Starwax magazine

starwax magazine

CHEIKH LO ET ALI FARKA TOURE DISPONIBLES EN 33 TOURS

Posté le
World Circuit édite pour la première fois en 33 tours « Né La Thiass », coup d’essai du Sénégalais Cheikh Lô et « The Source », pierre d’angle de la discographie du Malien Ali Farka Touré. Bijoux du patrimoine musical africain, ces références sont complétées par des livrets conséquents avec photos en couleur. La démarche est fastueuse, d’autant qu’un coffret de cinq vinyles d’Ali Farka Touré est déjà prévu pour l’automne.

Artisan d’un registre cubain populaire (Buena Vista Social Club…), havre pour les grandes voix d’Afrique de l’Ouest (Oumou Sangaré…) et creuset multiculturel (Trio Da Kali et le Kronos Quartet…), World Circuit est un label-clé en matière de musiques du monde. Depuis quelques mois Nick Gold, le patron de la firme britannique, puise dans les multiples signatures du catalogue et propose des albums souvent édités pour la première fois en vinyle. C’est le cas de « Né La Thiass », l’opus inaugural de Cheikh Lô (photo ci-dessous). Pressée à l’occasion du dernier Disquaire Day, cette session s’est étalée sur cinq ans avant de paraître au mitan des 90’s. Produit par Youssou N’Dour, le disque réunit la fine fleur des musiciens sénégalais, au travers de l’infatigable Super Etoile. Canevas de sonorités électriques et acoustiques, ce Lp privilégie les rythmes latins, très populaires à Dakar. La plage titulaire et ses guitares enjôleuses ou le flamboyant « Set », interprété en duo avec Youssou N’Dour, confirment le phénomène. D’abord diffusé au format musicassette, l’enregistrement sera ensuite gravé à l’international, via un mixage différent. Mais c’est bien le son live originel qu’on retrouve sur cette édition vinyle. Elle est d’ailleurs illustrée par le visuel de la cassette d’époque…

702-cheikh-lo

Autre figure du label World Circuit, Ali Farka Touré opère un virage artistique avec « The Source ». Paru en 1997, ce disque fait la transition entre « The River », le recueil fondateur et « Talking Timbuktu », l’album de la reconnaissance mondiale. Dotée d’une pochette gatefold, la récente édition vinyle permet ainsi de (re)découvrir les talents de compositeur du bluesman malien, entouré pour la première fois par un orchestre. La production est dépouillée mais reflète la richesse culturelle ambiante. « Dofana » et le majestueux « Goye Kur » font ainsi partie des plages marquantes. Invité de taille, Taj Mahal conforte les liens entre les gammes pentatoniques et les mélopées sahéliennes. Alors que le producteur électro-jazz Nitin Sawhney est convoqué aux tablas. À noter qu’un album d’inédits du guitariste songhaï paraîtra en novembre prochain. Et qu’un coffret composé de cinq 33 tours extraits du label Sonodisc suivra. Enfin le mini-Lp quatre titres « Sahel », enregistré en 1975 par Ali Farka Touré avec Inna Baba Coulibaly, est toujours disponible. Avis aux fans.



Par Vincent Caffiaux


NOBLE ART / MADE FESTIVAL 2018 REPORT

Posté le
La musique est un art. La musique est enseignée. La musique s’apprend. Instruments, solfège, programmation, orchestration, auteurs, courants musicaux. Chacun peut apprendre tant de choses en empruntant tant de voies : par époques, par pays, par styles. Libre à chacun de s’enrichir des merveilles de la musique comme bon lui semble. En chacun de nous sommeille un auditeur (mélomane, curieux, défricheur, passionné, collectionneur, digger) ou peut-être un élève érudit (histoire de l’art, conservatoire, musicologie…), ou encore un professionnel (disquaire, musicien, compositeur…). La musique développe ainsi autour d’elle un trombinoscope foisonnant.

Tant d’œuvres et de maître d’œuvres, tant d’ouvrages et de maîtres d’ouvrages, tant de chefs d’orchestres depuis la nuit des temps jusqu’à ce mois de mai 2018, tant d’éléments qui illustrent l’immensité de l’art de la musique. Elle vit, elle évolue, se régénère, s’enrichit, s’exprime à l’infini, inspire et s’inspire au cœur d’elle-même.

La musique classique n’a-t-elle pas évolué vers des gammes épurées, des sonorités dépouillées contemplatives, linéaires ? Arvo Pärt (dont Arte a diffusé un portrait en ce mois de mai) est un compositeur qui s’illustre dans cette évolution du classique, tout comme Philip Glass.
Les instruments ont aussi changé. Les lieux de représentation également.

Les émotions, quant à elles, ont-elles changé ? Difficile question.

702-made2018-laura17
702_made2018-Axel48
702_made2018-Axel31
702_made2018-Axel87
702_made2018-Axel141

Pour esquisser une réponse, un bel événement a permis à la musique de se déployer généreusement aux oreilles d’auditeurs, élèves et professionnels. Les chefs d’orchestre 3.0 démontrèrent alors leur appropriation du solfège, leur conception de ce qu’est une note, une portée, des silences. Leurs instruments sont leurs médias, nos perceptions le reflet de nos émotions. Écoute ou danse, recueil ou emphase, chacun est ému à sa façon. A l’écoute d’un requiem ou d’un ricercar 2.0, la musique classique et la musique électronique ont tant de points communs. Nul besoin d’être passé par le Conservatoire pour s’en émouvoir.



MADE Festival en est une illustration, de par sa programmation élogieuse pour ce courant de musique, avec Derrick May et Jeff Mills en dignes représentants de la musique techno de Détroit, essentielle. Jeff Mills fut l’auteur d’un voyage aux sonorités spatiales, hypnotiques : nappes, boucles à contretemps, légèretés permettant des plongées dans les sonorités super-posées, sonar et rythmes syncopés furent les notes de sa partition jouée au cordeau. Deux heures de mix entêtant, obsédant, limpide. Ce chef d’orchestre a ainsi fait la preuve de son talent de musicien et de sa conception de la composition, son œuvre s’échelonnant de la techno industrielle, percussive, expérimentale aux expériences de recomposition par des orchestrations classiques. Ses successeurs sur scène, du nom de Mödern (plan B en l’absence de The Driver), auront su poursuivre la soirée avec un live accrocheur.
Autre figure emblématique de Détroit, Derrick May aura distillé une techno au métronome : set impeccable, avec des réminiscences 90’s bien dosées juste comme il faut. Une nouvelle preuve de son inventivité : il est bien un réel compositeur dont la création s’entend, se distingue et convainc. Clin d’œil à Point G pour son live chaleureux, chaloupé, chatoyant.
Ainsi va la musique.
Ainsi va MADE.
Ainsi vit la musique à la façon de MADE.
Merci pour cette belle programmation.
A l’année prochaine.

Post scriptum : un bémol adressé à la Ville de Rennes et à Citédia pour l’annulation au dernier moment de deux moments diurnes, liés à un défaut de sécurité. Dommage. Si la volonté de la Ville est d’éviter de grands rassemblements et de disperser le public, pourquoi annuler deux événements ? S’il-vous-plaît, ne laissez pas planer le doute d’un retour aux années Pasqua, Sarkozy et comparses. MADE propose un festival en l’honneur du noble art. Pas de violence, pas de heurts constatés. Par contre, découvertes artistiques, sourires, esprit de fête, furent là et bien là. Ne constatons-nous pas plus de violence lors d’autres rassemblements, qui ont lieu sur le territoire rennais, de type match de football ?
Donc en matière de sécurité, que la Mairie de Rennes et Citédia se rassurent, si débordements il y a, ce sera du côté du plaisir de la danse, des rencontres et de l’amusement, la musique électronique offrant généreusement des moments aux émotions insoupçonnables et… pacifiques !

Texte par Ambidextre / Photos par Laura Parize & Axel Ftne.



HUGH COLTMAN / WHO’S HAPPY ?

Posté le
L’inclassable Hugh Coltman revient avec « Who’s Happy ?», un album enregistré à la Nouvelle-Orléans. Epaulé par le guitariste Freddy Koella (déjà repéré sur « Victory Mixture », le songbook de Willy DeVille également consacré à Nola) et par un authentique brass band, le crooner francophile creuse le sillon entamé il y a trois ans par le tribute « Shadows ». Le résultat est particulièrement soigné. Dans le giron de l’excellent Dr. John ou des Meters, « Sugar Coated Pill» ou « Resignation Letter » mettent au parfum. Tout comme « Ladybird », dont le vague à l’âme renvoie à l’intitulé du disque. La présence de la Canado-Haïtienne Melissa Laveaux sur « Hand Me Downs » ou la reprise de « It’s Your Voodoo Working », le classique Northern soul de Charles Sheffield, font partie des bonnes surprises. Idem pour le bluesy « Sleep In Late », qu’on jurerait droit sorti d’un juke joint de Treme. Mais le point d’orgue de cet album est sans conteste « Civvy Street ». Doté d’une rythmique caribéenne ensorcelante, ce morceau traduit avec maestria la diversité culturelle de la Ville-Croissant. Chaudement conseillé par Star Wax.

Vincent Caffiaux

445_hugh-coltman