Starwax magazine

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TORN HAWK /
LET’S CRY AND DO PUSHUPS AT THE SAME TIME

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Torn Hawk, Luke Wyatt à la ville, a déjà sorti auparavant des disques sur des labels US dédiés à l’underground bruitiste comme L.I.E.S. ou Not Not Fun. Désormais chez Mexican Summer (Arp, Pete Swanson, Slava…), il persiste dans son entreprise de dynamitage en règle des canons esthétiques du tout venant électronique à coups de guitares, de boîtes à rythmes, de synthétiseurs et de samples. Le communiqué de presse évoque, à propos de ce nouvel album, Manuel Göttsching. La répétition de motifs de guitare alliée au recours permanent à la distorsion peut rappeler le fameux « E2-E4″ de ce dernier. S’il s’appuie sur une assise break beats et un mille feuille sonore digne des pionniers du shoegaze, Torn Hawk distille, tout au long de ces huit titres, des mélodies à même d’émouvoir le plus rétif à la beauté des nerds amateurs de bidouillages complexes. Chacune de ces chansons, puisqu’il convient de les appeler ainsi, recèle de trésors d’inventivité qui permettent à son auteur de se démarquer de ses confrères. Loin des exercices stériles et sans grand intérêt d’empilages de sons qui découlent malheureusement souvent d’un tel parti pris de départ, « Let’s Cry And Do Pushups At The Same Time » enchante par sa fausse simplicité pop et sa richesse mélodique qui pourrait le situer quelque part entre la production de son voisin de label Napolian et le « Endless Summer » de Fennesz.

Par Julien Vuillet.




BOILER ROOM KILLED
THE RADIO STARS

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Effet de mode ou tendance amenée à s’installer durablement chez les amateurs de musique club ? La nouvelle « place to be » pour tout Dj reconnu ou en montée de hype se trouve actuellement dans la petite lucarne vidéo de notre ordinateur. Et les internautes en raffolent, selon son fondateur, 7 millions de personnes par mois seraient touchées par ce phénomène.

La Boiler Room, ce Dj set ou live set filmé en direct, généralement en plan fixe depuis un club ou en studio, est devenue en l’espace de quelques années un exercice obligatoire et un vrai succès d’audience auprès des internautes. L’atmosphère du lieu, la moiteur et l’électricité aux heures fauves ont beau être de l’autre côté de l’écran, certaines vidéos comptabilisent plusieurs millions de vues comme celle de Richie Hawthin, Carl Cox (video ci-dessous) ou Sven Väth. Le concept même de filmer un Dj a essaimé sur la toile, exemples en France avec Quoi de 9? ou Rinse Fm. Et c’est bien connu, on copie généralement ce qui marche…


Boiler Room TV ?
Son succès, Boiler Room l’a construit en ligne, avec les codes du digital actuel soit une forte présence sociale et l’utilisation efficace des moyens de diffusion vidéo et audio à sa portée. Il suffit de jeter un oeil à sa chaîne Youtube officielle, pas moins de 570 000 abonnés à ce jour, soit autant de personnes averties de la mise en ligne de chaque nouvelle vidéo. Cette base colossale en fait un média de masse pour les musiques liées à la culture Dj.

Ce contenu musical original et de qualité, en provenance des plus grandes places culturelles du globe, est donc susceptible de trouver une audience de façon quasi systématique, sa programmation régulière représente du pain béni pour Youtube. Le réseau social vidéo de Google lui déroule le tapis rouge en retour avec la diffusion, en direct sur la chaîne, de plusieurs événements simultanés, dignes d’un vrai network TV. Une relation gagnant / gagnant, une visibilité sociale imbattable contre du contenu d’excellente qualité qui draine du public et génère des recettes publicitaires.

Le Social Club
La présence sociale de Boiler Room ne s’arrête pas là, 860 000 fans sur Facebook, plus de 200 000 followers sur Twitter et 400 000 abonnés à leur page Soundcloud. Des chiffres à faire pâlir n’importe quel média traditionnel qui tente d’asseoir sa présence digitale. Et tout ça en à peine 5 ans ! « A l’origine, l’idée était de donner à voir une scène musicale londonienne en pleine expansion à cette époque » témoigne son fondateur, Blaise Bellville, jeune anglais charismatique dans la vingtaine, proche de ce noyau de nouveaux talents. En mars 2010, le projet DIY diffuse depuis les bureaux de la structure, en streaming, la scène underground du East London alors en pleine vague dubstep. Un an plus tard, la signature d’un partenariat avec RedBull permet de monter le site internet. Le bruit enfle, de nouveaux Djs en entendent parler et le bouche-à-oreille fait le reste. Au fur et à mesure des nouveaux uploads de vidéos, Boiler Room couvre les publics de niche et se crée une réputation crédible auprès des amateurs, en cohérence avec la nouvelle approche de recommandation de contenus, à l’opposé du modèle standard, descendant et vieillissant de MTV.

Clubber de salon
Jamais jusqu’ici la musique club des plus grandes métropoles mondiales n’avait bénéficié d’une telle fenêtre, d’un tel réseau. Vous voulez découvrir les Djs qui font la nuit de Buenos Aires depuis votre canapé, pas de problème ! Avec la Boiler Room, la musique club s’écoute et se regarde derrière un écran vidéo. Le Dj devient acteur, le club ou le lieu (rooftop et plage pour les plus cools) en sont le décor et les « happy few », figurants d’un spectacle sans cesse reproduit à chaque nouvel épisode. L’internaute – clubber virtuel – est lui, passif devant son écran, spectateur d’une scène souvent identique (un Dj, entouré de quelques danseurs et poseurs, pendant 45min à 1h15min de moyenne) et condamné à ne jamais y prendre part. La sensation est parfois dérangeante, ambiance voyeur de télé réalité. Kaytranada en photo ci-dessous.

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Conséquence de cela, on a beau lancer la vidéo en raison du Dj, le spectacle dévie souvent sur le second plan. On scrute l’attitude des danseurs comme si on y était, on matte et parfois les scénarios et attitudes les plus improbables se déroulent, dignes d’une battle de popularité (plans drague foireux, chorégraphies approximatives et autres demandes en mariage – voir les parodies plus bas). Certains comme Mitsu the Beats se la jouent « selecta » et remettent la musique au centre en montrant les pochettes des morceaux qu’ils mixent. Car oui, c’est souvent la chasse à la tracklist ! « 28’40 : ID please? » Pour ceux qui seraient là pour la musique, le site internet de Boiler Room met en ligne un lien de téléchargement du fichier audio uniquement. Pas bête !

Cartographie des scènes électroniques actuelles sur tous les continents, la Boiler Room serait-elle la nouvelle génération de chaîne TV musicale : en ligne, adaptée aux nouveaux usages de consommation-recommandation et à l’intérêt populaire croissant pour ces musiques électroniques désormais diffusées à grande échelle ? En tout cas, il y aura clairement un avant et un après Boiler Room dans le rapport musiques de club / vidéos en ligne.

Tumblr sur les scènes improbables ici ou parodie de la Boiler Room avec Ben Klock ci-dessous.


Pour finir, visualisez la vidéo du Boiler Room spécial 1er anniversaire ici. L’esthétique n’est pas tout à fait la même…

Par Damien Baumal.

EXTREME PRECAUTIONS / I

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Il est bien loin le temps de l’Electronica de « Galaxy Of Nowhere ». C’était en 2009, de l’eau, de l’huile plutôt, a depuis coulé sous les ponts. Mondkofp (interview ici) nous a gratifié, en 2011, d’un brillant deuxième album « Rising Doom » qui nous plongeait dans des beats Dark Ambiant décapants, peignant un monde sombre et obsédant. « Hadès » avait poursuivi, en demi-teinte, le sillon déjà bien profond d’une musique froide et abrasive. On connait, depuis, le goût de Paul Régimbeau pour les musiques extrêmes, notamment des groupes comme Napalm Death ou Pig Destroyer, et toutes autres joyeusetés grindcore. Le Dj nous revient aujourd’hui avec un nouveau projet intitulé « I », sous le pseudo Extrême Précaution. Dénomination fort bien choisie à l’issue de l’écoute de ces vingt deux minutes de pur chaos. On ne saura que vous conseiller de prendre, en effet, d’extrêmes précautions auditives, quant à la teneur addictive et le pouvoir destructeur de cette musique sur le cerveau humain. La corrosion des acouphènes est à son maximum, le Dj a débranché le câble 220 V de son ordinateur pour le connecter directement à la Haute Tension. Rythmiques déchainées, distorsions ténébreuses, montagnes russes démesurées. On ne s’ennui pas une seconde. Et la durée relativement courte de la galette, nous brutalise au point de se demander s’il faut recommencer. Moi je recommence. Dantesque.

Par Sebastien Forveille