Starwax magazine

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TEST MIXARS DUO

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Le Namm, au début de l’année 2016, révélait Mixars, une nouvelle marque qui présentait notamment deux mixers. Disponible en France seulement depuis quelques semaines, nous avons testé le Mixars Duo. Un mixer deux voies qui est dédié au turntablism, emporte Serato Dj. De prime abord, le matériel semble être de bonne facture. Mais est-ce une énième firme souhaitant simplement prendre une part du juteux marché ou une société qui apporte de nouvelles solutions à prix accessible ?

Comme tous les mixers dans sa catégorie, vous pouvez régler les courses des faders et des crossfaders. Le cross est un mini Innofader, donc de bonne facture. En revanche, la coupure des faders n’est pas super nette. Au dos il y a une sortie « master » soit en RCA soit en XLR. De plus vous pouvez brancher des retours en jack. Il y a deux sorties Usb supplémentaires. En façade, vous pouvez brancher un micro en XLR. Il y a aussi un auxiliaire en RCA. Ils sont côte à côte. Ce qui n’est pas un problème. En revanche, ils sont tout les deux sur le même circuit. Toujours en façade, vous pouvez connecter un casque en jack et mini jack. La fabrication est robuste. Seul un usage sur la durée saura le confirmer ou pas. Lorsque le Duo sera allumé, les boutons éclairés vous donneront le sourire. L’impression d’avoir entre les mains bien plus qu’un simple mixer à deux voies. À l’exception du bouton Filter, les effets loops et cues fonctionnent uniquement en mode DVS. Le manuel fourni précise seulement les fonctions du hardware. Comme la manipulation du logiciel Serato Dj est un peu complexe pour les néophytes, revenons sur quelques points essentiels.

Préparatifs
Avant même de déballer le mixer le Duo, il est indispensable d’installer dans votre ordinateur le logiciel Serato Dj disponible, pour Mac, via serato.com/dj/downloads. Pour Pc, il y a un driver également à installer, disponible tous les deux via mixars.com. L’installation du software est très simple pour Mac. Un câble Usb pour relier votre Duo à votre laptop est fourni. Que vous ayez un mix déjà numérisé ou une playliste en vrac, nous vous recommandons d’analyser les fichiers qui sont dans votre ordinateur. Pour cela il faut que votre ordinateur soit déconnecté du Duo. Ensuite vous sélectionnez vos titres et vous les faites glisser dans « analyser les fichiers ». Outre de préciser les Bpm, le grand intérêt est que le chargement se fera beaucoup plus rapidement. De plus ils seront calibrés sur les mesures du soft. Maintenant vous pouvez relier le Duo à votre Mac. Comme tous DVS, vous devez calibrer le signal. Pour cela il faut aller dans « configurer », en haut à droite. Puis déplacez doucement le curseur de « sensibilité au bruit » afin d’obtenir un grand cercle régulier.
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In the mix… / testing, testing…
Maintenant que vos fichiers sont tagués, la molette « library » vous permet de sélectionner vos morceaux. En la tournant, vous naviguez dans vos dossiers, en cliquant dessus vous accédez au dossier suivant, etc. Pour aller en arrière dans vos dossiers, il faut appuyer en même temps sur « shift ». Pour faire monter votre titre il faut simplement appuyer le bouton bleu « load » de gauche pour la platine de gauche, etc. Lorsque les fichiers de votre mix sont ordonnés, vous n’avez plus besoin de manipuler votre Mac : c’est magique !

Si vous souhaitez pitcher les morceaux sans modifier la tonalité, enclenchez le bouton « time strech » depuis le software. Je vous invite à activer la fonction « instant doubles». Pour ce faire, allez dans « configurer », puis dans l’onglet « préférences Dj » et cochez la case « instant doubles ». En appuyant sur « load », cette fonction vous permet instantanément d’avoir le même morceau, au même endroit et au même tempo sur la deuxième platine. C’est très confortable puisque comme tous les Djs vous êtes plus à l’aise d’un côté. Il est même possible d’utiliser une seule platine. Pour cela cochez « INT » sur la platine de gauche afin de la « condamner », et vice versa.

Les loops n’ont pas de réglage par défaut, c’est donc à vous de tourner la molette « loop », entre 1/16ème à 32 temps. Une fois cela déterminé il vous suffit d’appuyer sur la molette et le passage se boucle automatiquement. Appuyez une deuxième fois sur la molette pour arrêter la boucle.

Pour commander les effets (FX) depuis le Duo, cliquez sur « shift » et en même temps sur « on » plusieurs fois. Jusqu’à celui désiré. Puis relâchez. Vous pouvez choisir la profondeur de l’effet en tournant le bouton « Fx ». Les boutons bleus « beat » au-dessus permettent de régler la longueur de quantification de l’effet. Petit bémol, lorsque vous fermez une fois le crossfader, ça coupe définitivement l’effet.

Pour commander les « cues », il suffit simplement de cliquer sur les pads. Une fois les quatre premiers déterminés, appuyez une fois sur « bank » pour en créer quatre autres. Pour effacer les points cues, restez appuyé sur « shift » et appuyez sur le ou les pads.

Il y a également un sampler. Glissez dans le software vos échantillons. Avant de les envoyer avec les pads vous pouvez choisir, soit qu’il tourne en boucle, soit qu’il s’arrête de jouer lorsque vous lâchez le pad… Dans les réglages du sampler, sur la droite, il y a les options 1 pour piste de gauche, 2 pour piste de droite, A pour « auxiliaire » et M pour « master ». Nous préférons la position M qui permet d’utiliser les effets sur les deux pistes.

Tous les boutons multifonctions sont reconnaissables au rectangle blanc mentionnant leur fonction annexe. Pour y accéder il suffit, en même temps, d’appuyer sur « shift » puis de naviguer. La fonction « sync » vous mâchera bien le travail pour caler au tempo. Un jeu d’enfant. Si vous le souhaitez libre, à vous de repasser en mode « phono » ou « line ». Et donc de mixer des Cds ou des vinyles classiques.

En conclusion, avec le prix du Duo aujourd’hui de 999 euros TTC, pas évident de faire le choix face au Kontrol Z2. En effet cette dernière marque était au même tarif lors de sa sortie mais elle est désormais vendue 600 euros chez des revendeurs français. Le Duo a tout de même quelques atouts face à sa concurrente. Par exemple, la possibilité de régler le volume des sons du sampler directement sur le mixer grâce à un bouton. Ses 8 cues par piste. À noter également qu’il est compatible avec le DVS de Traktor. Malgré le ressenti que le master n’a pas assez d’effet d’amplification, ce qui fait monter le signal rapidement dans le rouge, le Duo, dans sa catégorie, va certainement séduire plus d’un Dj. À la question est-ce que Mixars propose de nouvelles solutions je réponds non. Mais laissons à Mixars faire ses preuves sur le temps. Nous souhaitons donc la bienvenue à cette nouvelle marque italienne.

Par Arkane et Dj Coshmar



INTERVIEW MILES CLERET

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Inlassable voyageur Miles Cleret a lancé, en 2002, le label Soundway. Après avoir réédité des joyaux extraits des répertoires africains ou sud-américains, ce producteur britannique a ouvert son catalogue à des formations originales comme Ondatropica et Batida. La formule est efficace. Sa firme est aujourd’hui reconnue comme un modèle du genre. Curieux et boulimique de travail, l’homme se confie. Il évoque notamment l’histoire de Soundway, une récente parution consacrée à l’Afrique de l’Est ou bien encore le disque vinyle.

Pouvez-vous nous présenter Soundway ?
Notre catalogue édite de la musique des années 1950 jusqu’à nos jours. Avec les artistes nous fonctionnons au coup de cœur. L’autre dimension du label réside dans son caractère évolutif. En fait nous avons débuté en faisant paraitre des musiques difficiles à se procurer, surtout les répertoires en provenance d’Afrique, d’Amérique Latine ou de la Caraïbe. Mais nous nous sommes développés et nous couvrons désormais des domaines aussi variés que la pop asiatique vintage, l’électronica, le rock psychédélique, le folk, la disco ou l’afrobeat. <

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Vous venez de sortir le deuxième volume de Kenya Special. Comment définissez-vous cette anthologie ? Ces deux compilations apportent un éclairage quant à la scène développée au Kenya, de 1968 à 1985. Elles dévoilent une grande diversité culturelle. Les villes de Nairobi et Mombasa ont été des creusets pour les musiciens, qu’ils viennent d’Afrique centrale, orientale ou australe. Ils ont apporté sur place différents éléments musicaux, souvent pressés en 45 tours. Pour ce faire, nous avons passé sous licence et réédité une cinquantaine de titres disparus du marché.

D’autres pays africains comme le Ghana ou le Nigéria révèlent une grande richesse musicale. Pourquoi ?
C’est lié à la situation géographique, aux villes tropicales côtières de l’océan Atlantique et de la Caraïbe. Les sites portuaires de Lagos, Port-au-Prince ou Carthagène, et la liste n’est pas exhaustive, ont ainsi dynamisé les répertoires en diffusant d’une rive à l’autre. Un peu à l’image de la musique moderne qui se propagea d’abord par les voies maritimes, puis par la route, le chemin de fer, les ondes radiophoniques et maintenant par Internet. C’est une histoire sans fin. Cela évolue en permanence. Un autre paramètre explique cette richesse. L’Afrique occidentale est dotée d’une forte identité culturelle. La musique témoigne de cette réalité. Cette énergie a engendré de nombreuses références.


Justement nous avons souvent une vision exotique des musiques latines ou africaines alors que les populations locales écoutent aussi du rap ou de l’électro…
Rappelons que ces mêmes populations ont aussi une vision exotique des musiques occidentales. Dans les années 70 et 80, le chanteur country Jim Reeves a été une des meilleures ventes de disques au Nigéria. Alors qu’est ce que l’exotisme si ce n’est quelque chose qui vient d’ailleurs… Et puis de nos jours toutes les formes musicales prévalent. Fondamentalement, l’électro ou le hip-hop peuvent sembler attractifs pour les populations du Sud. Tout dépend de la place occupée sur le globe. C’est une question de point de vue… De toute façon (sans renouvellement Ndlr) les registres traditionnels sont appelés à s’éteindre…

« QU’EST CE QUE L’EXOTISME SI CE N’EST QUELQUE CHOSE QUI VIENT D’AILLEURS… »

Quelles sont vos méthodes de travail ?
Pour les anthologies je me déplace dans les pays concernés. Ou je collabore avec d’autres personnes qui voyagent et compilent pour le label. Je négocie également avec les formations originales afin qu’elles soient disponibles. C’est une combinaison entre la gestion des licences et un travail de liaison avec les musiciens. Le but est de préparer le terrain, de pouvoir mettre un disque sur le marché de manière optimale.

Vous produisez des formations aussi différentes que Fumaça Preta ou Family Atlantica (voir vidéo ci-dessous). Pourquoi ces groupes ?
À certains égards, c’est une continuation des musiques que nous compilons. Beaucoup de ces groupes s’inspirent des répertoires que nous relançons, mais travaillent leurs styles dans de nouvelles directions, en personnifiant leurs œuvres. Il n’y a pas de règles. Au cours de ces prochaines années nous irons encore plus loin.


Que représente pour vous le format vinyle ?
J’aime le vinyle pour son aspect tangible. Un objet que je peux saisir, par opposition au format numérique. Au plan sonore, c’est indéniable : le fait d’avoir un support physique, avec une bonne dynamique, permet un meilleur confort d’écoute. Cependant, pour moi, la musique sera toujours plus importante que le format. Et ce malgré ce que certaines personnes peuvent dire. Et puis le vinyle n’est pas forcément la panacée. Cela dépend aussi de la façon dont l’ingénieur du son a effectué le mastering. Ou du nombre de titres qui ont été pressés par face. Malheureusement, ce n’est pas toujours fait dans les normes. Je ne comprends pas la nouvelle génération qui achète un disque le prix fort pour finalement l’écouter sur un pick-up à 50 euros. Pour faire ça autant acquérir un fichier numérique de bonne qualité.

Hugo Mendez trouve le digging parfois surfait. Qu’en pensez-vous ?
Cet univers peut être incroyablement fastidieux voire ennuyeux. Et il y a toujours une part de chance dans la démarche. Cela dit il y a des gens qui ont une étonnante capacité à dénicher des musiques. Cela prend du temps et de l’argent. Personnellement, j’aime toujours fouiner. Lorsque je voyage, je découvre régulièrement des musiques intéressantes. Tous les disques ne sont pas rares mais ils peuvent être rafraîchissants et passionnants. Écouter de la musique est un état d’esprit. Parfois il faut échapper au conditionnement, rompre avec les habitudes. Concrètement les maisons de disques spécialisées dans la réédition dépendent souvent d’un vaste réseau de diggers, de disquaires et de collectionneurs qui les informent, car il est impossible pour elles de détecter les nouveaux talents ou perles comme autrefois. Soundway n’échappe pas à la règle !

Qu’écoutez-vous aujourd’hui ?
Différents registres, groupes ou interprètes. La liste est longue. Cela va des musiques électroniques en provenance d’Ouganda, du Ghana et d’Afrique du Sud. En passant par des productions Soundway comme Débruit, Batida ou Dexter Story. J’aime bien aussi Goat, Nu Guinea. Sans oublier les labels, Sofrito, Crammed, Warp ou bien encore Music from Memory…

Quels sont vos projets musicaux ?
Nous travaillons sur un album de musique indonésienne des années 50 et 60. Ainsi que sur des compilations concernant l’Amérique du Sud mais je ne peux pas apporter plus de précisions pour l’instant. Une rétrospective consacrée à la musique contemporaine européenne est aussi prévue. Ondatropica, le projet colombien de Quantic & Frente Cumbiero, sortira prochainement. Ainsi que le nouvel album studio de The Heliocentrics. Lord Echo, un très talentueux producteur reggae-disco-soul néo-zélandais, et une nouvelle production impliquant Jesse Hackett sont également au programme.

Propos recueillis par Vincent Caffiaux



SUGA ROY, CONRAD CRYSTAL, ZAREB & THE FIREBALL CREW / HONORING THE KINGS OF REGGAE

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Partagée entre un revival roots efficace mais révérencieux et des figures historiques touchantes à défaut d’être créatives, la scène jamaïcaine est aujourd’hui bien disparate. La compilation « Honoring the Kings of Reggae » reflète cet air du temps. Supervisée par Bobby Digital, l’anthologie offre dix-neuf standards revisités par le toaster Suga Roy et les chanteurs Conrad Crystal et Zareb. Parangon du genre, le reggae 70’s se taille la part du lion. Les trois interprètes font le job. Les relectures du « Coming In Hot » de Peter Tosh, du « Wolf and Leopards » de Dennis Brown ou bien encore du « Stealing, Stealing » de John Holt sonnent juste. La formule chant/Dj renvoie aux belles heures de Chaka Demus and Pliers, avec une mention spéciale pour Conrad Crystal et Zareb dont les voix de quartz irisent l’album.

Toutefois si le choix des titres est souvent audacieux, les reprises sont parfois didactiques. C’est le cas du « Slavery Days » de Burning Spear ou du « Satta Massagana » des Abyssinians. Ou pèchent par manque de rigueur comme avec « So Much Trouble » de Bob Marley. Ni Sizzla, ni Jah Mali ici invités ne parviennent à transcender ce classique. Et qu’écrire à propos de « I Can See Clearly Now », dont l’interprétation approximative est largement en deçà du titre signé par Johnny Nash. Paradoxalement la modernité émane des registres les plus anciens, du rocksteady ou du early reggae. « Take Me Home Country Roads » de Toots and the Maytals (full concert de 1975 cliquez ici) et « 007 (Shanty Town) » de Desmond Dekker ouvrent une brèche salutaire dans le temps. Et enrichissent une production malheureusement inconstante.




Par Vincent Caffiaux