Starwax magazine

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INTERVIEW AUTONOMATON

INTERVIEW AUTONOMATON

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Né en Bulgarie, Nikolay Ivanov Stanchev aka Autonomaton est un producteur de drum & bass, de musique expérimentale et industrielle. Il a grandi à Varna, une ville située au bord de la Mer Noire. C’est en 2014, que Nikolay décide de produire grâce à son ami Nickynutz, reconnu sur la scène jungle. Depuis, il a sorti plusieurs releases sur vinyles, Cds ou cassettes et signé sur une cinquantaine de labels digitaux tels que Ohm Resistance (USA), Animal Breaks (Belgique), Attenuation Circuit (Allemagne) et Mahorka (Bulgarie). Dernièrement, il a sorti « FACE the ENEMY » sur son propre label EcoSCi records. Il s’agit d’une belle collaboration avec Abu Ama, un collectionneur de bandes magnétiques qui nous avait dévoilé son empreinte « Arabxo » lors d’une interview dans le Star Wax 56. Ils ont utilisé le discours d’un chef indigène de l’Amérique du Nord et l’Ep reflète vraiment l’univers abstract des deux producteurs qui souhaitent faire passer un message de paix et de sagesse.

D’où viens-tu ?
Je viens de la mer. La Mer Noire. Je suis né et j’ai grandi à Varna. J’aime mon pays et ma ville. Parfois, je me dis que Varna est un état tout autre qui n’a rien avoir avec notre univers.

As-tu reçu une formation musicale ?
Fondamentalement non. Étant plus jeune, je faisais partie d’un groupe folklore de chants traditionnels. Durant mes études au lycée technique, j’avais appris à jouer du trombone, mais ce fut sans succès. Plus tard, j’ai appris la danse de poi et la jonglerie de feu et j’ai intégré une troupe de cirque avec laquelle j’ai beaucoup voyagé. Et j’avais même créé ma propre troupe… Mais là, je m’éloigne de la question. Aujourd’hui, j’ai un projet avec des musiciens, mais je n’ai jamais eu de réelle formation musicale, à vrai dire.

Quelles ont été vos inspirations pour produire « Face the Enemy » ?
C’est Abu qui a trouvé les paroles du chef indigène nord-américain Junior Feathers. Puis nous en avons discuté, c’était un discours droit et juste incroyable à propos de la nature, le créateur et la situation dans laquelle le monde se trouve aujourd’hui. La perte de la foi, la sincérité, la confiance, le fait de ne plus croire en nos rêves, la perte de l’espoir envers l’avenir. Ensuite, nous avons décidé de produire notre propre version en utilisant les mêmes paroles. D’abord les titres étaient sur bandcamp mais plus tard j’ai décidé de presser trente vinyles sur mon propre label EcoSCi (chose que j’avais déjà faite pour la première release). Concernant ma version « the war and i », je n’entrerai pas dans les explications. J’espère que le lecteur, en écoutant la musique, captera les mots qui se répètent continuellement et que tout le sens lui sera révélé. C’est la même chose avec la version d’Abu. En fait, on a souhaité mettre en avant le discours de Junior Feathers et faire en sorte que la musique soit en arrière-plan.
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Quel matériel utilises-tu ?
Ableton comme programme informatique, Korg electribe comme hardware, A 303. Plus tard, j’ai appris à travailler avec l’analogique. Bientôt, j’aimerais être capable de produire de la musique sans toujours utiliser l’ordinateur. Ma voix aussi, je chante et je m’enregistre. J’utilise le fx ontop. J’ai un projet « Tribes of fishes” mais je n’en dirai pas plus pour le moment. C’est encore trop tôt.

Comment as-tu découvert la musique expérimentale ?
Oh, c’est une longue histoire. Vers l’âge de six ans dans le milieu des années 80, ma sœur m’avait fait écouter une cassette de l’album « Odes » de Irene Papas et Papathanassiou Vangelis (ndlr : album dont la plupart des titres sont des chants traditionnels grecs). Il y avait le titre « The 40 braves » et j’avais été fasciné par la voix de cette femme et la musique de Vangelis. J’ai appelé cette musique, la musique pour héros. Pour moi, c’était comme un hymne. Depuis, j’écoute Vangelis sans arrêt. Plus tard, en suivant le flow naturel de la musique électronique, j’ai découvert la techno et tous les genres liés au début des années 90. J’en suis accro jusqu’à maintenant. Je suis un fan, un ancien fan de cette musique, disons-le comme ça.

Quelle est ta vision de la musique expérimentale ? Musique à couper le souffle, une musique qui vous surprend, musique inouïe, novatrice et abstraite.

Avec quels artistes souhaiterais-tu collaborer ?
Avec tout le monde, je suis ouvert et aime travailler en équipe.

Quels sont les producteurs et les labels de ton pays que nous devrions découvrir ? Je mentionnerais Mahorka qui est le premier label digital à m’avoir consacré un album. Concernant les artistes, je citerais Teeth of Divine (un projet de noise et de musique ethnique – ndlr), Mytrip (un projet de drone et d’ambient – ndlr) et Amanotameni, un de mes amis très talentueux même s’il produit du speed et du breakcore. Nous avons encore besoin d’artistes-producteurs de qualité en Bulgarie.

Un dernier mot ? Je suis très reconnaissant envers le label français MARASM records – focus ici – et son sous-label qui, très souvent, mettent en lumière mon travail. C’est le premier label qui a sorti ma musique sur vinyle.

Par Sabrina Bouzidi / Svetlin Todorov