Starwax magazine

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newsoctobre-2021

BAJA FREQUENCIA INTERVIEW

BAJA FREQUENCIA INTERVIEW

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Adeptes aussi bien de rock que de jazz, de reggae ou de musiques électroniques, même les plus hardcore, Azuleski et Goodjiu cultivent ensemble leurs passions pour le son. Fans de vinyles et de Djing, ils s’intéressent particulièrement aux rythmes des musiques latines comme la cumbia ou le Moombahton. Les deux marseillais se lancent dans l’organisation de soirées global bass et dans le beatmaking. Puis en 2013 ils forment Baja Frequencia. Décidé à faire bouger les dancefloors et vibrer les soundsystems, à base de remixes, le duo sort en 2017 « Que Calor ». Leur premier 45 tours signé chez Chinese Man Records. Depuis Baja Frequencia fait parti de la dream team. A l’aube de la sortie du Ep « Sudamericat », en stream ci-dessous, nous avons voulu en savoir davantage sur leur histoire et leur volonté de décloisonner les genres.

Avant de parler de votre rencontre, puis des musiques latines et électroniques que vous représentez sous l’étendard de Baja Frequencia, quels sont vos parcours respectifs avant d’être Dj puis beatmaker ?
Azuleski : j’ai commencé la musique en jouant de la basse, j’avais un groupe de reggae jazz world au lycée, puis avec les études de chacun le groupe s’est un peu éclaté et c’est à ce moment là que j’ai commencé à produire de la musique sur mon ordinateur. Et en parallèle j’ai commencé à acheter pas mal de vinyles ce qui m’a poussé vers le Djing également.
Goodjiu : J’ai commencé par jouer de la batterie dans des petits groupes de grunge et de reggae à la fin du lycée et en parallèle on avait un petit collectif de Djs qui organisait des fêtes où on sortait les platines, les vinyles, quelques enceintes et ça partait en mix toute la nuit. Avec le temps j’ai mis de côté la batterie pour me concentrer sur le mix Dj, puis j’ai rencontré Azuleski qui m’a fait tomber dans la production sur ordinateur.

Avez-vous toujours vécu à Marseille ?
Azuleski : Une grande partie de ma vie jusqu’à aujourd’hui oui, mais j’ai également vécu en Argentine et ailleurs dans le sud de la France pour mes études.
Goodjiu : Pour ma part je suis né à Marseille et je n’ai encore jamais vécu ailleurs.

Votre découverte et passion pour la cumbia et des musiques latines est-elle née avant ou après votre rencontre ?
Azuleski : Pour ma part j’ai découvert la cumbia et la musique latine au sens large quand je suis parti vivre en Argentine en 2007, c’est à partir de ce moment que je me suis pris d’affection pour ces sonorités.
Goodjiu : De mon côté, c’est un ami qui m’a fait découvrir le Moombahton, une forme de reggaeton mélangée à des sonorités de techno hollandaise. Et c’est Azul qui mixait déjà de la cumbia qui m’a donné envie de défricher de nouveaux sons dans ces genres. À la base je mixais plutôt des sons hip-hop, jungle ou techno.

Goodjiu tu as co-fondé le collectif Massilia Hi-Fi puis Azuleski tu rejoins le crew vers 2011. Parlez-nous de votre rencontre, j’imagine lors d’une soirée ?
Azuleski : En fait on s’est rencontré bien avant, quand on était au lycée vers 2005, mais oui c’est effectivement plus dans Massilia Hi-Fi qu’on a commencé à vraiment passer du temps ensemble.
Goodjiu : Alors le tout début de MHF c’était en 2007-2008 il me semble… Et en effet la toute première rencontre avec Azul c’était à la fin du lycée pour moi au petit parc, à côté du lycée Diderot, ça date !

Vos goûts communs pour la musique et le Djing vous ont amené à organiser des soirées orientées global bass… Où se déroulent-t-elles et quels souvenirs en gardez-vous ?
Azuleski : On organisait beaucoup de soirées avec Massilia Hi-Fi, majoritairement orientées reggae / dub / jungle / drum’n’bass mais personnellement j’avais ramené pas mal de morceaux de cumbia et de reggaeton dès mon séjour argentin et je voulais organiser des soirées orientées plus latines. Goodjiu, lui, a un ami qui lui avait ramené du son du Mexique, le fameux moombahton et on a donc commencé en 2012 à organiser des soirées plus latin / global bass, d’abord les Cumbia Fusion, puis les Global bass avec les potes de Mungo’s Park de Watcha Clan. On a majoritairement organisé ça à Marseille dans des salles du centre ville, comme le Molotov, l’Uppercut ou l’Espace Julien. A ce moment là, on en faisait presque une par mois, entre 2012 et 2017, plus les soirées Massilia Hi-Fi, on était à un rythme de trois soirées par mois organisées par notre asso à cette époque. On a accumulé pas mal d’expériences en orga de soirées et nous avons rencontré beaucoup de personnes. C’était très intense et pas souvent rentable mais on a passé énormément de belles soirées !
Goodjiu : De mon côté j’en garde aussi un souvenir extrêmement fort et intense. C’était nos premières scènes et pour les monter c’était beaucoup de boulot, de sueur, et de nuits blanches mais avec le recul, ça a été tellement de moments enrichissants que ça en valait la peine.

Que devient le collectif Nosotros, êtes-vous toujours liés à eux et à leur militantisme ?
On a organisé beaucoup de soirées et participé activement à la programmation du Molotov qui est une salle antifa proche du collectif. En laissant de coté l’orga de soirée on n’est plus autant liés mais on reste en très bon terme et on est régulièrement amenés à se voir et à jouer dans des soirées qu’ils organisent.

Ça fait des années que j’attends plus de fusion des genres dans les Dj sets en soirée… comme il se pratique en Angleterre depuis longtemps… Ça commence enfin à se décloisonner… Etes-vous connectés avec la scène anglaise et parisienne ?
Azuleski : On n’a pas de connexion directe avec la scène anglaise mais elle nous inspire beaucoup, pour la scène parisienne en revanche on a plus de connexions. Que ce soit avec le crew Muevelo, les copains de Croustibass / Get tropical ou bien le talentueux producteur Amor Satyr. On a toujours œuvré pour le mélange des genres avant même que Baja Frequencia existe et ça fait plaisir de voir que c’est quelque chose de plus en plus accepté et pratiqué par des collectifs, Djs et artistes au sens large. Je pense que c’est aussi normal générationnellement parlant que ça arrive maintenant. Toutes les musiques sont bien plus accessibles qu’auparavant et ça ne choque plus personne de commencer la soirée en écoutant du dancehall puis de basculer sur de la techno ou du trap.

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Quelle est la place du vinyle dans vos vies ?
Azuleski : C’est vraiment en m’intéressant à la culture sound system que j’ai porté mon intérêt sur ce format. Puis rapidement je me suis rendu compte qu’il y avait des morceaux impossibles à trouver en numérique ou en Cd et je me suis mis à acheter des disques comme ça, puis c’est devenu une addiction… Maintenant je vois ça un peu comme un archivage de mon parcours musical, ça me plait d’acheter des disques qui ramènent à un souvenir, ou à un genre musical qui me marque. Et puis contrairement à un disque dur qui peu griller à tout moment, des disques bien conservés dureront toute la vie. Hâte de ressortir mes galettes de bass music à 70 ans !
Goodjiu : C’est une vaste question ! Pour moi le vinyle représente beaucoup de choses, c’est un support de musique, un objet de collection chargé de souvenir, une façon très particulière de mixer et de scratcher, des centaines d’heures de diggin chez des disquaires, une énorme étagère dans mon salon, les cartons les plus lourds quand je change d’appartement. En bref c’est le vortex du microsillon.

Quand et comment est né Baja Frequencia et ses objectifs ont-ils changé depuis sa création ?
Azuleski : Baja Frequencia a vu le jour en juin 2013. À ce moment on organisait donc des soirées régulièrement avec le collectif et on devait être à la quatrième ou cinquième soirée « Cumbia Fusion » et on s’est dit, avec Goodjiu, qu’au lieu de faire un Dj set chacun de notre coté pour cette soirée, on pourrait essayer de faire un set commun. Un genre de B2B bien ficelé en quelque sorte, on s’est donc enfermés pendant trois semaines avant ladite soirée pour réfléchir à ce qu’on pouvait faire, et on a sorti un set entre live et dj set qui posait déjà les bases de ce qui est Baja aujourd’hui : beaucoup de basses, beaucoup d’influences latines mais aussi jamaïcaines et électroniques. Au départ on ne pensait pas vraiment pousser le projet plus loin que ça, mais on a reçu tellement de retours positifs de ce premier set qu’on a décidé de continuer. Au début on se considérait plus comme des Djs qui font des bootlegs et des remixes que comme de véritables producteurs alors qu’aujourd’hui on se considère plus comme un groupe/duo de producteurs donc oui, la vision du projet a bien évolué avec le temps.

Votre matériel et processus de production ont-ils évolué ?
Azuleski : Oui, même si la base reste la même, on travaille beaucoup sur nos ordinateurs avec un DAW, mais on a aussi toujours utilisé des machines hardware, des synthés ou des boites à rythme pour rechercher de nouveaux sons. On a beaucoup progressé depuis le début de Baja, on est plus à l’aise et on galère moins pour arriver aux sonorités que l’on recherche. Après c’est un domaine dans lequel on n’a jamais fini d’apprendre et d’expérimenter, c’est vraiment important de continuer à le faire pour alimenter son inspiration, je pense.
Goodjiu : Au niveau des processus, ce qui nous a le plus fait évoluer c’est aussi les différentes collaborations et rencontres qu’on a pu avoir avec des Mcs ou des producteurs de tout bord. C’est toujours enrichissant de découvrir d’autres façons de faire lorsqu’on bosse avec de nouvelles personnes.

Avez-vous déjà pensé à produire des beats plus down tempo ?
Azuleski : Alors avec Baja pas forcément, par contre sur des prods en solo oui bien sûr ! Même si l’envie de faire galoper le tout me rattrape souvent haha
Goodjiu : Pour le moment ça ne m’attire pas trop, je garde ça pour mes vieux jours (rires).

Quand et comment est née la rencontre avec Chinese Man ?
Azuleski : On a rencontré l’équipe du label quand on organisait des soirées avec Massilia Hi-Fi. On a organisé le premier concert de Taiwan Mc à Marseille, puis on a fait le warm up pour un concert de Chinese Man à Marseille avec le sound system de Massilia Hi-Fi donc on a eu l’occasion de faire connaissance avec les Chinese. Puis avec Baja Frequencia on a fait un remix d’un morceau de Taiwan Mc, et aussi de Chinese Man et les remixes leur ont bien plu. Puis quand on a voulu franchir le cap de sortir un premier 45 tours, on leur en a parlé et ils nous ont proposé de le sortir chez eux. Voilà comment on a atterri dans le label.

Baja Frequencia c’est finalement un trio avec Vincil ?
Azuleski : Vincil c’est notre Vj avec qui on a vraiment développé l’aspect vidéo dans nos lives. Dans la production on travaille en binôme, mais quand on se produit en live effectivement le duo se transforme en trio.

Quel souvenir gardez-vous du jour où vous avez eu entre vos mains votre premier vinyle produit par vous même ?
Azuleski : C’était une grosse émotion ! Tu accomplis un rêve quelque part, du coup c’était vraiment une grande fierté d’avoir un tel objet sur lequel on a autant travaillé et passé de temps et d’énergie.
Goodjiu : Un énorme moment de bonheur et d’euphorie, j’ai cavalé jusqu’à chez moi pour le tester sur mes platines.

Comment s’est déroulée votre collab avec La Dame Blanche et de quoi parle « El Palo » ?
Azuleski : on a rencontré La Dame Blanche à Arles, on jouait en Dj set après son live et elle a beaucoup aimé notre set, elle est restée sur le bord de scène pour profiter et danser une bonne partie de notre set. Et on s’est recroisés peu de temps après, à Paris, on était en pleine production de notre Ep « Catzilla ». Puis on lui a envoyé une instru qu’on venait de faire… Elle l’a bien kiffé et un mois plus tard on a reçu « El Palo ». Ça s’est vraiment fait au feeling et le résultat était top ! On a très rapidement décidé de clipper le morceau. Les lyrics sont un genre d’ego trip à la sauce cubaine, mais il faudrait demander à La Dame Blanche de nous en dire un peu plus car il y a beaucoup de double sens dans le lyrics que l’on ne saisit pas forcément…

Votre meilleur morceau de Baja Frequencia et pourquoi ?
Azuleski : Ahhh mais c’est impossible de répondre à ça (rires). Honnêtement je pense que ça change presque tous les jours, d’autant que l’on cherche continuellement à évoluer et progresser musicalement afin que le résultat soit satisfaisant à 100% pour nous. Mais comme on veut toujours aller plus loin on n’est jamais totalement satisfait. Sinon j’aime beaucoup « Matraca » présent sur notre dernier Ep « Sudamericat », en featuring avec Faauna (player ci-dessous). Il mélange tellement d’influences qu’on y retrouve vraiment l’esprit de nos premières prods tout en étant plus abouti musicalement à mon sens. Après il y a des morceaux qui évoquent de bons souvenirs et qui ont une place particulière comme « Ni » qui est un de nos tout premier morceaux dans lequel on a samplé la fameuse scène de Monty Python Sacré Graal des chevaliers qui disent Ni. On en a fait un morceau complètement barré entre Gabber breaker et EDM vomitif ! Le morceau est un peu dur à écouter et presque impossible à mixer en soirée mais on a énormément rigolé en le faisant.
Goodjiu : c’est pas évident comme question…. j’ai beaucoup de mal à juger mes morceaux. Je change souvent d’avis (rires). En ce moment je ré-écoute beaucoup le morceau « Se come tambien » sur l’album HotKatz car c’est un peu un hommage au moombahton que j’adore mixer. Le morceau est assez simple mais la structure est vraiment géniale, une grande montée en puissance ultra intense ! Ma pref …



Vous aimez autant le reggae que la techno, deux approches différentes des sonos pour les sound system. Comment faites-vous, cela est-il problématique ?
Azuleski : On se creuse pas mal la tête en effet, c’est aussi le jeu d’arriver à faire des morceaux avec autant d’inspirations différentes et arriver à les faire sonner, on n’y arrive pas toujours mais ça fait partie du jeu !
Goodjiu : On laisse une grosse place à l’expérimentation et au mélange des genres. On fait notre petite cuisine, on mélange un peu tout et n’importe quoi en fonction de nos inspirations du moment et en effet le résultat n’est pas toujours satisfaisant. Mais des fois on tombe un peu par hasard sur un truc super original qu’on essaie de développer dans nos morceaux. Comme dit Azul, c’est le jeu !

Votre meilleur souvenir de presta ?
Azuleski : Il y a beaucoup de bons souvenirs, difficile d’en choisir un. Parmi ceux-là il y a l’année où on a joué au Babel Med festival à Marseille, c’était un festival qui se déroulait au Docks Des Suds, donc pour ceux qui ne connaissent pas c’est un lieu emblématique de Marseille où se sont déroulés des milliers de concerts ces trente dernières années… J’y suis allé voir mes premiers concerts, donc jouer là-bas représentait beaucoup pour nous. Et en 2015 si je me souviens bien on y a joué pour la première fois, qui plus est au Babel Med qui était à mon goût le meilleur festival de Marseille donc on était super fiers de faire la clôture du festival. On a fait un set de trois heures, j’étais ultra stressé avant de commencer. Mais rapidement on s’est lâchés. C’était la première fois qu’on jouait devant autant de public et c’était une véritable fierté de voir qu’il restait autant de monde à cinq heures du mat, à la fin de notre set… Jouer à Buenos Aires fait aussi partie des meilleurs souvenirs car symboliquement ça représentait énormément pour moi de jouer en Argentine, un pays qui a changé ma vie et sans lequel Baja Frequencia n’aurait sans doute jamais existé.
Goodjiu : Pour moi c’était au Foreztival en 2018. C’était la première fois qu’on jouait devant autant de monde, et je me rappelle avoir eu des frissons en arrivant sur scène, c’était un show vraiment mémorable.

Et le pire ?
Azuleski : les déceptions ça fait partie du jeu, on peut pas faire que des super dates, mais le pire c’est quand tu te retrouves à jouer devant un public qui n’est pas intéressé par ce que tu proposes et que tu as beau essayer de l’accrocher par n’importe quel moyen, ça prend pas. Ça nous est pas arrivé souvent mais une fois ou deux ça été dur quand même.



Etes-vous proches de Mobylette sound system de Marseille ?
Azuleski : Marseille c’est un peu comme un grand village donc forcément on se croise, oui on les connait et quand on en a l’occasion on va profiter du bon son dans leurs soirées, ou dans celle de Maraboutage ou bien de Twerkistan, ces collectifs qui continuent à organiser des soirées à Marseille et qui mélangent influences caribéennes, hip-hop, afro, dancehall, latino. Tout ce qu’on aime quoi !

De JuL à vous il n’y a qu’un pas, à quand une collab ?
Azuleski : Rires ! C’est vrai que le reggaeton, le baile funk ou l’afrobeat au sens large sont des sonorités qu’on retrouve de plus en plus dans le rap français, que ce soit chez JuL ou MHD ou des trucs plus orientés dancehall comme Aya Nakamura. Je trouve ça totalement logique que les barrières entre les styles musicaux soient de plus en plus fines. On vit dans un monde où avec une connexion internet on peut sans problème écouter les dernières nouveautés fraichement sorties aux US ou en Angola en quelques clics. C’est ce qui fait que les musiques de la planète entière s’influencent autant et aussi rapidement les unes et les autres. Ce qui était beaucoup moins le cas avant, c’est une très bonne chose qu’il y ait autant de connexions et de ponts qui se fassent entre ces différentes scènes à travers la planète. Le revers de la médaille est qu’on se retrouve à avoir un son « FM » standardisé à l’échelle mondiale et que tout ait un peu la même saveur.

Les mash up et remixes c’est votre kiff, avez-vous envie d’apprendre à jouer d’un instrument ?
Azuleski : C’est vrai que ce sont des exercices qui nous plaisent particulièrement, on en a toujours fait et on continuera à en faire, mais perso je continue à jouer de la basse, on peut d’ailleurs l’entendre sur des morceaux du Groove sessions 5 qu’on a entièrement co-composé et produit avec Chinese Man et Scratch Bandits Crew.
Goodjiu : pour ma part je continue la percussion à fond et j’en fais même sur scène avec Baja, sur un set de louche de cuisine. Je me fais des petites sessions de batterie de temps en temps et ça me va très bien.

Azuleski, apparemment tu fais partie de ceux qui n’ont pas eu de temps mort à cause du confinement car tu as esquissé Turbo Torši et Massey Fergusound. Peux-tu nous en parler ?
Il fallait bien s’occuper (rires). Non, plus sérieusement, on a d’abord été super déçus car le confinement a commencé la semaine où l’on devait entamer notre tournée du Groove Sessions 5, un gros live en commun avec Chinese Man et Scratch Bandits Crew avec Youthstar et Miscellaneous de Chill Bump au microphone, donc ça a été un vrai coup dur de devoir annuler la vingtaine de dates sold out qui nous attendait… Une fois la déception passée, je me suis rapidement mis à faire sept heures de son par jour. Massey Fergusound c’est un projet de Happy Hardcore / gabber que j’ai entamé un peu en rigolant quand j’avais un peu de temps inspiré par des producteurs comme Lobbsta B ou les Casual Gabberz. J’ai donc profité du temps que j’avais pour explorer un peu plus cet univers que j’affectionne. Et j’ai fini par faire « Passion Tracteur Ep » qui est sorti sur le label avec lequel on avait déjà collaboré pour « Southfrap Alliance ». Et Turbo Torši c’est beaucoup plus personnel, c’est un projet que j’avais depuis un bon moment en tête, mais je n’avais jamais vraiment eu le temps ni l’inspiration pour savoir par où commencer. L’idée c’était de produire des morceaux inspirés de mes origines arméniennes tout en cassant l’idée identitaire que cela pourrait donner, et assez rapidement j’ai voulu créer un son à la fois sombre mais dansant, un genre de musique de rave party et de bass music avec un penchant oriental. Faire la fête tout en s’opposant à l’idée de nationalisme trop présent en Anatolie et partout sur la planète. C’est un projet qui me tient très à cœur, j’ai fait un premier Ep sorti en cassette et digital chez Coeur sur Toi Records, un micro label marseillais. J’ai pas mal de prods en stock et je ne devrais pas tarder à en sortir des nouvelles !

Goodjiu, attendais-tu Azuleski pendant le temps ou il était sur ses projets perso ?
Non pas vraiment. De mon côté j’en ai profité pour prendre du temps pour moi et me mettre au vert. Je fais du son de mon côté pour mon plaisir mais aucun projet perso n’est en cours pour le moment.

Qu’avez-vous appris lors des confinements et qu’est-ce qui a été positif pour Baja Frequencia ?
Azuleski : La patience (rires). On vient de vivre une période vraiment très étrange quant à la possibilité de faire des dates, ça revient peu à peu à quelque chose de plus « normal » on va dire. Maisje pense que le monde du spectacle vivant au sens large a pris un sacré coup sur la tête, ça n’a pas toujours été simple à gérer mais on est toujours là !
Par rapport à Baja, ça nous a permis de prendre un peu de recul aussi sur le parcours qu’on a effectué ces dernières années. Jusqu’au premier confinement on a toujours eu la tête dans le guidon, avec en permanence des projets sur le feu, des dates, un clip, un nouveau disque, sans vraiment avoir le temps de regarder en arrière. Là on a eu le temps, ce qui nous a permis de progresser sur les sons que l’on produit, je pense.

Le monde d’après c’est synonyme de quoi pour vous ?
Azuleski : Pour moi c’est synonyme d’une volonté de retourner à plus de simplicité, malheureusement ce n’est pas trop reparti dans ce sens. C’est totalement utopique de penser comme ça, mais il est urgent de repenser la manière dont est structurée cette société. Je n’ai pas de solutions miracle à proposer mais, une chose est sûre, c’est que l’on est dans une urgence climatique et sociale sans précédent.

Le futur de Baja Frequencia ?
On a plein d’idées en tête, des Eps, des collabs, des clips surement. Puis en 2023 le projet aura dix ans, donc on va célébrer ça comme il se doit !

Interview par Dj Coshmar / Photos par Damien_Chamcirkan