on avait même fait un concert ensemble avec les beatmakers Proleter ou Senbei pour un festival qui m’avait laissé carte blanche. C’est le musicien le plus talentueux que je connaisse ! Il m’énerve tu sais… Sur « Final Round », je lui ai envoyé le morceau, fait qu’avec des samples sauf les claviers, et tu sais quoi, il a tout rejoué. Tout ! Les percus, la guitare, la basse, etc. Et il a rajouté ce nouveau gimmick au clavier. Forcément il a rajouté de la flûte, c’est “son” instrument. On a fait pas mal d’allers-retours, au niveau de la structure, du mix, des arrangements que je rajoutais, qu’il ajoutait. Au final on est super content du résultat car on n’a fait ni trop du Degi, ni trop du Hugo Kant.

“Favelas” est superbe, initialement il est pour une compile… Tu sembles plus vouloir collaborer avec des beatmakers : Zackarose, Al’Tarba… que des Mcs, pourquoi ?
J’ai pas mal collaboré avec des Mc’s avant et quand j’essayais de collaborer avec d’autres beatmakers, ça ne donnait rien. Une fois, Guts m’avait dit : “Tu sais, deux beatmakers ensemble, c’est un peu comme deux flûtistes, tu peux vite marcher sur les pieds de l’autre”. Et c’est vrai. Je pense que maintenant, autant les beatmakers avec qui je collabore que moi avons cette expérience et ce recul pour ne pas trop imposer son style et laisser chacun s’exprimer. Ça ne marche pas à tous les coups, mais quand ça marche c’est cool. Le titre avec Al’Tarba et HK en sont la preuve. Celui avec Zackarose est un peu différent dans l’approche, car c’est plus une approche d’arrangeur. Il a ajouté de la guitare électrique et des percus. Le morceau était déjà bien solide quand je l’ai envoyé.

Aujourd’hui le sample est-il toujours aussi important dans tes prods et est-ce toi qui joues les basses, percussions, claviers, scratchs ?
Oui il est toujours aussi important car c’est ma culture et ma façon de m’exprimer. J’aime fouiller, dénicher un sample ou une boucle et construire autour. J’aime cette façon de ré-exploiter des choses oubliées. Avec le temps, oui j’ai appris à jouer mes basses, car c’est le plus compliqué à sampler et à accorder. Les claviers aussi j’en rajoute pas mal. Je suis un piètre joueur, mais la magie du studio fait que dans un mix, ça passe ! Comme dit précédemment, j’ai aussi inséré quelques percus que je joue, ça donne de la vie. Pour les scratch, ça dépend. Si c’est scratcher un sample, une voix, je le fais. Si je veux une approche hyper technique, alors clairement j’invite un vrai scratcheur !

Fais-tu tes propres masterings ?
Je les faisais avant, faute de moyens. Maintenant, je les fais faire. C’est un vrai métier, et c’est bien de confier son bébé à une autre oreille ! En général je confie ça à Blanka qui commence à me connaître très bien et il sait parfaitement ce que j’attends. Il a une vraie chaîne de mastering et fait du très bon boulot. On se comprend vite et il va très vite. J’aime cette réactivité.

Cela fait plusieurs fois que tu demandes à Dulk de créer l’artwork de tes sorties. Fais-tu aussi du dessin et comment l’as-tu rencontré ?
Je suis graphiste de formation, alors oui je dessine un peu. J’avais fait les cover de mes trois premiers albums. Mais au quatrième je me suis dit : “Tu mixes, tu mastérises, tu composes, tu fais la cover, la promo, tu envoies les Cd toi-même… Alors rencontres des gens et sors de ta bulle mec ”. J’ai commencé à déléguer mes covers et d’autres trucs… J’ai eu du mal à trouver quelqu’un qui représentait vraiment mon univers, ce côté onirique, qui force l’imaginaire. Un jour je suis tombé sur une des fresques de Dulk sur un immeuble. Je suis resté scotché. Je suis rentré chez moi, j’ai cherché l’artiste, et j’ai vu que le mec était hyper connu, une star dans son milieu… Je me suis dit que le mec serait inaccessible, ou complètement hors budget. Je l’ai contacté et le feeling est tout de suite passé. Je me suis rendu compte que le mec n’était pas accessible, du tout même ! Hors budget oui, totalement, mais qu’à cela ne tienne, je voulais bosser avec lui. Depuis ce temps-là, nous collaborons ensemble !

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X-Ray sait planifier de belles tournées pour ses artistes, alors prévois-tu de défendre le disque sur scène ? Tu taffes aussi la vidéo ?
Je sais que mon tourneur Face-B est très proche d’X-Ray. Nous commençons à en parler. C’est encore flou, comme pour tout le monde avec cette crise sanitaire. On en a tous envie, j’ai aussi retrouvé l’envie de monter sur scène. Maintenant, il faut qu’on en sache un peu plus et qu’on arrive à se projeter. C’est pas évident, et je t’avoue que là je suis focus sur la sortie de l’album; Mais j’espère sincèrement réussir à faire au moins quelques belles dates ! Ça manque de ne pas voir les gens qui m’écoutent et de partager un moment avec eux. Pour la Vidéo, oui je taffe un peu la vidéo, surtout pour la scène. J’ai toujours apporté de l’importance à l’aspect graphique, donc il était important pour moi d’avoir une cohérence graphique avec la musique sur scène.

Depuis deux décennies le beatmaking prend de l’ampleur en France, comment fais-tu afin de te démarquer des autres beatmakers ?
Je n’essaye pas de la faire. A part mes potes comme ProleteR, Hugo Kant, Kognitif… j’écoute très peu de beatmakers. Ça m’évite peut-être d’être trop influencé par les styles, les tendances… Je le faisais beaucoup à mes débuts, à décortiquer les albums de Dilla, RJD2, Blockhead, Shadow, Madlib… Mais j’ai arrêté car tu as tendance à reproduire, sans le vouloir. En plus de ça, j’ai jamais trop calculer ma façon de faire de la musique. Je le fais, c’est tout, sans trop me poser de questions tout en essayant de faire ce que j’ai envie d’écouter sur le moment. Après si de plus en plus de personnes m’écoutent, alors tant mieux. Mais je ne contrôle pas du tout le truc en fait ! J’ai toujours du mal à croire que y’a pas que mes potes qui m’écoutent, même après toutes ces années.

As-tu essayé de produire autrement et d’autres genres musicaux que du hip-hop ?
J’aimerais le faire pour le prochain album. J’aimerais composer de manière plus organique, et m’entourer de plus de musiciens. J’ai parfois essayé de m’éloigner du hip-hop, par exemple, pour des commandes du genre spectacle de danse, film, etc. Mais je n’y arrive pas. Je ne suis pas fait pour bosser sur commande, je crois.

Qu’as-tu appris en confinement ?
Finalement on est bien chez soi et on peut rester tranquille sans courir les magasins et sans acheter des choses inutiles. J’ai aussi appris que c’est très dur pour moi de vivre loin de mes amis et ma famille. J’ai besoin de voir mes proches. Je crois que même si on se voit moins en ce moment, nous nous sommes rapprochés encore plus.

MF Doom représente quoi pour toi ? Et as-tu déjà remixé un de ses titres ?
MF Doom, c’est Moïse, ou Jésus ou un truc comme ça. Avec un de mes meilleurs amis, on avait l’habitude de dire que MF Doom, c’est le mec il coupe l’Atlantique en deux quand il rappe pour venir rapper dans ton salon ! Plus sérieusement, c’est le Mc qui m’a le plus marqué dans ma vie. Et pourtant j’écoute du rap Us depuis, je ne sais pas, 1990 peut-être. Le Madvillain est resté mon album de chevet pendant au moins cinq ans. C’est pour moi le plus grand album de rap. Le mec était tellement prolifique… à chaque fois que je tombais sur un truc de lui, c’était une pépite. Bref, le mec a marqué ma vie. Clairement. J’ai remixé une fois un titre de lui. Je ne crois pas l’avoir partagé ou mis sur les réseaux. Tu sais c’est comme ces morceaux que j’adore ou il y a une boucle incroyable, mais t’y touches pas, tu samples pas, car tu te dis que tu feras pas mieux.

Sinon as-tu déjà une autre sortie de prévue ?
Des projets en cours oui, des dates non ! Mais j’ai plein d’idées

Un dernier mot ?
Et bien merci pour l’invit’ et pour cette longue interview avec ces questions qui changent un peu des standards ! J’ai eu l’impression de parler son avec un pote et ça c’est cool ! Et merci à ceux qui auront tout lu !

Par Dj Coshmar / Photo par Lucas Perrigot