Starwax magazine

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archivesseptembre-2017

ANGEL KAREL / INTERVIEW & STAR WAX MIX 35

ANGEL KAREL / INTERVIEW & STAR WAX MIX 35

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En 2012, Angel Karel fait ses débuts chez Krome Records. En se produisant dans la majorité des établissements majeurs de Lyon, et en seulement quatre ans, son nom devient incontournable sur la scène locale. En 2016, Angel rejoint le collectif Particules et confirme son empreinte techno aux côtés d’artistes de renom comme Dax J, Morbeck, Alex.Do, Claudio Perc, Alien Rain, Ø [Phase], Ansome… En parallèle, elle est régulièrement sollicitée par PAPA MAMAN… Puis en 2017, cette artiste prometteuse et engagée décide de créer The Future is Female, un concept de soirées « Techno Queer & No Gender », pour clubbeurs extravertis. Son mix exclusif pour Star Wax Mag reflète son univers : une techno totalement hypnotique, underground et 100% indus. Nous avons rencontré Angel Karel, lors de l’une de ses soirées. L’occasion d’évoquer son parcours et ses projets futurs.

Comment t’es venue l’idée de devenir Dj ?
Ce n’est pas une idée apparue aussi simplement que cela. C’est ma façon de communiquer, de partager et de ressentir ce qu’il se passe. Je suis très attentive à mon environnement, c’est ce qui me saisit et libère ainsi l’énergie qui m’aide à créer. À travers ma musique, je suis à la recherche d’une expérience sans limites, ni contraintes. C’est un travail quotidien que de cultiver cette liberté, de créer dans un monde si formaté. Aussi, la multitude technologique dans la musique électronique m’enrichit de manière intense, au travers d’expériences modernes : Il y a une infinité de possibilités pour aboutir les projets musicaux. Ainsi lorsque je travaille en studio ou lorsque je me produis devant un public, il s’agit pour moi d’utiliser la technologie de machines considérées, la plupart du temps, comme des outils numériques dénués d’âme, afin de proposer une expérience qui me bouleverse physiquement et émotionnellement. C’est cette recherche émotionnelle qui m’importe vraiment.

Tu produis… Quelles machines ou softwares utilises-tu ?
Je perçois la musique comme une science, avec laquelle j’interagis sous forme de recherches, de tests et de résultats. Je travaille par itération (phénomène de répétition, Ndlr) afin de créer quelque chose de nouveau. Je suis très attentive à l’environnement, la situation dans laquelle nous nous trouvons. Lorsque je parle de saisir un environnement comme un tout, cela a vraiment un effet libérateur sur moi, sans limites et sans contraintes. Je m’essaye quotidiennement. La multitude technologique dans la musique électronique nous permet de nous remplir d’une manière intense, il y a toute sorte de possibilités pour arriver à ce que l’on veut obtenir. J’aime explorer les limites avec mon matériel de production, les travailler, les modifier, les ajuster comme bon me semble. À l’aide de la technologie numérique, de mes synthétiseurs Microkorg, Modular V, Analog Lab, Massive, Reaktor et UAD Plug-Ins , de mon sampler et de mon ordinateur, je suis actuellement dans une nouvelle phase d’expérimentation. C’est une expression totale de mon libre arbitre. Tandis que les motifs rythmiques habillent, au premier plan, une toile structurée de manière évidente.

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Tu as créé The Future Is Female . Peux-tu m’en dire plus sur ce concept ? Quel message souhaites-tu véhiculer ?
The Future Is Female est un concept né à la fois d’un constat sur la scène locale techno : pas d’événements faisant rayonner les artistes femmes, mais aussi d’un constat sur la scène techno plus large, qui impose des barrières identitaires : des soirées gay, des soirées lesbiennes, des soirées hétéros. Or mes multiples voyages dans la capitale allemande ont démontré qu’il était tout à fait possible d’être tous unis le temps d’une soirée par aucune règle de genre, mais par le seul envoûtement de la musique techno. J’ai donc décidé de proposer ce concept, d’abord à la scène techno lyonnaise, avec des plateaux féminins locaux, dans un lieu qui prône l’effondrement de ces barrières identitaires et des règles de genre. Dans une démarche un tant soit peu féministe, j’ai eu cette démarche de soutenir la communauté d’artistes féminins, trop peu mise en exergue sur les plateaux techno proposés localement. Ces soirées ont débuté dans le bunker de l’Annexe qui était à mes yeux le club le plus underground de Lyon, ouvrant un vaste champ de possibilités à celles et ceux qui souhaitaient vivre l’expérience The Future Is Female.

Peux-tu définir le public de tes soirées ?
À travers le développement du concept The Future Is Female, je souhaite susciter l’engouement des puristes à la recherche de plateaux proposant des artistes se produisant moins souvent que les têtes d’affiche habituelles, mais je souhaite aussi attirer celles et ceux qui souhaitent rejoindre une communauté impudique et débridée, dont le genre et l’orientation sexuelle n’ont aucune importance. Pas d’esprit militant donc, mais une envie engagée de revendiquer ce droit d’être ce que l’on est, et d’apprécier des plateaux techno rythmés par la gente féminine.

Aujourd’hui, il existe de plus en plus de crews de Djs femmes et beaucoup d’entre-eux sont axés essentiellement sur la musique électronique et la communauté LGBT. Qu’en penses-tu ? Ne crains-tu pas les étiquettes ?
Il ne s’agit pas de rentrer dans une case justement, c’est avant tout une proposition artistique globale, guidée par une techno massive et cérébrale. Auparavant j’ai toujours refusé les invitations des promoteurs de soirées à venir jouer pour des line-up avec une tête d’affiche féminine. J’ai toujours trouvé réductrice cette idée qu’ont les organisateurs de vouloir faire des soirées 100% girly en revendiquant davantage l’aspect « sexy » du plateau plutôt que la proposition artistique. Je ne cherche pas à séduire un public exclusivement LGBT. Je pense qu’à travers The Future Is Female, je mets aussi ma petite pierre à l’édifice du mouvement féministe qui déferle aujourd’hui. Je défends ce mouvement à ma façon, à travers la musique et des plateaux techno. Je crois que la phrase qui m’a le plus donnée envie de créer The Future Is Female est : « Tu mixes bien pour une fille ». Hommes et femmes de tous genres et de tous horizons sont invités à prendre part à l’expérience The Future Is Female. Je pense que c’est cela qui me démarque des concepts déjà existants, qui revendiquent davantage une appartenance au milieu LGBT.

À ton avis, comment sommes-nous arrivées à féminiser le milieu de la musique électronique ?
Je ne crois pas que l’on féminise le milieu de la musique électronique avec ce genre de concept. On le défend tout simplement.

Quel est l’artiste qui t’a dernièrement mis une claque ?
Gesloten Cirkel en live.

Comment vois-tu les choses à long terme ?
Offrir une œuvre nouvelle à un public capable de l’envisager sous tous les angles : une proposition artistique globale avec une scène au-delà de l’expérience musicale. Je souhaite un mélange des genres et des sensibilités, où chacun peut être ce qu’il veut.

Tes prochaines dates ?
Au Transbordeur le 19/10/17 en warm-up de Jeff Mills et pour les 20 ans du Ninkasi le 27/10/17 au coté de Marcel Fengler, Tommy For Seven , Adam X, Zadig et Polar Inertia.

Pour terminer donne-moi trois mots qui représentent Angel Karel ?
Féministe, passionnée et pragmatique.

Par Sabrina Bouzidi