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LE COMMANDANT COUCHE-TOT INTERVIEW & FULL EP

LE COMMANDANT COUCHE-TOT INTERVIEW & FULL EP

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Sous influences de Jamiroquai, Herbie Hancock et the Headhunters Anthony Malka, à 13 ans, décide de devenir pianiste. Puis, pendant 11 ans, il suit une formation de musique classique au conservatoire. Aujourd’hui, aux manettes de son navire imaginaire La Calypso II, Le Commandant Couche-Tôt compose à l’aide d’une douzaine de claviers vintage comme le Wurlitzer a200, le Hohner clavinet D6, le Crumar Compac- piano, le Moog Little Phatty… Cet amoureux des bandes originales de films français revient sur la création de son premier Ep.


Raconte-nous tes débuts avec le groupe électro-funk The Hoo…
J’ai démarré les Hoo en 2012, avec trois talentueux funkateers en provenance de Sardaigne, rencontrés lors d’une jam à Berlin fin 2011. C’est un projet sur lequel j’ai investi beaucoup de mon temps et de ma créativité, étant en colocation avec Tristano, le moteur du projet. On faisait la plupart des choses à deux : les compos, la production, la réalisation de clips, les collaborations avec les graphistes, les stylistes, le booking… L’idée de créer un univers musical riche était déjà bien présent avec les Hoo. On était des sortes de super-héros du funk. Avec une vraie esthétique DIY berlinoise. On a réussi à créer une solide fan base dans toute l’Allemagne et à collaborer avec des gens comme le légendaire rappeur Flowin’ Immo, de Brême.

Tu es originaire de Paris, pourtant tu as préféré t’exiler à Berlin…
J’étais étudiant à Reims, quand un pote m’a parlé de Berlin en disant que ça serait une ville parfaite pour moi. Curieux, je n’ai pas hésité et j’ai débarqué l’été 2006, en pleine coupe du monde de foot. Ce fut un été dingue. Je suis immédiatement tombé amoureux de cette ville, et de ma coloc au passage (rires). Ce fut le début d’une vraie aventure.

Une B.O. comme « La Planète Sauvage » de Alain Goraguer à été une source d’inspiration…
C’est un disque que j’adore, c’est clair. Après, il ne m’a pas inspiré directement pour le disque mais inconsciemment. C’est une musique que j’ai en moi. Je dirais qu’un morceau comme l’ “ Île Mystérieuse ” renvoie à cette B.O. Même si, quand j’ai composé ce morceau, qu’on le reconnaisse ou non, j’avais plus en tête l’album “ I Want You ” de Marvin Gaye. Ça m’a inspiré pour les mélodies vocales, le piano et le glockenspiel, qui s’entrecroisent à travers cet interlude.



Comment es venue l’idée d’une B.O. imaginaire ?
Ça s’est fait par étapes, je ne me rappelle plus exactement comment est apparue l’ “ IIe Mystérieuse ”. Les choses ont évolué au fur à mesure. Mais j’ai rapidement fait en sorte d’écrire le synopsis de l’Ep, d’avoir le nom des morceaux, même si les titres, les idées, n’ont pas cessé d’évoluer au cours de la production. Dans tous les cas, je voulais raconter une histoire qui accompagnerait les aventures du Commandant. Une sorte de fable naïve et fantastique, un cadre qui puisse développer l’univers visuel du projet au maximum.

Tu as collaboré avec l’illustrateur Mad Muddler, qui a l’air fasciné par la mort…
C’est surtout une illustratrice (rires). J’avais déjà bossé avec elle pour le dernier Lp des Hoo en 2017. J’adore son travail. Donc j’ai tout de suite pensé à elle pour la couverture du disque. Je savais exactement ce que je voulais et encore une fois elle a été ultra efficace et a apporté des idées pour arriver à ce résultat super-chouette. Mad Muddler est fascinée par la mort. Je ne sais pas trop d’où ça vient. Il faudrait lui demander pourquoi elle est fascinée par le macabre.

Comment s’est déroulé le processus de production, notamment avec l’arrangeur Paul Audoynaud ?
Ça a été une super rencontre. On a passé l’hiver 2019 à bosser sur ce disque. J’avais pas mal de titres susceptibles de faire le job pour un Ep et on a donc décidé de développer les morceaux ensemble. Il y a trois des morceaux sur lesquels j’avais une idée très claire des arrangements, trois autres sur lesquels Paul a eu la place pour s’exprimer, ajouter des parties, des thèmes, écrire des arrangements de cordes avec Héloïse Lefebvre. Après les démos, nous sommes entrés dans la phase enregistrement. On a eu besoin de réfléchir avec qui travailler, puisqu’il n’y avait pas de groupe à proprement parler. Cet album c’est clairement un disque de producteur. On s’est donc entouré de fins groovers berlinois pour enregistrer les versions définitives des morceaux. On a eu le bonheur d’avoir Fabian Rösch à la batterie, Lutz Streun à la clarinette basse, Héloïse Lefebvre au violon, et puis quelques invités de luxe comme Hervé Salters de General Elektriks et Youka Manuka, qui a réussi à traduire ma vision des voix sur ce disque. Elle a réussi une super performance, en passant du français susurré au japonais slammé. Elle est hyper diversifiée et super pro. Ce fut un bonheur de travailler avec elle.

Il y a une douzaine de musiciens sur ton opus… Pourquoi as-tu préféré te passer de samples ?
C’est un exercice de style. On s’est dit dès le début : « Faisons tout comme à l’époque. » Mais en termes de production, on n’avait pas exactement le même son. On pensait à Vulfpeck, qui a cette touche très rétro, DIY mais ultra-tight. On voulait vraiment se passer de samples, d’où la présence de tous ces claviers vintage sur le disque et de tous ces musiciens talentueux.

Une des grandes réussites de ton Ep est le titre « Bise Mort Gun » même si ce morceau rappelle fortement » Initial B.B. » de Gainsbourg, arrangé par Arthur Greenslade…
C’est marrant de parler d’ « Initial B.B. » car c’est un morceau que j’aurai davantage rapproché de « La Vénus De 1000 Hommes » en termes d’arrangements de cordes. Mais il y a sûrement un peu de ça aussi sur « Bise Mort Gun ». Si on devait faire le parallèle entre « Bise Mort Gun » et un morceau de Gainsbourg je dirais plutôt « Ford Mustang », car les accords de clavinets ont vraiment cette couleur, cette rythmique syncopée.

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Comment as-tu rencontré General Elektriks ?
On se connaît depuis pas mal de temps maintenant. On s’est rencontré grâce à ma femme, qui a fait sa connaissance il y a six ou sept ans sur un marché aux puces, alors qu’il venait de s’installer ici. Il suit ce que je fais depuis un moment et c’est quelqu’un que j’apprécie beaucoup humainement. Il habite mon quartier. Il est lui aussi tombé amoureux de Berlin, alors qu’il était en tournée et avait fait un gig ici.

La chanteuse japonaise Youka Snell, qui s’était déjà fait remarquer avec The Bombay Royale, occupe une place importante…
Je ne connaissais pas cette collab… Youka a fait un super job comme j’en parlais plus haut. Elle a parfaitement traduit la vision que j’avais de produire un disque instrumental sur lequel la voix serait un de ces instruments. Elle a vraiment apporté quelque chose de fin et élégant, en particulier sur « Le Chant Des Sirènes ». Son phrasé sur ce morceau est une vraie merveille.

Tu as tout un arsenal de claviers vintage. Tu n’as pas voulu utiliser des plug-ins ?
Comme je te le disais avant, l’idée c’était de voir ce qui se passerait si on utilisait uniquement des claviers vintage au lieu d’avoir recours à des plug-ins. On a donc pu se balader à travers la ville et ses studios, c’était vraiment sympa. Ca a été l’occasion de plein de chouettes rencontres, c’est presque ce qu’a pu faire Emile Sornin avec Le bon Coin Forever (rires), car on s’est retrouvé à enregistrer dans des garages, des studios, et à la maison. On a eu un des clavinets d’Hervé aussi.

Ton nom est un hommage au Commandant Cousteau ?
Tout est parti d’une blague d’un pote lors d’un concert hommage à Prince, pour lequel on avait été invité à jouer avec les Hoo. Matthieu, mon poto, m’avait pris en photo entouré des mes claviers, et avait titré Le Commandant C(hoo)steau et Son Magnifique Orchestre de Claviers. Je trouvais le concept très cool, je portais déjà le bonnet rouge. Donc il me restait plus qu’à adapter ce nom à mon rythme de papa, qui m’oblige à être un couche-tôt : la boucle était bouclée.

Andrew Jervis, fondateur du prestigieux label Ubiquity et curateur de Bandcamp, a retenu ton excellent track  » Le Chevalier Du Zodiac  » dans sa sélection Bandcamp Weekly. Quel effet cela te fait de t’y retrouver, avec un compositeur légendaire comme Janko Nilovic ?
Ça fait plaisir évidemment. D’autant plus que  » Le Chevalier…  » est vraiment le morceau qui représente le mieux ce disque. Il semble symboliser une douceur dont on a tous besoin en ces temps chelou.

Tu aimes apparemment beaucoup le groupe La Récré ?
Oui. Je dois avouer que je suis très fan de tout ce que fait Emile donc de Forever Pavot aussi.

Sais-tu comment Joseph de BMM Records t’a découvert ?
Ça s’est fait justement grâce à Emile qui m’a présenté Louis et Joseph de BMM.

Musicalement, te sens-tu plus proche de Air ou de François de Roubaix ?
Le disque a clairement plus d’Air dans son processus de fabrication mais il y a une grosse influence de François de Roubaix et des musiques de films français en général. Cela dit, je me nourris de plein d’autres choses, notamment la musique brésilienne, qui est une vraie obsession, et la sunshine soul californien à la mode Roy Ayers.

Tu travailles déjà sur un prochain opus ?
Justement, le deuxième disque sera plus personnel. Il sonnera comme un retour à mes amours funk. Quelque part entre Azymuth, Roy Ayers et le London Nu Jazz, avec une approche plus live.

Tu vas le faire avec la même équipe ?
Je suis en train de constituer l’équipe et, comme je viens de le préciser, l’équipe sera un groupe avec lequel je tournerais probablement, quand ça sera à nouveau possible. Pour info, il y aura probablement Uele Carboni à la basse, Ziggy Zeitgeist, le batteur de future-jazz, Tim Sensbach à la guitare et quelques guests aux instruments à vent. Pour la production, je ne sais pas encore si Paul et Charis Karantzas seront aux manettes cette fois.

Par Dj Ness / Illustration par Mad Muddler