Starwax magazine

starwax magazine

archivesseptembre-2017

BLACK ROCK COALITION  (PART I)

BLACK ROCK COALITION (PART I)

Posté le

« Shade », le récent album de Living Colour, remet les pendules à l’heure rock. Marqué par le blues, ce sixième opus électrique fait valser l’étiquetage musical, une pratique malheureusement fréquente sous nos cieux. Doté d’une ouverture d’esprit proverbiale, le groupe new-yorkais renvoie au coup d’éclat historique de Jimi Hendrix période « Band of Gypsys », à la fusion groovy de War ou à une formation iconoclaste comme les Bad Brains.

Jimi Hendrix
En 1970, le Voodoo Chile propose « Band of Gyspys », un projet monté avec l’excellent Billy Cox à la basse et avec Buddy Miles à la batterie. Accueilli fraîchement par les fans à sa sortie, ce quatrième album tourne le dos aux arrangements complexes d’« Electric Ladyland », au profit d’un heavy rock aux accents funky. Enregistré sur la scène du mythique Filmore East à San Francisco, le trio joue ici comme douze. À commencer par « Machine Gun », longue plage véhémente dont le volume sonore laisse toujours pantois, quarante-sept ans après sa parution. L’album reflète surtout une période politique chaotique. Programmé au festival de l’île de Wight, mais sans Buddy Miles, le groupe enfonce le clou devant une foule extatique, quelques jours seulement avant la disparition de Jimi Hendrix. Ce court épisode laissera toutefois des traces, notamment auprès de George Clinton qui assimilera les six brûlots de l’orchestre des bohémiens avec Parliament.


Eric Burdon & War
Après des débuts retentissants durant les 60’s avec son groupe The Animals, le Britannique Eric Burdon sublime son amour du rythm and blues au contact des Nightshift, une formation afro-américaine rebaptisée pour l’occasion War. Ensemble ils enregistrent deux albums à l’orée des années 70. Habilement intitulé « Eric Burdon Declares « War » », le premier disque met les rockers à genoux. Si le mid-tempo « The Vision of Rassan » lorgne vers le gospel, le standard « Tobbaco Road » se décompose en plusieurs mouvements. Tout comme l’hommage au bluesman Memphis Slim. Alors que le 45 tours « Spill the Wine » emprunte aux rythmes latinos. Ponctués par l’harmoniciste danois Lee Oskar, les cinq titres de ce manifeste sont depuis des références. Suite à un second disque un cran en deça, Eric Burdon entamera une carrière solo. Et War offrira une myriade d’albums marqués par la soul et le jazz, dont certains comme « The World Is A Ghetto » ou « Deliver The World » rencontreront le succès.


Bad Brains (photo ci-dessous)
Pionniers du rock alternatif, les Bad Brains se distinguent à la fin des années 70 avec une session éponyme éditée chez ROIR, la firme culte de Broadway. Connu pour ses premières productions exclusivement disponibles au format musicassette, le label est à l’image du gang de Baltimore. Entrecoupé de titres reggae-dub d’excellente facture, l’album fait écho à d’autres énervés notoires comme les Dead Kennedys ou Henry Rollins. Placé sous la houlette de Rick Ocasek, le leader des Cars, « Rock For Light » confirme la formule. Le chant d’H.R. cultive ainsi une irrévérence salutaire sur la scène américaine d’alors. Si « I against I », leur disque suivant est souvent cité comme l’enregistrement de la maturité, il ne supplante pas les premières années du trio hardcore-rasta. Toujours en activité, les Bad Brains bénéficient aujourd’hui d’une reconnaissance inédite après une nomination au très convenu Rock and Roll Hall of Fame…


Living Colour (Photo ci-dessus)
De Living Colour, on retient surtout les débuts, la reprise sous tension du « Memories Can’t Wait » des Talking Heads ou la collaboration avec Little Richard, l’une des figures tutélaires du black rock, pour un « Elvis is Dead » furibard. « Shade », leur dernier album, renoue avec ces premiers travaux en explorant cette fois-ci les racines du blues. Un mojo plaqué métal comme l’indique « Freedom of Expression (F.O.X.) » et son sample habile de l’activiste Malcom X ou « Who’s That » et son shuffle bigrement entraînant. Les relectures du « Preachin’Blues » de Robert Johnson, d’« Inner City Blues » de Marvin Gaye (dont le texte désabusé s’accorde bien avec l’interprétation de Corey Glover) ou de « Who Shot Ya », un titre signé en son temps par le rappeur Biggie Smalls, transpirent la créativité. Soigneusement produit, cet album dynamise ainsi la Black Rock Coalition chère à Vernon Reid, le guitariste virtuose de la formation.
702_brc-livingcolour

Par Vincent Caffiaux